L'Avenir Agricole et Rural 09 septembre 2009 à 17h17 | Par F.Thevenin

Visite - Le Préfet sur le terrain

Dès son arrivée, en juillet dernier, le Préfet, Laurent PREVOST a souhaité être un Homme de terrain. Il l’a rappelé aux responsables agricoles qu’il a rencontrés récemment en leur demandant de visiter des exploitations haut-marnaises. Le représentant de l’Etat s’est déplacé le 1er septembre sur trois fermes.

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Le Préfet sur l’exploitation du GAEC du Clocher à Annonville
Le Préfet sur l’exploitation du GAEC du Clocher à Annonville - © JL BLONDEL

Annonçant une disponibilité d’une journée pour approfondir les questions agricoles, le Préfet a permis à la FDSEA, aux JA et à la Chambre d’Agriculture d’organiser un parcours sur trois exploitations sur les cantons de Poissons, Joinville et Doulaincourt avec des productions et des projets différents.

Visite sur une exploitation de céréales-viande bovine.

A 10 h précises, le Préfet, accompagné du DDEA, Monsieur HORTH et de Monsieur JACQUINET, chef du Bureau des structures et aides conjoncturelles agricoles, est arrivé à ANNONVILLE sur l’exploitation du GAEC du Clocher, accueilli par la famille ROBERT, qui lui a présenté son exploitation de polyculture et d’élevage de bovins viande. Etienne et Jean Yves ROBERT conduisent un élevage de Blondes d’Aquitaine, une centaine de vaches allaitantes et la suite. Leurs animaux sont abattus à plusieurs centaines de kilomètres et généralement à l’abattoir de Migenne. Cet éloignement a non seulement un coût mais aussi une incidence sur le poids des carcasses. Même s’il leur paraît irréaliste d’imaginer l’abattage de tous leurs animaux dans un abattoir de proximité, ils souhaiteraient que la filière soit mieux structurée en aval. Le Président de la Chambre d’Agriculture a saisi l’occasion pour rappeler l’intérêt de maintenir l’abattoir de Chaumont qui apporte encore un réel service pour certains circuits. Les associés du GAEC du Clocher ont aussi sensibilisé le Préfet sur la charge administrative qu’ils doivent supporter avec les déclarations et les enregistrements qui s’empilent. Nous faisons « 35 heures de travail qu’on aime (NDLR : la production) et 35 heures de travail qu’on aime moins ((NDLR : la paperasserie) » déclare Jean Yves ROBERT qui assimile aussi cette partie fastidieuse au temps de transport que peuvent endurer certain parisiens. « Le droit à l'erreur devrait nous être accordé si l’exploitation est bien tenue dans son ensemble » revendiquent les associés du GAEC du Clocher, point sur lequel les représentants professionnels ont aussi insisté en regrettant le caractère quelquefois aveugle et brutal du contrôle. Manifestement le Préfet, bien qu’étant garant du respect de la réglementation, a eu une réaction très compréhensive à cette revendication. Le GAEC du Clocher a aussi évoqué ses projets notamment la diversification envisagée en direction des énergies renouvelables (un projet photovoltaïque est en cours ainsi qu’une expérimentation de taillis à très courte rotation (TTCR)). La délégation s’est ainsi déplacée en fin de matinée sur un des six essais de 3 ares qui ont été initiés sur le canton de Poissons, dont un sur l’exploitation du GAEC du Clocher comprenant du miscanthus et du saule. Cette expérimentation était volontairement faite sur des terres très argileuses sur une parcelle en coteau, un terrain à potentiel limité que le Préfet a pu fouler et dont il aura une meilleure représentation lorsque l’on évoquera le problème des zones intermédiaires ou encore celle des zones vulnérables.

