L'Avenir Agricole et Rural 26 février 2009 à 11h50 | Par JEAN LOUIS BLONDEL

Transformation laitière - Quel avenir pour la laiterie de Peigney et le site de Montigny ?

C’est pour répondre à cette angoissante question que la Profession agricole a rencontré un dirigeant d’Entremont le 18 février. Le leader de l’emmental cherche par tous les moyens à se délester de son litrage « beurre poudre » sur lequel il perd actuellement plus de 100 ?/1 000 l. Mais les producteurs de la région Est ne veulent pas être considérés comme de vulgaires pourvoyeurs d’excédents. Une solution collective doit être recherchée.

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Jo LANCIEN, Directeur Appro d’Entremont Alliance, à droite sur la photo, est venu expliqué la stratégie de son entreprise qui doit colmater les pertes engendrées par une trop forte proportion de lait “beurre poudre”. La FDSEA, les JA, la FDPL et des Responsables de l’Aube ainsi que le délégué de Franche Comté Monsieur AEBISCHER participaient à cette rencontre.
Jo LANCIEN, Directeur Appro d’Entremont Alliance, à droite sur la photo, est venu expliqué la stratégie de son entreprise qui doit colmater les pertes engendrées par une trop forte proportion de lait “beurre poudre”. La FDSEA, les JA, la FDPL et des Responsables de l’Aube ainsi que le délégué de Franche Comté Monsieur AEBISCHER participaient à cette rencontre. - © JL BLONDEL

Entremont Alliance, depuis sa fusion avec UNICOPA (une coopérative de l’Ouest) traite 2,2 milliards de litres de lait, soit environ 10 % de la collecte nationale. L’entreprise fabrique et commercialise près de 200 000 tonnes de fromages (principalement de l’emmental et du comté) mais aussi des poudres laitières et du lactosérum, produits qui sont aujourd’hui en forte déprise après l’embellie de 2007.
La perte est de l’ordre de 100 à 130 ?/1 000 l de lait transformé en beurre -poudre. L’entreprise, qui est aujourd’hui déficitaire, a cherché à se délester des litrages pour lesquels elle n’était plus engagée. C’est ainsi qu’elle a « lâché » le contrat de 10 ans renouvelables avec SODIAAL arrivant à terme au 1er janvier 2009 pour un volume de 130 millions de litres. Même si cette dénonciation fait l’objet d’un contentieux, SODIAAL a dû prendre ses dispositions pour transformer dans d’autres sites, la collecte de la zone proche aujourd’hui simplement réceptionnée et concentrée à Langres.

 

Montigny n’est pas menacé.


L’usine de Langres qui a une capacité de 200 à 250 millions de litres tourne à mi-régime. Mais Jo Lancien, le Directeur « approvisionnement » relativise en précisant que le site n’a produit que 15 000 tonnes d’emmental en 2008 (il faut multiplier par 10 environ pour avoir le litrage correspondant) et devrait produire 10 000 tonnes en 2009. Cet outil est flexible, il permet de traiter le lait excédentaire. Il est de plus performant et maintenant amorti, donc Entremont n’entend pas s’en séparer.
Quant au site de Montigny, Jo Lancien a été catégorique « Montigny ne perdra pas un gramme d’emmental ». La diminution du tonnage apporté par Langres Peigney, sera compensée par d’autres arrivages (par exemple de l’ouest) comme c’est déjà le cas actuellement. Le dirigeant d’Entremont rappelle aussi que 30 000 tonnes de fromages sont vendues en Allemagne où la fabrication va passer de 20 000 à 10 000 tonnes, suite aux récents abandons de litrage dans ce pays.

Pas de producteurs sans laiterie

Les propos sont rassurants mais les éleveurs restent angoissés car chacun sait qu’une usine qui tourne à mi-régime, et dans laquelle il n’y a pas de projet de modernisation, est appelée à disparaître.
Pour le moment, il n’y a pas eu de plan social bien que les intérimaires (40 % de l’effectif) aient été remerciés.
En amont de cette laiterie il y a aussi des centaines de producteurs qui s’interrogent légitimement sur leur avenir surtout dans la perspective d’une contractualisation “après quotas”.
En abandonnant 130 millions de litres pour régler son problème « beurre poudre » qui représentait 38 % de son litrage en 2008 (contre 28 % en 2007), Entremont transforme indirectement du « lait emmental » en lait « beurre poudre » en repassant la patate chaude à SODIAAL.
Entremont explique la dégradation de son ratio par la perte d’un marché de 15 000 tonnes d’emmental. (soufflé par la concurrence pour une question de prix) et par l’augmentation des volumes liée aux prêts de quotas quasi illimités de l’an dernier qui ont surtout été réalisés dans l’Ouest (le comble, c’est que l’Est paye aujourd’hui la facture...).
« Cette décision (la dénonciation du contrat – NDLR) a été dure à prendre mais il en va de la survie de l’entreprise. Nous n’avons pas visé l’Est, nous avons simplement saisi l’opportunité d’une fin de contrat, comme nous l’avons fait ailleurs. Car Entremont perd trop d’argent, les actionnaires ont dû réinjecter plusieurs millions cette année et nous aurions souhaité que le prix soit régionalisé en fonction de la “pression laitière”, or l’interprofession nationale l’a refusé » rappelle le responsable d’Entremont qui déplore en quelque sorte le manque de solidarité dans la filière pour gérer les excédents.

Comment gérer les excédents ?


Le problème est complexe car il ne consiste pas seulement en une politique de prix au producteur. La solution réside aussi dans la mutualisation de moyens pour reconquérir des débouchés européens et mondiaux comme savent le faire d’autres pays sur les produits de grande consommation.
La Profession (FDSEA, JA, FDPL) de la zone Grand-Est rencontrera prochainement les responsables de SODIAAL pour recueillir leur position et leur stratégie.
Le but recherché est de conserver des outils performants pour que les producteurs puissent continuer de produire dans des conditions de prix acceptables avec la meilleure valorisation possible de l’image du Grand Est.
La stratégie individuelle des entreprises doit aussi tenir compte du territoire, d’ailleurs Entremont n’a pas encore rasé les montagnes de son logo « on ne voit encore pas de bord de mer sur vos emballages » devait rappeler avec humour Richard BOURBON qui a clôturé cette rencontre en remerciant le dirigeant d’Entremont d’être venu à nouveau s’expliquer devant les producteurs.

L’usine de Peigney est dimensionnée pour produire 20 000 tonnes d’Emmental. Elle en a produit 15 000 l’an dernier, elle n’en produira que 10 000 cette année.
L’usine de Peigney est dimensionnée pour produire 20 000 tonnes d’Emmental. Elle en a produit 15 000 l’an dernier, elle n’en produira que 10 000 cette année. - © JEAN LOUIS BLONDEL

Entremont
penche-t-il à l’Ouest ?

Même si le représentant du Groupe s’en défend la co-gérance Unicopa-Entremont dans le nouveau groupe Entremont alliance laisse à penser que les intérêts de l’Ouest sont particulièrement bien représentés et défendus. Les producteurs de l’Est espèrent que l’abandon des litrage de Sodiaal ne devance pas une délocalisation plus massive.

 

Partenariats avec
SODIAAL


Bien qu’ils soient actuellement en procès sur la dénonciation du contrat, les deux groupes Entremont et Sodiaal restent liés par des partenariats dans des entreprises communes telles que Beurralia (fabrication de beurre) et Nutribio (lait infantile). Ils ont aussi de nombreux échanges dans le cadre d’eurosérum (poudre de sérum déminéralisée à usage alimentaire).

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