L'Avenir Agricole et Rural 01 août 2011 à 09h43 | Par F.Thevenin

SÉCURITÉ - LE LEVAGE EN TOUTE SÉCURITÉ

Les accidents liés à l'état ou à un usage inadapté des télescopiques sont encore malheureusement trop fréquents. Pourtant, peu d'agriculteurs effectuent la vérification périodique de leurs machines de levage prévue par la loi. Rappel avec Vincent Humblot, spécialisé dans le contrôle des outils de levage.

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Intervention chez Etienne Voinchet à Vauxbons.
Intervention chez Etienne Voinchet à Vauxbons. - © ESTELLE DAUPHIN

Après une carrière de 22 ans au sein de la société de BTP EIFFAGE aux postes de responsable maintenance et responsable d'atelier, Vincent Humblot, électromécanicien de formation, basé à Mardor, travaille à son compte depuis le mois de mars en tant que contrôleur de machine-outil dans les secteurs de l'industrie, de l'artisanat et de l'agriculture.

La vérification générale périodique permet d'obtenir un état des lieux de type «contrôle technique» de l'état de son engin. Elle permet ainsi d'effectuer les réparations nécessaires et d'éviter les accidents

L'obligation s'applique-t-elle seulement aux employeurs de main-d’œuvre ?

Les engins de levage présentent des risques importants pour la sécurité des salariés, c'est pourquoi l'article R233-11 du code du travail impose des vérifications périodiques afin que soit décelée en temps utile toute détérioration susceptible de créer des dangers. L'inspection du travail peut être amenée à vérifier la validité des contrôles. De plus, en cas d'accident, l'employeur devra fournir la preuve que les contrôles ont été réalisés dans les temps pour l'engin impliqué. Cette obligation s'applique aussi en cas de location ou de prêt de matériel.

Les propriétaires d'outils de levage sont également invités à effectuer ces contrôles, pour leur propre sécurité et afin d'être couverts en cas d'accidents impliquant un tiers.

Quelles sont les obligations en matière de contrôle des outils de levage ?

L'arrêté du 1er mars 2004 précise le type d'appareils concernés par le contrôle lors des mises ou remises en service ainsi que sa périodicité:

⁃ Contrôle tous les douze mois pour les remorques élévatrices, les chargeurs frontaux sur tracteur, les élévateurs arrière sur tracteur, les crics de levage, les ponts roulants, les grues sapines, les ponts élévateurs...

- Contrôle tous les six mois pour les chariots élévateurs à mât vertical et à flèche, les plateformes élévatrices mobiles de personnel (PEMP), les engins de chantier ou de terrassement équipés pour la manutention d'objets.

Qui est habilité à réaliser ces contrôles ?

Depuis 2009, la notion d'agrément a disparu. La loi précise que les vérifications sont effectuées par des personnes compétentes appartenant ou non à l'établissement, formées dans le domaine de la prévention des risques machines, connaissant la réglementation ainsi que la technique et la pratique des vérifications.

L'accréditation auprès de la COFRAC n'est exigée que lors du mandatement par l'inspection du travail.

Comment se déroule un contrôle machine ?

Je procède à un examen visuel de l'appareil à l'arrêt puis en fonctionnement. Je réalise ensuite des essais avec une charge maximum autorisée pour vérifier si elle est maintenue de façon stable dans le temps ou si il y a glissement de charge.

A titre d'exemple, la vérification d'un chariot élévateur comporte 76 points de contrôle concernant la motorisation, le châssis, le poste de conduite, la manutention et les équipements de sécurité. Le résultat des vérifications générales périodiques fait l'objet d'un rapport détaillé adressé au propriétaire du véhicule. Il fait état des points contrôlés et explique les points critiques.

Sécurité et maintenance étant étroitement liés, je vais plus loin que la vérification du levage prévue par la loi. Il m'arrive régulièrement de détecter des risques mécaniques importants : direction sur le point de lâcher, durites prêtes à céder... Je signale ces anomalies au client afin qu'il se mette en rapport avec son concessionnaire.

En quoi votre expérience vous aide à exercer votre métier actuel ?

Les grandes entreprises ont acquis une culture de la sécurité encore plus drastique en interne que ce que la loi exige, car elles ont compris qu'un accident dû à une carence en matière de prévention pouvait leur coûter très cher. J'ai été formé et chargé du contrôle des engins de BTP en interne durant une vingtaine d'années. Aujourd'hui, mon activité concerne aussi bien les outils de levage en poste fixe (ponts élévateurs dans les garages, ponts roulants) que des engins roulants dans les secteurs bâtiment, agriculture, viticulture et sylviculture. En rencontrant des chefs d'entreprise au quotidien, je m'aperçois que cet aspect de la réglementation est souvent méconnu.

HERVÉ FOURNEIR
HERVÉ FOURNEIR - © ESTELLE DAUPHIN

Avis d’expert

Hervé Fournier,
chargé de prévention à la MSA Sud Champagne

Les engins de manutention, un point critique dans les exploitations ?
Tous les ans, le secteur polyculture élevage recense près de 180 accidents de travail chez les salariés agricoles, impliquant la conduite d'un chariot automoteur de manutention à conducteur porté (chargeur à bras télescopique, chariot élévateur). L'année 2007 a ainsi vu la mort d'un travailleur agricole dans les Ardennes, liés à l'utilisation d'un chargeur à bras télescopique.

Quelles réponses ont été apportées par les organismes agricoles ?
Suite à la parution de l'arrêté de 2004, déterminant les règles de vérification générale périodique, les vérifications lors de la remise en service après les opérations de démontage – remontage et modifications susceptibles de mettre en cause la sécurité des appareils de levage, la MSA Sud Champagne a organisé, avec l'appui de la Profession Agricole, une formation des vérificateurs, essentiellement des concessionnaires de machines outils et des salariés de CUMA, en faisant intervenir Bernard Chonier du CFPPA de la Barotte à Châtillon sur Seine. Malheureusement, les stagiaires n'ont pas eu l'occasion de pratiquer, les agriculteurs étant réticents à effectuer ces contrôles.

Comment limiter les accidents ?
Réaliser les vérifications périodiques prévues par la loi ainsi que les réparations nécessaires sur le matériel est une nécessité. Il est également essentiel de former les utilisateurs au bon usage des télescopiques.
Pour cela, le CACES (certificat d'aptitude à la conduite en sécurité) est incontournable. Il consiste en un test d'évaluation, tant théorique que pratique, adapté à chaque catégorie d'engins, caractéristique de l'appareil que le salarié est amené à utiliser.
L'objectif est de donner aux conducteurs les bases pour assurer la maîtrise de leur matériel en toute sécurité. Le défaut habituel des utilisateurs de chariots télescopiques, est de déplacer l'engin avec une charge en hauteur, alors qu’il faut la ramener au plus près du sol.

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