L'Avenir Agricole et Rural 06 juin 2011 à 11h43 | Par Communiqués

Sècheresse agricole - L’appel à la corresponsabilité de la FNSEA

Xavier Beulin veut mobiliser toutes les parties prenantes de l’agriculture : les professionnels, les banques, l’administration et les autorités communautaires pour venir en aides aux agriculteurs sinistrés par la sécheresse. Et d’abord les éleveurs les plus exposés.

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«J’appelle à la coresponsabilité de tous les acteurs qui sont impliqués» a déclaré Xavier Beulin, le 27 mai à Paris. Organisations professionnelles, MSA, banques, l’Etat, l’Europe sont appelés à se mobiliser pour venir en aides aux agriculteurs et notamment les éleveurs qui sont les plus durement frappés. Faute de fourrage, certains d’entre eux sont contraints de se séparer de leurs animaux, le coût des aliments de remplacement devient exorbitant et les sorties sur les marchés en vif sont d’ores et déjà multipliées par deux ou par trois selon le président de la FNSEA. Pour les producteurs de céréales à paille, Arvalis annonce d’ores et déjà des baisses de rendements de 20 à 25%.Bref la situation est extrêmement critique et la sécheresse serait plus grave que celle de 1976.  En effet, au déficit pluviométrique s’ajoutent des températures très élevées. Ce qui rappelle à certains égards l’année 1949, tristement célèbre  dans les annales. En outre, le sinistre frappe la totalité du territoire. Seuls quelques départements du sud sont épargnés.Première action visée par la FNSEA pour venir en aide aux éleveurs, la solidarité professionnelle. Il est demandé aux céréaliers de ne pas broyer les pailles pour les laisser à la disposition des éleveurs. D’ores et déjà sous l’égide des FDSEA et des JA, plus d’une trentaine de départements ont engagé des démarches de contractualisation. Avec un prix conseillé correspondant à la valeur agronomique des pailles, compris entre 20 et 25 €/tonne.Mais pas question de réglementer et d’interdire le broyage des pailles, comme l’a envisagé le ministre de l’Agriculture, estime le président de la FNSEA. «La démarche serait contreproductive».


Contrats sur l’aliment du bétail


Au-delà des fourrages grossiers, Xavier Beulin propose de mettre à la disposition des éleveurs des aliments du bétail à des prix raisonnables, «en tout cas non spéculatifs». Notamment les tourteaux, drêches et pulpes, issus de la production de biocarburants. Il y aurait six millions de tonnes de coproduits qui pourraient être ainsi mobilisées pourvu que les parties prenantes, coopératives, industriels, fabricants d’aliments du bétail s’en donnent la peine. Pas question de demander des aides à l’Etat. «Je me refuse à entrer dans une logique de demande d’aides financières» a déclaré Xavier Beulin. Du moins pour l’instant. Mais les pouvoirs publics devraient faire preuve de compréhension sur le pâturage ou le fauchage des bandes enherbées et des jachères. Il  leur est demandé également un assouplissement du cahier des charges des productions sous signe de qualité (AOC) et de l’agriculture biologique. Les agriculteurs concernés devraient pouvoir s’approvisionner en aliments du bétail au-delà du périmètre imposé. L’Etat devrait également veiller à verser immédiatement toutes les aides en attente depuis plusieurs comme celles  relèvent des dispositifs environnementaux pour ne pas aggraver les difficultés de trésorerie. Et de ne pas en rajouter davantage en matière d’endettement, notamment pour les exploitations qui ont bénéficié du plan Sarkozy de 2009.

