L'Avenir Agricole et Rural 18 juillet 2014 à 08h00 | Par T.M.

Taux de germination, du jamais vu !

La Haute-Marne a été particulièrement touchée par les intempéries de ces derniers jours surtout dans le Barrois et le Châtillonnais avec comme conséquence une germination de la plupart des espèces. Un événement qui s’est déjà produit, mais pas dans de telles proportions.

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Les premiers échos de rendement en blé sont plutôt décevants, mais cela peut encore évoluer.
Les premiers échos de rendement en blé sont plutôt décevants, mais cela peut encore évoluer. - © G.H.

Une semaine de pluie et de fraicheur

Cette année marque les esprits par son caractère exceptionnel. Rares sont les fois où les problèmes de qualité ont affecté les différentes espèces en moisson.

L’alternance de forte température et de nuit froide a levé la dormance des graines et déclenché le processus de germination, amplifié par la forte humidité du début de ce mois. Ce phénomène s’observe sur les colzas, les blés, les triticales, les pois et les orges de printemps alors que la pleine maturité physiologique n’était pas atteinte. L’hétérogénéité observée en orge d’hiver est la même pour les autres espèces, on observe un décrochage en argilo calcaire et des bons niveaux de rendement en terres profondes.

La pluie a cependant eu un effet bénéfique sur les cultures de printemps (maïs, tournesols, orges). Cette pluviométrie était particulièrement attendue par les éleveurs dont certains ont implanté de la culture fourragère. L’humidité a également permis une homogénéité pour la maturité des colzas et des blés. En revanche elle entraine un effet dépressif surtout sur la qualité et un peu sur la quantité (baisse du PS),

Des espérances pour le colza

A la Sepac, Jean-François Ferrand, responsable de la collecte, attire l’attention sur le taux exceptionnel de grains germés (de 0 à 35%) : «Cet événement est sans précédent, personne dans la profession n’a de recul sur ce phénomène. Nous nous intégrons dans une logique de filière et, en tant que professionnel des grains, notre rôle est d’avoir la pleine connaissance des qualités des colzas collectés». Le rendement est estimé entre 2 et 5 tonnes / ha : le bon enracinement, une pression insecte moindre, une floraison longue et lumineuse (malgré un pmg moyen) ont contribué à la bonne surprise des colzas.

Du côté d’EMC2, Joel Zehr le chef de région constate un taux d’humidité correct des colzas au premier jour de la moisson (entre 6 et 7 %). «La coopérative n’a pas enclenché  de mesures spécifiques humidité, tant sur le blé que sur le colza. Compte tenu du taux d’humidité constaté et des prévisions météorologiques, elles auraient été inutiles et surtout incomprises par nos adhérents. Nous avons conseillé de faucher les colzas les deux premiers jours et d’aller s’occuper des blés aussitôt après». Le rendement colza serait plutôt satisfaisant (entre 3 et 3,5 tonnes / ha), mais reste à confirmer car nous ne sommes qu’en milieu de récolte.

Dans un souci de valorisation des apports des producteurs, le pourcentage grain germé n’est pas comptabilisé et n’affectera pas la rémunération H + I. Ce système est appliqué par les deux coopératives.

En blé, inquiétude sur les qualités

Les agriculteurs ont été incités à récolter les blés précocement, dans les situations de parcelles germées, les germes poussent les grains hors de l’épi, du jamais vu !

A la Sepac, les conditions de réceptions ont été aménagées en conséquence, afin d’accélérer et de limiter la perte de qualité. «Depuis mercredi nous commençons à rentrer des blés que nous continuons d’analyser. Le taux d’humidité a chuté très rapidement en une journée, cela reflète une structure de grain modifiée et une pleine maturité à ce jour» affirme Jean-François Ferrand. On observe de 0 à 80 % de grains germés sur les livraisons, une dégradation du taux de Hagdberg, surtout en argilo calcaire et en surmaturité.

A la Sepac, les grains germés ne sont pas comptabilisés en impureté et suivant le PS et le taux de germé, les blés dans les silos seront allotés sur ces deux critères, soit en cellule, soit sur des plates-formes pour les plus germés et ainsi optimiser leurs débouchés. Les premiers échos de rendement en blé sont plutôt décevants au niveau rentabilité : de 3 à 7 tonnes/Ha.

A EMC2, on est satisfait du taux d’humidité du blé des premières réceptions : entre 13 et 14 %. Face à ce taux exceptionnel de germination, la coopérative va mesurer en deux temps la possibilité de valorisation du blé en meunerie avec une analyse du pourcentage de grains germés, puis une analyse du temps de chute (Hagdberg) . Par conséquent, la rémunération se fera en deux temps. «Pour l’instant, nous n’avons pas suffisamment de surfaces récoltées pour faire une estimation du rendement moyen. Aujourd’hui, nous présageons que le sec et le gel  aura malheureusement des conséquences comme on aura pu le constater sur les orges». Un point positif reste le taux de protéine qui est supérieur à 12 % actuellement. EMC2 communique avant la moisson à travers un document intitulé « Règlement de campagne» avec toutes les modalités et règles de réception, en toute transparence, ce qui lui permet de mettre tout en œuvre pour valoriser au maximum tous les apports de ses adhérents.

Le temps de chute indicateur de la qualité meunière est surveillé de près, la norme est de 220. A la Sepac, on estime qu’il est très variable : de 75 à 185 maximum. Pour EMC2, concernant le PS moyen à ce jour, il est de 76,5. La coopérative applique des réfactions seulement en deçà de 75, il est donc là aussi  important de récolter les blés maintenant.

Incertitude pour les autres cultures

En brasserie de printemps, non récolté à ce jour, l’inquiétude est de mise. Les premières réceptions donneront le ton. L’analyse des capacités de germination au silo permettra de qualifier la récolte et d’isoler les lots de qualité mouture. Concernant les pois et les triticales, qui sont les plus touchés par la germination sur pieds, le taux de grains germés n’entre pas dans les impuretés sur ce débouché fourrager.

La perte de qualité est-elle assurée ?

L’assurance récolte «aléas climatiques» et avant tout une assurance quantitative qui repose sur les rendements réalisés au cours des 5 dernières années. Elle compense une baisse de production à partir d’un  certain niveau. Pour ce qui est de l’altération de la qualité comme la germination des grains sur pied que nous connaissons actuellement, cette perte est exclue des contrats de base. Cependant, il sfemblerait que certaines compagnies d’assurance proposent cette couverture en option (hors subvention Etat/Europe). Il convient donc de vérifier si votre contrat la prévoit.

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