L'Avenir Agricole et Rural 22 mars 2012 à 11h12 | Par Jean-Louis BLONDEL

Visites - Le DDT sur le terrain

Jacques BANDERIER accompagné de Jean Pierre GRAULE, son Directeur Adjoint et de Dominique THIEBAUT, Chef du service économie agricole, ont visité deux exploitations agricoles sur invitation de la FDSEA. Ce déplacement fut aussi l’occasion de faire le point sur l’épidémie de SCHMALLENBERG et les conséquences du gel.

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Dès son arrivée en Haute Marne, fin octobre dernier,Jacques  BANDERIER, le nouveau DDT, a souhaité visiter quelques exploitations afin de mieux percevoir les réalités de terrain et les attentes des agriculteurs. Il avait par ailleurs émis le souhait de découvrir une Société Civile Laitière, suite au témoignage qui avait été fait par Julien PETITFOUR lors de l’Assemblée Générale des Jeunes Agriculteurs.  La conjoncture préoccupante liée à l’épidémie de SCHMALLENBERG, rendait incontournable la visite d’un élevage de moutons.

252 agneaux morts à Outremecourt

La première étape du déplacement du DDT avait lieu sur l’exploitation de Mme MATHIEU Josette à Outremécourt. Cet élevage, a été, comme beaucoup d’autres dans le département, fortement impacté par le virus de SCHMALLENBERG. Dans un tableau récapitulatif,  Monsieur et Madame MATHIEU, ainsi que leur fils, ont recensé les pertes quantitatives, à savoir 252 agneaux morts en 2012 contre 80 en l’an dernier. Ils ont par ailleurs constaté 42 avortements contre 9 en 2011 et 60 brebis qui n’étaient pas pleines contre 14 l’an dernier. Toute la famille s’est relayée pendant plusieurs semaines tout au long des 673 mises bas pour surveiller et assister les agnelages souvent  éprouvants, voire traumatisants. Ils ont expliqué aux représentants de l’Administration les conditions dans lesquelles ils ont traversé cette crise qu’ils espèrent être derrière eux. En effet, l’essentiel des mises bas est réalisée (il n’en reste plus que 25). La perte d’agneaux morts n’est que partielle il y a eu aussi des surcoûts vétérinaires. Les agneaux ont dû être systématiquement vaccinés et traités car ils naissaient affaiblis. Malgré toutes ces difficultés, la Famille MATHIEU a pu sauver 988 animaux grâce à un taux de prolificité performant lié au choix racial (SUFFOLK) et évidemment à une technicité que la délégation a pu apprécier au cours des explications données.

Jacques BANDERIER n’a pas pu apporter de réponse précise sur la mise en œuvre d’une procédure d’indemnisation mais il a précisé que le Préfet alertait en permanence le Ministère de l’Agriculture sur la gravité de la situation et la nécessité d’apporter des réponses rapides aux exploitants concernés. Il a donné les derniers chiffres haut marnais, à savoir 44 élevages ovins positifs ainsi que 4 bovins. Une enquête est par ailleurs diligentée par le GDS pour évaluer les pertes. Christophe FISCHER a rappelé qu’il était indispensable d’apporter une réponse financière à cette crise sanitaire exceptionnelle. Il estime que le Ministère de l’Agriculteur n’est pas suffisamment réactif et fait fausse route en se déchargeant sur un fonds de mutualisation qui n’est pas encore opérationnel.  En effet, ce fonds ne peut être mis en œuvre qu’après l’instauration d’un financement généralisé, sous forme de CVO ou autre redevance, afin de pouvoir ensuite générer un cofinancement européen. Cela suppose par ailleurs l’inscription de la maladie sur la liste de l’OIE, une initiative qui ne fait pas l’unanimité car elle entraîne des contraintes réglementaires supplémentaires initiées par des instances européennes. L’origine de cette épidémie est encore trop incertaine et certains espèrent qu’elle restera limitée dans le temps et l’espace. Mais les éleveurs touchés ne peuvent pas se contenter de cet optimisme béat. Le prochain congrès de la FNO qui se tient à CHALONS les 25 et 26 avril prochains, sera l’occasion de faire pression à nouveau auprès des Pouvoirs Publics qui doivent prendre leurs responsabilités. Il  n’est pas non plus exclu de solliciter les collectivités locales car elles ne  peuvent être insensibles aux situations dramatiques vécues par les éleveurs qui sont aussi les acteurs privilégiés du développement durable dans les espaces ruraux à faible potentiel économique. Les éleveurs et responsables du canton présents à ce déplacement espèrent par ailleurs que cette épidémie ne touchera pas les bovins comme le laisse craindre la période d’infestation reconstituée à l’automne dernier.


