L'Avenir Agricole et Rural 19 avril 2012 à 11h33 | Par Jean-Louis BLONDEL

Social - Le stress... en cause(s)

La MSA Sud Champagne a initié, dans le cadre de groupes de réflexion émanant de ses échelons locaux, des conférences sur les risques psychosociaux, un terme générique pour qualifier le stress, voire la dépression ou le suicide. Une centaine d’assurés ont répondu à l’invitation le 12 avril dernier à LANGRES.

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Pour évoquer ce délicat sujet, la MSA a eu recours à un intervenant, évidemment qualifié mais ayant aussi l’avantage de pouvoir partager les préoccupations du monde agricole en tant que responsable d’une exploitation agricole

François Régis LENOIR, un intervenant impliqué

Docteur en psychologie sociale et psychologue, François-Régis LENOIR intervient régulièrement dans les instances agricoles. Sa « spécialité » est le stress sociétal sur lequel il a fait sa thèse de doctorat. Il prodigue aussi ses conseils aux entreprises qui peuvent être confrontées à des problèmes d’organisation de travail en équipe. Les agriculteurs ne sont pas forcément exposés aux risques du harcèlement hiérarchique, mais ils ont bien d’autres sujets de tension avec l’incertitude engendrée par l’ouverture des marchés, les complications administratives et les aléas climatiques. En tant que responsable d’une exploitation ardennaise de 170 hectares avec un atelier ovin, l’intervenant connaît bien le quotidien agricole. Il se présente d’emblée comme un exploitant cultivant « la qualité de vie au travail », ce qu’il précisera ensuite comme une attitude consistant à responsabiliser et à valoriser ses collaborateurs en les associant à la gestion de l’entreprise.

Le stress est une question de dose

Le stress devient une pathologie par effet d’accumulation. Il peut avoir des effets psychosomatiques tels que les troubles du sommeil, des contractures musculaires, etc.… Il a, par exemple, été démontré que les personnes stressées étaient six fois plus exposées aux troubles cardiovasculaires. En effet, les muscles se contractant, le besoin d’oxygène augmente, entraînant une accélération du rythme cardiaque. Les sciences ont trop longtemps séparé le corps et l’esprit. Aujourd’hui l’approche est davantage pluridisciplinaire en prenant en compte l’ « intelligence émotionnelle ». Chacun d’entre nous a, à un moment de la journée, une contrariété ou une surcharge de travail à gérer. La difficulté vient de l’absence de temps de décompression. C’est un phénomène relativement courant en agriculture où les taches sont répétitives et peu ou mal partagée avec l’entourage professionnel ou familial.

Pour un bon équilibre, la ressource de chaque individu doit par ailleurs être en lien avec les contraintes des taches que l’on s’impose, car tout ne vient pas de l’extérieur. En effet, cela dépend des objectifs que l’on se fixe. Quant à notre ressource personnelle, elle relève de notre capacité propre à savoir gérer les difficultés. Pour cela, il faut savoir relativiser et prioriser.


L’équilibre entre les différentes sphères

François-Régis LENOIR explique que l’individu doit évoluer de manière équilibrée entre les 4 sphères suivantes : professionnelle, personnelle, familiale et sociale. Les agriculteurs ont tendance à avoir une sphère « professionnelle » hypertrophiée. L’intervenant préconise de préserver un temps suffisant pour la vie familiale avec une disponibilité envers le conjoint et les enfants. La vie sociale doit aussi être enrichie par des relations dans le cadre de réseaux associatifs ou professionnels. Enfin, la sphère personnelle doit permettre d’avoir une réflexion sur le sens que l’on entend donner à son existence en évaluant bien ce que l’on vit et en relativisant ce que l’on souhaiterait. Rien ne sert de « ruminer ». L’intervenant recommande à chacun de mettre de la vie « là où l’on passe et là où on est ». Le mutualisme, voire le syndicalisme et plus généralement les rencontres et la vie de groupe, sont des moyens pour éviter le repli sur soi avec l’impression d’être débordé et « de ne pas pouvoir y arriver ».