Visite de chambres d’hôtes à Vecqueville

Maria et Thierry PAQUET ont ouvert les portes de leurs chambres d’hôte et invité, par la même occasion le Préfet et la délégation à partager le déjeuner. La ferme de Sossa est aujourd’hui un lieu de passage renommé grâce à l’accueil de qualité qui a déjà été reconnu par le guide du Routard. La capacité d’accueil de 15 personnes est très souvent saturée. Les touristes sont pour moitié étrangers et apprécient le confort ainsi que l’environnement naturel,  et culturel, de la région. Les aménagements ont été réalisés avec une créativité et une authenticité remarquables. Cette expérience est très positive pour Maria et Thierry PAQUET ainsi que leur fils Lucas qui s’est installé en diversification apicole avec des produits transformés très originaux, comme par exemple le fructimiel, une boisson réalisée avec des fruits et du miel qui a été fort appréciée par les invités. Au crédit de cette expérience, la famille PAQUET ajoute aussi la richesse relationnelle avec les visiteurs. La ferme de SOSSA a aussi des projets d’équipements complémentaires telle qu’une piscine et une salle de relaxation pour renforcer encore l’attractivité et retenir plus longtemps les touristes de passage. Evidemment, il a aussi été question de la production agricole de l’exploitation qui est beaucoup moins gratifiante et dont quelques éléments chiffrés ont été échangés au cours du repas. Thierry PAQUET a ainsi précisé au Préfet qu’il vendait aujourd’hui ses génisses moins chères qu’il pouvait les vendre quand il s’est installé en 1980. Comment dans ses conditions maintenir une activité économique ? devaient reprendre de concert tous les responsables agricoles qui avaient déjà alerté le préfet au cours de leurs précédents échange sur la gravité de la situation.

Visite d’une exploitation laitière à Villiers sur Marne

En milieu d ‘après midi le Préfet est redescendu dans la vallée de la Marne pour visiter l’exploitation laitière du GAEC des Rieux, tenu par la famille PRIGNOT (Raphaël et Benoît, sans oublier Sophie, l’épouse de Raphaël qui apporte aussi son concours quotidien). Les questions laitières du moment ont été longuement abordées en particulier le prix du lait et la contractualisation. Auparavant, Richard BOURBON avait expliqué au Préfet combien la situation était critique avec une baisse de 17 % du prix en 2008, soit le même niveau que 2 006 mais avec des charges en hausse de 22 %. Raphaël PRIGNOT ne comprend pas cette volatilité des prix qu’avait déjà dénoncée Sébastien RIOTTOT lors des échanges du matin. Le Préfet a ainsi essayé de comprendre quelle pouvait être l’architecture de la prochaine contractualisation. André LEBLOND a tenté de répondre en expliquant que la profession n’avait pas encore finalisé ses propositions mais qu’elle avait déjà émis deux préalables à savoir : l’absence d’intégration (il serait inconcevable qu’il y ait des obligations d’achat d’intrants) et la négociation collective des contrats par bassins de production avec un contrôle des Pouvoirs Publics. Il a précisé que la profession souhaitait poursuivre la réflexion dans le cadre interprofessionnel afin de rechercher une solution consensuelle. 

Le Préfet a aussi posé des questions sur le développement de l’agriculture biologique mais les exploitants du GAEC des Rieux ont répondu qu’ils n’avaient pas été sollicités par leur laiterie pour s’engager dans ce créneau qui leur paraît au demeurant très aléatoire en raison des contraintes imposées par la réglementation française. Ils estiment par ailleurs qu’ils font bien leur travail en respectant scrupuleusement les consignes d’utilisation des produits et en veillant à la meilleure santé possible de leurs animaux et à la qualité sanitaire optimale de leur produit. Ils souhaitent pouvoir mieux communiquer avec le monde extérieur et développent à ce titre un projet de ferme pédagogique qui est en voie d’aboutissement. Ils souhaitent aussi pouvoir mettre en place un point de vente directe de lait et produits laitiers. Pour développer ce dernier projet ils aimeraient être dans un cadre collectif sécurisant ;  ce qui n’est malheureusement pas le cas actuellement.

Comme dans les deux exploitations précédentes, les associés du GAEC des Rieux ne se laissent pas décourager par les difficultés conjoncturelles ni les complications administratives. Ils ont fait passer le message de leur volonté de développement. Ils veulent fuir le terrain défensif pour rester le plus positif et créatif possible. Un message qui est bien passé auprès du Préfet  et de son administration qui a été invitée à coopérer plutôt que contrôler et réprimer.

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