NOVALAIT, plus qu’une Société Laitière

La deuxième étape de cette demi-journée de terrain s’est déroulée sur la société laitière largement initiée par Philippe DERU.  Cet entreprenant et ancien éleveur haut-marnais,  a développé à Graffigny Chemin,  une activité d’équipements en bâtiment d’élevage (tapis , logettes) dont il est en partie concepteur. Philippe DERU a largement adopté la Haute-Marne et il semble viscéralement attaché au développement économique de ce bout de terroir haut-marnais. Avec ses anciens associés du GAEC d’IZE, et deux autres éleveurs du secteur, il a conçu un montage juridique et économique  permettant de mutualiser la production laitière de manière autonome, tant sur le plan financier que de la main-d’œuvre ou de la gestion. Cette société laitière NOVALAIT exploite un atelier laitier porté financièrement par une société civile immobilière qui loue ses installations (bâtiment + bloc de traite) sur une base forfaitaire de 60 Ä les 1000 litres, soit le montant moyen des coûts de revient  qui ressortent  des analyses de gestion. L’investissement de 1800 000 Ä, réalisé sans aucune subvention, doit trouver son équilibre financier sur la base d’un quota laitier produit de l’ordre de 3 millions de litres. De même pour NOVALAIT, ce litrage est un point d’équilibre pour financer  4 salariés ; car pour le moment les associés sont encore obligés d’apporter leur concours en main-d’œuvre pendant les week-ends. Philippe DERU et Julien PETITFOUR n’ont pas manqué d’évoquer les contraintes réglementaires liées aux sociétés laitières, notamment en ce qui concerne les distances maximales de 30 kms. Cette contrainte a été imposée afin de s’assurer que les associés de la Société Laitière puissent encore participer matériellement à l’activité de l’atelier. Avec les moyens de transport actuels cette distance peut en effet paraître quelque peu désuète et la profession agricole aura probablement à y réfléchir surtout dans la perspective de la sortie des quotas laitiers.

Le portage financier par une SCI indépendante, a pour objet de sécuriser l’outil. Ainsi, le départ d’un associé dans la société laitière ne doit pas avoir de conséquences financières, mis à part la perte de location qui peut être alors compensée par un nouveau quota.

La société NOVALAIT n’est propriétaire que des animaux qui ont été apportés, semble t-il en compte courant, c’est-à-dire, sans que NOVALAIT ait à en assurer le financement. Les associés titulaires des quotas,  apportent la nourriture (foin, ensilage) et un plan d’épandage a été réalisé avec ces derniers, ainsi que quelques autres agriculteurs locaux. Le chiffre d’affaires de la société est constitué par la vente du lait et la vente des veaux qui partent tous dès le sevrage vers le GAEC d’Ize.

Le point d’équilibre financier de NOVALAIT semble être autour de 350 Ä/1000 litres, sachant que tous les aliments fournis par les associés, sont achetés au prix de marché.

NOVALAIT est donc la démonstration qu’en comptant l’investissement, la nourriture et la main-d’œuvre, le prix du lait n’est pas encore à un niveau satisfaisant ; en tout cas ne permet pas de dégager un revenu rémunérant le travail et le capital.

Les éleveurs qui ont fait le choix d’apporter leur quota laitier misent en fait sur le maintien d’un potentiel de production au niveau de leur exploitation respective.

Cette formule leur permet aussi d’assurer un débouché pour l’alimentation (foin, maïs, ensilage).

La valorisation des effluents peut être un élément de rentabilité, mais ce sujet n’a pas encore été analysé dans le détail. Philippe DERU a aussi conçu ce projet comme une réalisation pilote dans le prolongement de ses activités industrielles et commerciale.

Depuis le 21 juillet 2011, date à laquelle NOVALAIT est entrée en service, plus de 600 personnes ont déjà visité le site. Le confort est le leitmotiv des associés. Philippe DERU explique que «des animaux, confortablement installés engendrent du confort de travail». Ainsi le bien-être animal doit rejoindre la qualité de vie.

Même si la rentabilité n’est pas encore au rendez-vous pour des raisons d’économie d’échelle et de prix du lait, le concept est séduisant. Nul doute qu’il peut être porteur d’avenir et qu’il apportera une réponse à un grand nombre d’éleveurs qui s’interrogent aujourd’hui sur le maintien leur atelier laitier.

GEL ET MESURE ROTATIONNELLE :

obtenir le cas de force majeure

Comme il s’y était engagé, le DTT a apporté une réponse à propos de la MAER et il fera parvenir une information à chaque télé-déclarant. Le Président de la FDSEA estime qu’il faut aller plus loin car le dispositif «accident de culture» prévu par la circulaire, fait perdre l’aide de 32 Ä/ha sur les surfaces non-conformes. Il demande à l’Administration d’obtenir la reconnaissance de «cas de force majeure». Ainsi les agriculteurs ne subiraient pas la double peine du gel, qui prend des proportions alarmantes dans tout le département, et de la diminution de l’aide «MAE Rotationnelle». Des démarches sont aussi en cours au niveau national.


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