L'Avenir Agricole et Rural 04 février 2016 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

TABLE RONDE : OÙ EST LA SORTIE ?

à la demande de la profession, le préfet a réuni une table ronde samedi après-midi pour tenter de trouver une sortie de crise. Plusieurs pistes ont été évoquées pour corriger et compenser un marché qui est tout, sauf libre.

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La Haute-Marne est le premier département du Grand Est à avoir initié une table ronde qui une étape « politique » dans la reconstruction du prix.
La Haute-Marne est le premier département du Grand Est à avoir initié une table ronde qui une étape « politique » dans la reconstruction du prix. - © L'Avenir Agricole

Le préfet de Haute-Marne avait convoqué les directeurs de grandes surfaces, les industriels laitiers et les coopératives, ainsi que les grands élus. Bongrain et Lactalis se sont illustrés par leur absence alors que Ermitage et Sodiaal étaient représentés par leurs dirigeants.

 

Bongrain et Lactalis absents

Cette absence a engendré une frustration et un malaise perceptible, même si ces deux entreprises ont tenté de rattraper le coup en justifiant leur non-présence par une attente de mot d’ordre de leur direction nationale ; Bongrain ajoutant qu’il avait déjà fait un effort de 20 Ä/1 000 litres pour les producteurs s’étant engagé à modérer leurs apports.

La coopération n’a toutefois pas été d’une grande contribution au débat, se contentant de rappeler quelques idées toutes faites du type « la coopérative donne le meilleur prix à ses coopérateurs ou encore « nous avons besoin de pérenniser nos outils et de préserver nos parts de marché ». Certes avec un acompte à 300 Ä sur janvier - février pour Sodiaal et supérieur à 20 Ä pour Ermitage en 2015, on ne peut dire que la coopération est insensible, mais l’effort n’est pas à la hauteur des dégâts sur les trésoreries des exploitations. Quant à la Distribution, représentée par M. MORALES, directeur du Leclerc de Chaumont et M. FRANTZ du Cora de St Dizier, elle s’est contentée de rappeler que ses marges nettes étaient de l’ordre de 1 % comme cela a déjà été maintes fois expliqué dans les différentes études et observatoires. Elle explique aussi qu’elle doit négocier avec des groupes puissants de l’industrie agroalimentaire.

 

Mieux valoriser le marché national

A supposer que personne ne s’enrichisse dans la filière, les producteurs eux s’appauvrissent d’année en année si on observe l’évolution des marges. Ces dernières sont constantes pour la Distribution et la Transformation et, dans tous les cas, l’agriculteur est la variable d’ajustement. Ce constat résulte probablement d’un déséquilibre du rapport de force dans la chaîne alimentaire. La transformation laitière est relativement concentrée alors que les producteurs restent éclatés et peu organisés. Les Organisations de Producteurs ont plutôt eu un effet d’éclatement de la représentation professionnelle alors que la contractualisation a été menée au pas de charge comme l’a rappelé Arnaud LAURENT, Vice-président de l’Organisation de Producteurs Bongrain. « Comment parler d’économie de marché lorsqu’on ne peut pas choisir sa laiterie ? » s’interroge Richard BOURBON. Le problème est le même dans la viande avec le groupe Bigard qui profite de sa situation de monopole.

La FNPL a initié une « charte des valeurs » qui a pour finalité de viser un prix d’équilibre permettant de rémunérer dignement l’agriculteur et par conséquent d’assurer la pérennité des outils. Il ne s’agit toutefois que de la valorisation du lait sur le marché intérieur qui représente 5 % de la production, le reste étant à la merci du marché mondial. Cette charte est proposée aux transformateurs et aux distributeurs. Les engagements seront recensés courant février et un premier décompte sera présenté au Salon de l’agriculture. La Coopération devrait naturellement signer cette charte et la Distribution est invitée à en tenir compte, dès maintenant, dans les négociations de prix qui sont en cours dans ses centrales d’achat.

 

La piste d’un fonds de soutien

La Belgique a mis en place une contribution volontaire sur le lait vendu aux consommateurs au niveau de la Distribution, pour alimenter un fonds permettant de rémunérer le déficit des producteurs. Cette idée fait son chemin en France et le Ministre à ouvert cette piste de réflexion dans son communiqué du 26 janvier 2016. Thierry LAHAYE propose d’approfondir ce sujet qui aurait l’avantage de mettre toute la distribution sur un même niveau de contribution en tenant compte des coûts de productions qui, eux, font l’objet d’une transparence économique totale par le biais des multiples études de gestion publiées (contrairement aux grands groupes agroalimentaires...). Le CER France a d’ailleurs confirmé que le prix d’équilibre pour une exploitation laitière se situe à 350 Ä/1 000 litres.

Cette redevance, ou taxe, paraît être un correctif indispensable à un marché qui est tout, sauf libre, et qui est en plus à la merci des aléas climatiques. « Elle existe déjà sur les produits de la pêche » rappelle M. MORALES.

 

Des élus en phase

Luc CHATEL estime que le Gouvernement a sa part de responsabilité suite à l’embargo Russe dont il a mal appréhendé les conséquences économiques ou en toute hypothèse, pas prévu une juste compensation.

Il s’est engagé à voter la proposition de loi en faveur de « la compétitivité de l’agriculture et de la filière agroalimentaire » déjà adoptée par le Sénat le 9 décembre 2015 et à l’amendement de laquelle Bruno SIDO a participé. Cette loi prévoit une pause sur les normes et différents dispositifs d’allégement de charges. Ce texte devrait aussi permettre d’élargir le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) qui ne bénéficie pour le moment qu’aux employeurs de main-d’œuvre (6 % de la masse salariale).

François CORNUT GENTILLE est dans la même disposition en rappelant que le gouvernement doit aussi s’impliquer davantage dans les instances européennes. Bruno SIDO estime que le système libéral ne peut pas fonctionner en agriculture et qu’il convient de revenir aux organisations de marché qui ont fait leur preuve dans le passé. Il estime que la France doit avoir une position ferme à Bruxelles allant jusqu’à la politique de la chaise vide, comme l’a fait en son temps le Général de Gaulle. Christine GUILLEMY en tant que Vice-présidente du Conseil Régional, se dit prête à expérimenter en Haute-Marne une politique volontariste de promotion des circuits courts. Elle a aussi rappelé la proximité des élus en charge du dossier politique agricole.

Suite à ces deux heures d’échange, le préfet s’est engagé à faire remonter au Ministre les attentes et les priorités des organisations professionnelles en précisant que le plan d’urgence, déjà doté au total d’un budget de 1.2 millions d’euros pour la Haute-Marne, allait être poursuivi.

Quant à la profession, elle continue ses échanges avec tous les acteurs de la filière pour les convaincre de la nécessité de respecter l’acte de production initial (cf. communiqué). Cette table ronde n’a pas permis de trouver la porte de sortie mais chacun sait que la clé en est bien le prix.

 

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