La SNCF sollicitée

A ce stade la FNSEA attend également des pouvoirs publics  qu’ils jouent un rôle de facilitateur auprès des différentes instances. Auprès de la SNCF par exemple pour le transport des fourrages. Xavier Beulin a demandé un rendez-vous à son patron, Guillaume Pepy, pour examiner dans quelle mesure la compagnie nationale pourrait apporter son concours au transport des fourrages.Auprès des banques également qui sont appelées à la rescousse, comme la MSA l’a déjà fait sur le report du deuxième versement des cotisations sociales.  Après l’annonce d’un déblocage anticipé d’un acompte à la prime à la vache allaitante le 16 octobre, la FNSEA souhaiterait que les banques prennent le relais en accordant des avances de trésorerie aux éleveurs à taux zéro, en attendant le versement. A la fois pour leur permettre d’acheter des aliments pour leurs animaux et d’éviter la décapitalisation de leur cheptel.Précisément sur ce chapitre là, Bruxelles a un rôle à jouer pour éviter l’effondrement des marchés. Soit en déclenchant une opération exceptionnelle d’intervention publique, soit en accordant des restitutions pour dégager les marchés à l’exportation. Soit les deux. La question qui est posée également aux autorités communautaires est le relèvement de l’aide «de minimis» de 7500 € sur trois ans. Son doublement avait été acquis, lors de la crise agricole de 2008/2009, Xavier Beulin demande que l’autorisation soit renouvelée.

Les premières réponses du ministre

Bruno LE MAIRE, Ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du Territoire, a réuni aujourd’hui le Conseil de l’agriculture française. Il a également reçu les représentants des producteurs, des industriels et des distributeurs pour examiner les conséquences de la sécheresse, en particulier sur les filières animales. Le Ministre a appelé chacun des acteurs à la solidarité.
A cette occasion, les points suivants ont été abordés :
- Les Préfets de région, réunis hier par Bruno LE MAIRE, veilleront à la mise en œuvre des assouplissements décidés par le Ministre dans l’utilisation des jachères et sur les mesures agro-environnementales. Ils veilleront aussi à la simplification des contraintes administratives permettant de mobiliser les fourrages et de faciliter les actions de solidarité entre agriculteurs, notamment pour couvrir les besoins en alimentation animale et répartir au mieux les disponibilités en fourrage ;- Une cellule logistique réunissant les services du ministère des Transports, du ministère de l’Agriculture, Réseau ferré de France, la SNCF et des représentants du monde agricole est mise en place, afin de faciliter le transport des pailles par le réseau ferroviaire ;- Des contrats interfilières entre agriculteurs ont été mis en place dans 40 départements. Ils garantissent la mise à disposition de plus d’un million de tonnes de pailles à moins de 25 euros la tonne sur champ. Les Préfets sont autorisés à interdire le broyage des pailles au cas par cas ;- Le Ministre a rappelé aux industriels et aux distributeurs la nécessité d’appliquer l’accord du 3 mai dernier, qui permet d’ouvrir des négociations sur les conditions de vente des produits issus des filières d’élevage de bovins, de porcs et de volailles en cas de variation excessive à la hausse et à la baisse des prix de l’alimentation animale;- La commission du Fonds national de gestion des risques en agriculture (anciennement Fonds national de garantie des calamités agricoles) se réunira dès le 15 juin prochain. Les premiers arrêtés de reconnaissance pourront être pris le 12 juillet pour permettre une indemnisation des éleveurs dès le 15 septembre ;- Les acteurs des secteurs de la banque et des assurances ont annoncé au Conseil de l’agriculture française 700 millions d’euros de prêts de trésorerie mis à disposition des éleveurs à un taux de 1,5% d’intérêts pour les jeunes agriculteurs et de 2% pour les autres. Ils étudieront également les dossiers d’assurance des jeunes agriculteurs déposés entre le 15 avril et le 15 mai, afin de répondre aux difficultés dans les grandes cultures ;- La Mutualité sociale agricole a acté le report des appels à cotisation de juin pour tous les éleveurs soit 80 millions d’euros ;- Une partie des aides directes européennes pour les éleveurs sera versée avec huit semaines d’avance soit à la mi-octobre au lieu du mois de décembre. Ce versement anticipé concerne 80% des primes au maintien du troupeau de vache allaitante, 50% des droits à paiement unique et 50% des aides aux éleveurs ovins et caprins ;- Sur proposition de la France qui a obtenu le soutien de 10 Etats membres, Dacian CIOLOS, Commissaire européen chargé de l’agriculture, a annoncé la création d’un groupe de travail européen pour élaborer des propositions pour l’avenir de la filière bovine en Europe, qui pourraient être adoptées dans le cadre de la réforme de la PAC de l’après 2013.

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