L'Avenir Agricole et Rural 11 mai 2007 à 00h00 | Par F.Thevenin

Sécheresse - Le terrible mois d'avril

Avril 2 007 a battu des records en matière de températures maximales, de déficit pluviométrique et d’heures d’ensoleillement. Le résultat sur les cultures et les prairies est terrible…

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Les céréales ont connu un stress qui laissera des traces.
Les céréales ont connu un stress qui laissera des traces. - © FREDERIC THEVENIN
Trois phénomènes météorologiques associés les uns aux autres expliquent la situation actuelle des cultures et prairies haut-marnaises. Selon les sols, les conséquences sont plus ou moins graves mais des traces subsisteront et certaines personnes parlent de situation irrémédiable pour des cultures comme le maïs.

Premier phénomène sur tout le département : la faiblesse des précipitations en avril qui bat des records. Deuxième phénomène : une chaleur excessive qui est la cause d’une forte évapotranspiration.
Troisième phénomène : des cultures ayant un état végétatif très avancé et qui subissent encore plus fortement ces aléas climatiques. Les symptômes de sécheresse observés sur les blés et escourgeons sont ceux qu’il est parfois possible d’observer en mai. La végétation a pratiquement trois semaines d’avance…
En temps normal, les agriculteurs auraient pu se féliciter de ce mois d’avril particulièrement sec. Les maladies foliaires, du pied et les problèmes de verse sont moins nombreux. Le fleurissement et la phase de reproduction se sont effectués dans d’excellentes conditions.

Stress critique

Mais, l’absence de pluies a causé un stress à la végétation qui ne peut se résorber qu’avec des pluies conséquentes. En sol superficiel, le manque de précipitations pourrait être fatal aux plantes. Cette situation se retrouve sur le plateau de Langres et les plateaux du Barrois.
En sol intermédiaire, tout se joue dans les prochains jours avec d’hypothétique compensation s’il pleut suffisamment.

Sur les sols plus profonds, les potentiels existent encore en blé et escourgeon. La taille des feuilles est correcte et de futures pluies peuvent laisser espérer de bons rendements.
En colza, les pivots ont souffert d’un hiver doux et humide. De nombreux sont pourris et les plants sont en train de crever faute de pluies et d’un nouvel enracinement.

Adapter les traitements

Le pire dans cette situation générale est que le potentiel de l’année était extraordinaire. Les agriculteurs vont donc devoir s’adapter afin de limiter le coût de production. En blé, il est recommandé de retarder les traitements afin de passer qu’une seule fois. Pour les semis précoces et du fait de la douceur de l’hiver, les maladies du pied sont présentes et un traitement précoce était recommandé. Par contre, les maladies foliaires (rouille et septoriose) sont quasiment nulles et il est inutile d’engager des frais supplémentaires pour l’instant. Une bonne surveillance devrait suffire.
Toujours sur les blés, en sol superficiel, les derniers apports d’azote sont inutiles d’autant plus que la chaleur a permis une bonne reminéralisation de l’azote dans les sols. La couleur verte foncée des feuilles de blé en témoigne. Sur les sols profonds, les ajustements se feront en fonction des pluies.
Sur les orges de printemps, les agriculteurs vont connaître d’importants soucis de désherbage. Il est toujours délicat de désherber des cultures stressées. Il faut renouveler de prudence dans les dosages.

Pour résumer, les interventions phytosanitaires sur les cultures sont différées ainsi que les anti-verses. Malgré tout, il faudra surveiller la présence de pucerons qui prolifèrent en cas de chaleur et de sécheresse.

Inquiétant

Cette situation 2 007 est unique et exceptionnelle. Elle rappelle celle de 1996 mais la végétation était moins avancée et les pluies de mai avaient permis de rattraper le retard. Au bout du compte, les récoltes avaient été bonnes. Cette année, l’espoir d’une compensation diminue de jour en jour sachant que la première quinzaine de mai arrive.

La situation est encore pire pour les plantes sarclées comme le maïs qui connaissent une levée très incertaine. Certains agriculteurs ont même préféré annuler leur semis afin de ne pas engager de frais inutiles. Du jamais vu de mémoire de techniciens de l’APVA. Quant à la date du semis (pour ceux qui ont semé), elle n’a pas une grande importance puisque les levées sont aléatoires dans tous les cas.

