L'Avenir Agricole et Rural 21 juin 2012 à 09h04 | Par L'Avenir Agricole et Rural

VIANDE BOVINE - DÉSINFORMATIONS... EN TOUS GENRES

Le marché de la viande bovine a la particularité d’être complexe et peu organisé. Cette nébulosité est propice aux rumeurs voire aux phobies. Elles viennent souvent de l’extérieur mais la filière elle-même en crée.

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SODEXO s’est tiré une balle dans le pied !
SODEXO s’est tiré une balle dans le pied ! - © JL BLONDEL

L’augmentation du prix de la viande bovine ne fait pas que des heureux et le Syndicat National des Industriels de la Viande (SNIV) vient de se faire « remettre en place » par la FNB à propos des exports d’animaux vifs.

 

L’export en vif reste marginal

Le SNIV agite régulièrement l’épouvantail de l’export en vif des bovins finis qui remettrait en cause la survie de nos abattoirs. La FNB corrige l’information en rappelant que 2 011 avaient été une année record pour le nombre de gros bovins abattus en France, à savoir 3,7 millions de têtes soit une hausse de 3,5 % par rapport à 2010 et même 6,6 % par rapport à 2009. Sur les 4 premiers mois de 2012 les abattages de gros bovins ont certes fléchi de 5 % mais le niveau reste encore supérieur à celui de la moyenne 2005/2010. Le volume des exports en vif des bovins finis a représenté 45 000 têtes en 2011 soit seulement 1,2 % du volume des gros bovins abattus. Certes il y a moins de gros bovins mâles abattus en France mais cela résulte, pour plus de la moitié, de la baisse de la production. En effet, le nombre de vaches diminue et par conséquent, le nombre de bovins mâles suit la tendance.

Ainsi sur les 3 premiers mois de 2012, la production (export et abattage en France) a diminué de 14 %. Au-delà de la décapitalisation structurelle du troupeau laitier s’ajoute désormais la diminution du cheptel allaitant, (- 4 % de femelles du troupeau laitier de + 36 mois).

 

Baisse relative de l’export de carcasses

La FNB ne conteste pas la baisse des exports de viande bovine de 14 % en valeur par rapport à 2011 mais là encore le SNIV oublie de signaler que l’année dernière l’export avait augmenté de 9 % en volume par rapport à 2010 et de 15 % par rapport à 2011. Excepté 2011, il faut remonter à 2004 pour trouver un chiffre supérieur.

Lorsque le SNIV prétend que les exports de viande française ne sont plus possibles en raison de leur rareté et de leur prix, il faut rappeler que l’augmentation a été générale dans tous les autres pays européens, qui ont d’ailleurs, eux aussi, connu une baisse de leurs abattages. En fait, la France se trouve dans un marché européen en régression de volume. Il y a peu de risques, selon la FNB, que la place soit prise par les importations des pays voisins.

Le SNIV est pris en flagrant délit de désinformation lorsqu’il avance une hausse de 11 % des importations sur les 3 premiers mois de 2012. Les industriels oublient simplement de préciser qu’il s’agit d’une hausse en valeur s’expliquant par la hausse du prix unitaire des viandes importées dans un contexte de progression générale des prix. En volume la tendance est tout autre, puisque les importations sont en baisse de 3 % par rapport à 2011 sur les 3 premiers mois de l’année et même de 10 % par rapport à la moyenne des 5 dernières années.

 

Une hausse des prix généralisée

Le prix moyen pondéré en France s’établissait à 3,49 Ä/kg de carcasse en mars 2012 (+ 22 % par rapport à 2010). Dans le même temps, il était de 3,49 en Allemagne (+ 29 %), 3,85 au Royaume Uni (+ 36 %), 3,90 en Italie (+15%) et 3,75 en Irlande (+39 %). La FNB étaye son argumentation en publiant un comparatif de prix en par type d’animaux (VOIR TABLEAU EN ANNEXE).

Que veulent les industriels ?

Où veut aller le SNIV ? S’interroge la FNB qui a bien l’impression que les industriels veulent faire baisser les prix du consommateur et donc les prix producteurs. Or, le bœuf surgelé est déjà au plus bas de l’échelle du prix des viandes (5,70 Ä/kg en moyenne contre 7,73 Ä/kg en volaille et 6,56 Ä/kg en porc). C’est cette catégorie de viande qui représente les plus gros volumes de débouchés et c’est donc bien là qu’il reste des marges d’augmentation acceptable pour le consommateur. Ce n’est pas en diminuant davantage le prix de la viande surgelée que l’on redynamisera la consommation. Il y a un autre combat à mener que celui du prix : répondre par exemple aux attaques « anti-viande ».

La politique de la chaise vide dans le bassin Nord Est

Les éleveurs constatent que les abatteurs rechignent à donner de la fluidité et de la transparence au marché, dans le but évidemment de peser le plus possible sur les prix aux producteurs. Ainsi, les commissions de cotations « entrée abattoir » sont désertées depuis quelque temps par les acheteurs de notre zone Nord-Est. Ces derniers n’hésitent d’ailleurs pas à s’affranchir des cotations qui sont arrêtées. Les représentants des éleveurs soulignent que la cotation du Nord Est a enfin réduit son décalage historique avec la cotation nationale. Roger LANFROY représentant FRSEA des éleveurs de Champagne Ardenne rappelle que les chiffres sont fournis par les abatteurs eux-mêmes, par conséquent la nouvelle cotation entrée abattoir est représentative de la réalité du marché. La FNB trouve déplorable ce petit jeu de maquignonnage qui vise à appuyer sur la tête des éleveurs, lesquels se démotivent au fil des années. Qu’abattront demain les industriels si les troupeaux disparaissent ?

SODEXO : LE PDG regrette sa campagne

Pendant la semaine du développement durable, du 2 au 6 avril, SODEXO a mené une action de communication intitulée « une journée sans viande rouge ». Elle s’accompagnait de plusieurs affiches comportant des slogans provocateurs tels que « la production d’un kg de viande de veau dégage autant de C02 qu’un parcours de 220 km en voiture » ou encore « un hectare produit 18 tonnes de légumes mais seulement 33 kg de viande rouge ». Ces affiches n’ont été présentes que dans une soixantaine de restaurants SODEXO mais elles ont été repérées par quelques éleveurs qui ont alerté le réseau. Cette affaire a fait l’effet d’une bombe au sein de la profession comme dans l’entreprise SODEXO dont le PDG s’est immédiatement excusé. Une information rectificative a été faite aux consommateurs et, dans une lettre adressée à la FNSEA, SODEXO s’engage à retisser des liens de coopération (cf lettre ci-dessous). Dans cette affaire le SNIV est resté bien silencieux…

N’oublions pas les charges

Comme cela a été rappelé dans le compte rendu de la Commission Elevage de la FDSEA publié dans l’AAR du 1er juin, la viande bovine se porte mieux mais elle n’est pas encore à son prix. L’indice IPAMPA (charges) est 30 % supérieur à celui de 2007 et les revenus des éleveurs restent parmi les plus faibles de la profession. Le SNIV n’a donc pas fini de se plaindre de la hausse du prix de la viande… ! du moins c’est ce que souhaite la profession agricole qui constate que sans l’aiguillon de l’exportation en vif, les prix n’auraient pas décollé en dépit d’une conjoncture internationale favorable, comme l’attestent les augmentations spectaculaires qui ont eu lieu dans les grands bassins producteurs mondiaux.

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