L'Avenir Agricole et Rural 12 mars 2015 à 08h00 | Par E.D.

Un «Vector» de progrès

Julien Menaucourt vient de robotiser la traite et l’affouragement sur son exploitation. Une première dans le département, qui donnera lieu à une porte ouverte le 19 mars prochain.

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La «cuisine» où sont stockés les composants de la ration, géolocalisés au sol.
La «cuisine» où sont stockés les composants de la ration, géolocalisés au sol. - © E.D.

Faire face au départ de deux associés

Le GAEC des Fontaines, situé à Troisfontaines la Ville, entre Wassy et Joinville, est une structure familiale. Julien s’est installé en 2005 avec ses parents, Raymond et Martine, sur 198 ha de SAU, dont 45 ha de prairie, un quota de 580 000 litres de lait collecté par Sodiaal, en appellation Brie de Maux (la traite robotisée est tolérée dans le cahier des charges), un atelier d’engraissement de cinquante places pour des taurillons laitiers vendus à vingt-quatre mois auprès d’un négociant privé.

Raymond, bien qu’encore actif sur l’exploitation, est en retraite depuis fin 2013. Son épouse Martine fera valoir ses droits à la retraite dans deux ans. La question de la charge de travail est une problématique à laquelle les associés réfléchissent depuis plusieurs années. Pas question de supprimer l’un des trois ateliers lait, viande ou céréales, dans l’optique de sécuriser les revenus.

 

Plusieurs solutions s’offraient alors à Julien :

- recourir au salariat

- rechercher de nouveaux associés

- robotiser l’exploitation

Les deux premières solutions reposent sur la gestion des relations humaines. Bien qu’habitué à travailler en entraide avec ses voisins, il ne souhaitait pas prendre le risque d’un échec. Il opte donc pour la troisième solution, conscient qu’il s’agit là d’un pari osé sur l’avenir de la production laitière.

Et il ne fait pas les choses à moitié en s’équipant d’une stalle de traite robotisée «Astronaut 4» et d’un robot d’affouragement «Vector» de chez Lely. Il justifie ce double équipement par l’allègement global de l’astreinte d’élevage, que ce soit au niveau de la traite et de l’alimentation, afin de pouvoir gérer seul l’exploitation dans les années à venir.

Le choix du constructeur s’est imposé aux agriculteurs qui recherchaient simplicité d’utilisation et surtout un service après-vente à la pointe. «Les robots, pour être rentables, doivent fonctionner en continu» explique Julien. Le constructeur Lely, qui se positionne comme leader du marché sur la robotisation en élevage dispose d’une assistance permanente et de techniciens de terrain maillant le  territoire : ils sont deux en Haute-Marne

Vector, le robot d’affouragement

Le principe du robot d’affouragement est assez simple. La «cuisine» (photo ci-dessus) est une aire bétonnée ressemblant à un parking. Sur chaque place de «stationnement» repose un stock de chacun des ingrédients qui composent la ration. Une griffe automatisée survole la cuisine et vient piocher dans chaque ingrédient en fonction d’une ration pré-programmée selon le type d’animal. (par exemple pour les vaches laitières : 40 kg de maïs ensilage, 1,5 kg de foin, 3 kg d’enrubanné de trèfle ray gras). Le maïs ensilage est découpé en cube grâce à une trancheuse, ce qui limite les risques d’échauffement.

Les ingrédients sont pesés et versés dans un bol mélangeur automatisé. Une fois la ration prête, l’automate part distribuer l’aliment en suivant une «route» composée d’une aire bétonnée marquée d’un guide en fer plat. Le robot travaille jour et nuit. Il peut effectuer jusqu’à six services quotidiens par lot d’animaux. Pour ne pas gâcher la nourriture, il effectue un premier passage à vide qui lui permet de repousser le fourrage et d’analyser à l’aide d’un faisceau infrarouge, ce qu’il reste à l’auge.

Pour que le système fonctionne, les lots d’animaux doivent être situés à proximité les uns des autres et le dénivelé inférieur à 5 %. Les auges surélevées sont proscrites. Seules les auges creuses ou à plat sont compatibles avec le Vector. Pour permettre le passage du robot, les bâtiments sont équipés de lames brise-vent en caoutchouc aux ouvertures. L’investissement dans des portes automatisées s’avérerait trop onéreux.

La suite de cet article dans notre édition du 13 mars 2015.

Nouvelle organisation du travail

Pour Martine, l’arrivée du robot de traite a été un défi technologique «Je n’avais jamais allumé un ordinateur de ma vie et je redoutais particulièrement cet aspect». Aujourd’hui, la future jeune retraitée a pris en main l’outil informatique. Grâce aux formations délivrées par le constructeur, elle consulte les indicateurs du tableau de bord avec beaucoup d’intérêt et créer elle-même les entrées suite à l’arrivée de nouvelles vaches au robot (fraîches vêlées et génisses).

L’alimentation des animaux était du ressort de Raymond. Chacun est en quelque sorte «remplacé», mais la charge de travail n’est pas pour autant diminuée pour Julien. La robotisation lui apporte néanmoins une souplesse dans son travail quotidien car il n’est plus tenu par les horaires. «Je peux désormais aller traiter les champs de très bonne heure le matin dans des conditions d’hygrométrie optimales, sans entrer en concurrence avec l’astreinte de traite».

La robotisation lui apporte également une maîtrise technique accrue de son troupeau grâce à des indicateurs dont il ne disposait pas auparavant (voir ci-contre). Elle implique une veille permanente de la part de l’éleveur qui devient plus pointu. La surveillance quotidienne du robot d’affouragement lui prend dix minutes matin et soir. Le rechargement hebdomadaire de la cuisine dure trois heures. Il faut compter également le nettoyage du robot de traite et la surveillance, assurés conjointement avec Martine.



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