De la même manière, la situation de la production herbagère est catastrophique. En sol superficiel, des prairies sont déjà nues comme en plein été. Dans certaines zones, des éleveurs ont choisi de faucher en espérant une « repousse » en mai. Pour eux, quitte à récolter du mauvais foin, autant le faire dès maintenant…

Des “tristes” records à la pelle

Les relevés de Météo France révèlent de nombreux records pour ce mois d’avril 2007. Voici quelques chiffres…



Au niveau des précipitations d’octobre 2006 à avril 2007, Langres est à 546 mm alors que la moyenne de 1971 à 2000 est de 527 mm. Saint-Dizier est à 405 mm alors que la moyenne sur 30 ans est à 501 mm. Le déficit dans le nord est donc manifeste pour ces six derniers mois.
Parallèlement, l’évapotranspiration a été très forte avec 249 mm à Saint-Dizier contre les 205,2 de moyenne et 230,3 à Langres contre les 191 de moyenne.
Du coup, le bilan hydrique est terrible pour Saint-Dizier avec 155 soit une baisse de 47 % par rapport à la moyenne des trente dernières années. A Langres, le déficit est moindre avec 316 mm soit une baisse de 6 %.
Cette situation s’est fortement aggravée au mois d’avril puisque le déficit hydrique, fin mars, était de 17 % à Saint-Dizier et que le solde était positif à Langres avec + 19 %. L’extrême nord du département souffre donc davantage que le sud.
En se penchant sur le mois d’avril, les chiffres sont encore plus parlants. Ils traduisent parfaitement ce qui se passe sur le territoire. Au niveau précipitations, la moyenne des mois d’avril sur les trente dernières années va de 54 mm à 72 mm selon les points prélevés en Haute-Marne. Les résultats d’avril 2007 sont terribles : 7 mm pour Auberive, 2,6 pour Blécourt, 11,4 pour Bourdons, 8 pour Chaumont-Semoutiers, 5,8 pour Chevillon, 0,2 pour Droyes, 0,2 pour Saint-Dizier, 2,4 pour Langres et 15,6 pour Fayl-Billot.
Après les trois premiers mois de 2007 excédentaires (+ 15 % en janvier, + 49 % en février, + 34 % en mars), avril est donc particulièrement déficitaire et a fait basculer la Haute-Marne dans la sécheresse.

Avril aride

A ce premier phénomène, un autre aggrave la tendance : des températures trop élevées pour la saison. A Langres, la moyenne des températures maximales d’avril 2007 est de 20,1° alors que la moyenne sur 30 ans est de 12,1°. Le précédent record était de 15,9 en 1971. La moyenne des températures minimales d’avril 2007 est de 8,5° alors que la moyenne sur 30 ans est de 4,7°. Le précédent record était de 7,5° en 1961. La température moyenne atteint un record avec 14,3° en avril 2007 contre une moyenne sur 30 ans de 8,1 et un précédent record de 11,3 en avril 61.
A Saint-Dizier, la moyenne des températures maximales d’avril 2007 est de 22,2° alors que la moyenne sur 30 ans est de 14,7°. Le précédent record était de 18,2 en 1971. La moyenne des températures minimales d’avril 2007 est de 5,8° alors que la moyenne sur 30 ans est de 4,3°. Le précédent record était de 7,7° en 1961. La température moyenne atteint un record avec 14° en avril 2007 contre une moyenne sur 30 ans de 9,5 et un précédent record de 12,7 en avril 61.
A Chaumont où les premiers relevés datent de 1992, la moyenne des températures maximales d’avril 2007 est de 22° alors que la moyenne sur 30 ans est de 13,8°. Le précédent record était de 16,5 en 2003. La moyenne des températures minimales d’avril 2007 est de 5,3° alors que la moyenne sur 30 ans est de 3,5°. Le précédent record était de 6,2° en 1993. La température moyenne atteint un record avec 13,7° en avril 2007 contre une moyenne sur 30 ans de 8,7 et un précédent record de 12,7 en avril 61.
Enfin, la durée d’ensoleillement a également battu des records. A Langres, elle a été de 333 heures au lieu des 157 heures habituelles. Le précédent record était de 264 heures en 1997.
A Saint-Dizier, elle a été de 328 heures au lieu des 159 heures habituelles. Le précédent record était de 247 heures en 1997.

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