L'Avenir Agricole et Rural 10 décembre 2015 à 08h00 | Par G.E.C.

Une agriculture pionnière

Céréalier à Valleret en limite du Barrois et du Vallage, Vincent Rondelet exploite 58 ha de grandes cultures en mode biologique sur des sols variés. Ses productions sont collectées ou livrées en majorité par Axereal. Aujourd’hui, il a pris des responsabilités à la FRAB (Fédération Régionale des AgroBiologistes), adhère au GAB 52 (Groupement des AgroBiologistes 52) et s’investit pour promouvoir l’agriculture biologique en Haute-Marne et en Champagne Ardenne… C’est pourquoi il a accepté de partager son expérience.

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Faire vivre une petite structure, en bio, c’est possible : depuis 2010, Vincent Rondelet cultive environ 60 ha en cultures biologiques à Valleret.
Faire vivre une petite structure, en bio, c’est possible : depuis 2010, Vincent Rondelet cultive environ 60 ha en cultures biologiques à Valleret. - © G.E.C.

CA52 : Vincent depuis quand êtes-vous agrobiologiste ?

Vincent Rondelet : Depuis 2010, c’est à dire depuis  6 ans. J’ai toujours été sensible aux questions environnementales et curieux de nouvelles pratiques. Je suis aussi aux portes de la touristique petite région du Der c’est pourquoi en 2005 je me suis engagé dans un Contrat Territorial d’Exploitation. Mon projet était alors de réaliser un maximum de couverture du sol en hiver, de replanter des haies et de développer un peu d’agritourisme… 5 ans plus tard j’ai décidé d’adopter un mode de culture biologique dans une logique d’autonomie, de réappropriation des techniques agronomiques

CA52 : Qu’est-ce qui vous a décidé ?

V.R : Mes convictions et l’appui de Frédéric Berhaut, animateur Ecophyto à la Chambre d’agriculture… et aussi l’envie, le besoin de faire autrement, d’explorer d’autres pratiques. Je savais que je pouvais compter sur le soutien de quelques collègues et de techniciens compétents, le réseau des agrobiologistes, était déjà, et, reste très actif et solidaire. De plus, les prix des céréales BIO et les aides à la conversion offraient une sorte de garantie de revenu.

CA52 : Mise à part la suppression des phytos qu’avez-vous changer sur l’exploitation ?

V.R : Tout d’abord mon assolement car il a fallu adapter les rotations comme le recommande ce mode d’exploitation pour limiter les repousses, les colonisations par des adventices et surtout pour restructurer les sols. On parle beaucoup d’agroécologie aujourd’hui mais il y a longtemps que la préservation voire la restructuration des sols est une des clés de la réussite en agriculture biologique où l’on cherche à exploiter sans déséquilibre écologique.

J’ai donc mis en place des engrais verts, des mélanges, des semis sous couvert, j’ai appris à mulcher.

CA52 : Comment faites vous sans ressource propre en effluents d’élevage biologiques ?

V.R : Tout d’abord je n’ai pas forcement besoin d’apports en azote organique car les cultures sont moins productives qu’en conventionnel. J’exporte assez peu car je réincorpore une bonne part des parties végétatives des céréales après leur récolte.

De plus j’ai un tiers de ma sole en prairies temporaires pour une production de semences de multiplication, là encore j’exporte seulement les graines vendues à des semenciers et j’incorpore feuilles et tiges lors de leur retournement. Enfin, je sème du trèfle sous couvert du tournesol, maïs… Les engrais verts permettent de réintroduire un peu d’azote, et même suffisamment sur des rotations longues où elles sont bien présentes, il faut toutefois avoir les débouchés pour des légumineuses, la FRAB travaille en ce sens sur le développement des filières en Champagne-Ardenne. En ce qui concerne les apports en phosphore et potasse voire magnésie il existe des amendements sous forme organique ou minérale d’origine 100 % naturelle . S’ils sont parfois plus chers, on gaspille moins en les apportant  au plus près des besoins …

CA52 : Comment entendez-vous contribuer au développement de ce mode de production en Haute-Marne ?

V.R : L’agriculture biologique fait un peu peur car on l’a dit très technique, non rentable.. mais c’est normal, en général, ce que l’on ne connaît pas fait peur … J’ai maintenant moi même assez d’expérience et de recul pour pouvoir affirmer que c’est un mode de production viable.

Pour la développer j’ai envie et je me sens aujourd’hui capable de transmettre des savoir faire au travers du tutorat, l’accueil de tours de plaine. Je suis même prêt à participer à des expérimentations... A la FRAB nous oeuvrons au développement des filières et de leur collecte, car, cela reste aussi une des inquiétudes des porteurs de projet à la conversion qui souhaitent être certains d’être collectés et qui ne peuvent pas toujours s’équiper de stockage.

CA52 : Quel serait votre conseil pour réussir sa conversion ?

V.R : Tout d’abord, s’y préparer en visitant des collègues, en se documentant  car en agrobiologie rien n’est 100 % reproductible. Nous n’avons pas tous les mêmes sols, chaque petite région à ses particularités climatiques. Il y a des astuces à partager, des expériences à capitaliser… Et, les ingénieurs de la Chambre d’agriculture qui suivent les agrobiologistes depuis plus de 10 ans  comme le réseau FRAB-GAB52 agrobiologistes sont là pour en faire profiter les porteurs de projet. Mais ce n’est pas suffisant, il faut aussi et surtout faire preuve de sens de l’observation et de logique car l’agrobiologie ce n’est pas que produire, c’est cultiver en s’adaptant à son environnement, c’est respecter les cycles de vie nécessaires à l’équilibre écologique.

CA52 : Quelle est votre plus grande fierté ?

V.R : Vivre de mon métier sans atteinte à l’environnement. Et de manière moins idéologique, je suis surtout très fier de la qualité de mes sols et de mes productions et de perenniser une petite structure.

L’exploitation en quelques chiffres

SAU : 58,7ha

Cultures de Vente : 35 000 Euros

Unité de main d’oeuvre : 1

EBE : 27 500 Euros

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