Le stress n’est pas inné

On n’est pas stressé de père en fils, on le devient par notre façon de vivre et de gérer les difficultés. Evidemment, le contexte familial peut avoir une influence, les enfants reproduisant des comportements, mais cela n’a rien d’héréditaire. Le stress n’est pas non plus une dépression qui est une vraie maladie. Néanmoins, l’excès de stress peut aboutir à des ruptures pouvant aller jusqu’au suicide. D’ailleurs, François-Régis RENOIR, participe régulièrement à la formation des médecins du travail de la MSA et il a été récemment consulté par le Ministre de l’Agriculture dans le cadre du plan d’action pour lutter contre le suicide. Il considère qu’un individu peut être en danger quand il se trouve en situation d’échec et qu’il a renoncé à se défendre.

Il estime que les stages de gestion de stress organisé pour les salariés des entreprises (publiques ou privées) ne sont pas d’une grande efficacité car ils ne permettent pas de supprimer les causes souvent inhérentes au lieu de travail (valorisation professionnelle, organisation, surcharge, etc.…).

Les échanges avec la salle ont permis d’aborder d’autres réflexions telles que le stress positif, à savoir celui qui est maîtrisé et qui donne une certaine efficacité ; la décompression par des activités choisies comme le sport ou encore l’organisation qui permet de structurer son emploi du temps et d’éviter la sensation de « débordement ».

Bernard FLAMMARION, administrateur de la MSA, a conclu cette soirée en rappelant que la MSA restait un organisme de proximité dynamique ayant vocation à accompagner et à prévenir tous les risques auxquels sont exposés ses assurés. Il a remercié ses partenaires (cf encadré) et promis de poursuivre ce genre d’initiative.


LA PAROLE AU PRÉSIDENT


Eric PETIT, président de la MSA Sud Champagne

Il est important que nous nous approprions un thème comme celui des risques psychosociaux dans la mesure où nous sommes tous confrontés dans différents domaines et à différents niveaux par ce phénomène. Il en va de la qualité de vie et la santé psychologique de nos homologues exploitants, de nos familles et de nos amis.

Lorsque certains exploitants sont touchés, il est primordial qu’ils sachent qu’il existe des interlocuteurs à leur écoute. Nous verrons ensuite s’il ressort un besoin de mettre en place des solutions individuelles et/ou collectives.

LA PAROLE AUX PARTENAIRES

Les différentes partenaires de cette conférence expliquent les raisons pour lesquelles ils ont souhaité rejoindre la MSA sur cette problématique des risques psychosociaux en agriculture :

Christophe FISCHER, Président FDSEA de la Haute-Marne

Avec les aléas climatiques destructeurs que nous subissons depuis quelques mois, après les crises sanitaires de la FCO et de SCHLMALLENBERG, avec les évolutions en dents de scie de nos marchés, nous avons une surdose d’insécurité qui peut s’ajouter à n os problèmes personnels et familiaux. Comment gérer ce cumul de difficultés et conserver une certaine qualité de vie, ou tout simplement un plaisir de vivre ? La réponse est probablement en partie dans les analyses et recommandations de notre conférencier.

Vincent COURTIER, Président Jeunes Agriculteurs de la Haute-Marne

Nous sommes très sensibles à la problématique des risques psychosociaux en agriculture. C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité participer à cette conférence qui rejoint le thème de « la qualité de vie en agriculture » choisi pour notre dernière AG.

Les jeunes ne sont pas épargnés par la pression et le stress. C’est pourquoi, il est important qu’ils disposent de solutions leur permettant d’organiser leur travail et de se libérer du temps(....)

Jean-Louis COURTOUX, Président Chambre d’Agriculture de la Haute-Marne

Les difficultés du métier, le stress quotidien, l’absence de reconnaissance d’une partie de la population ont pour conséquence un taux de suicide extrêmement élevé dans la population des exploitations sans que ce fait, inquiétant, ne soit relayé dans les médias. Il faut échanger sur ces problèmes, libérer la parole sur les risques psychosociaux et les maladies professionnelles. C’est pourquoi nous ne pouvons que soutenir la MSA dans l’organisation de cette conférence et j’espère de celles qui suivront.

Dominique GUENAT, Président FD CUMA de la Haute-Marne

Nous avons souhaité rejoindre la MSA sur cette thématique parce que nous avons conscience du fait que toutes ces nouvelles problématiques de risques peuvent avoir des conséquences sur le fonctionnement des groupes au quotidien. Par ailleurs, et parallèlement à cela, il convient de réfléchir et de déterminer dans quelle mesure le groupe, de par sa structure, peut apporter sa contribution afin de diminuer voire résorber les phénomènes de risques psychosociaux.


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