L'Avenir Agricole et Rural 09 février 2012 à 10h29 | Par L'Avenir Agricole et Rural

Schmallenberg - La menace se confirme

Cet orthobunyavirus, véhiculé par un moustique, affecte les ruminants. Il s’est déclaré en Allemagne l’an dernier et poursuit son développement dans les zones frontalières avec 50 élevages touchés dans 14 départements, dont 9 en Haute-Marne. Sur les animaux en gestation, les conséquences sont catastrophiques, comme en témoigne Claude Lagaride, moutonnier spécialisé à Coiffy le Haut.

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Déjà neuf cas en Haute-Marne
Déjà neuf cas en Haute-Marne - © Réussir

Claude Lagaride est naisseur engraisseur spécialisé dans l’agneau d’herbe. Il vend l’ensemble de sa production de septembre à novembre. Il détient 1350 brebis primées et exploite 250 hectares de prairies naturelles. La mise en lutte a eu lieu à partir du 1er septembre, en pleine période de la contamination présumée et les agnelages, d’une durée de deux mois, ont débuté il y a une quinzaine de jours, dans des conditions effroyables.

Un bilan qui s’alourdit de jour en jour

L’agnelage débute à peine. Seules 130 brebis ont mis bas sur les 1350 que compte le troupeau et l’éleveur dénombre déjà 50% de perte. Sur deux cent agneaux, la moitié est déjà partie à l’équarrissage. La casse est palpable également au niveau des brebis en raison des avortements et de l’absence de délivrances. Les «tordus» comme il les appelle, sont souvent inertes et forment un bouchon. La poche ne peut sortir, si bien que si on n’y prête pas attention, la brebis peut s’empoisonner gravement. Claude en dénombre déjà une quinzaine qui ont ainsi péri. De plus, il note depuis samedi dernier une recrudescence de ces délivrances atypiques.

«Au début, j’ai mis les premiers animaux handicapés sur le compte d’un mauvais bélier, puis au fur et à mesure que les malformations et les avortements se multipliaient dans tous les lots, j’ai alors pensé à une réaction au nouveau vaccin contre la FCO, avec lequel j’ai traité l’ensemble de mes brebis», témoigne Claude. Inquiet, il contacte Amélie Dallemagne, technicienne spécialisée en ovins à la Chambre d’Agriculture. Elle lui parle de la maladie du Schmallenberg. Il se tourne alors vers son vétérinaire sanitaire, qui ne peut que constater les similitudes de symptômes entre les cadavres et les spécifications de la note du Ministère. Il emporte un agneau afin d’effectuer une virologie à partir des tissus du cerveau.

Des conditions d’agnelage extrêmement pénibles

Les agneaux handicapés sont très difficiles à sortir. Même présentés par l’avant, les pattes forment des crochets qui raccrochent la brebis. Les têtes parfois gonflées d’eau de la taille d’un ballon de foot, ne peuvent pas sortir. «J’ai dû briser une mâchoire à l’intérieur de la brebis pour pouvoir le sortir» témoigne l’éleveur. Certains agneaux naissent apparemment bien formés, mais ils n’arrivent pas à boire. Ils ont faim et bêlent de toutes leurs forces. C’est d’autant plus rageant que les brebis ont du pis. «J’en ai tubé plusieurs, mais je ne peux pas être partout», ajoute-t-il.

Une perte économique considérable

«A chaque fois que je perds un agneau, c’est 120 euros de moins sur mon chiffre d’affaires prévisionnel. J’ai réalisé de lourds investissements afin de mécaniser ma production. Je vais bientôt avoir cinquante ans et jusqu’à l’an dernier, je déroulais onze balles rondes de 350 kg par jour à la main, en plus des 44 tonnes d’aliment mensuelles distribuées l’hiver au sceau. Je viens de refaire deux bâtiments en bois afin de décompresser mes animaux et de passer une dérouleuse dans l’allée. Il me sera impossible de rembourser mes traites en fin d’année» explique Claude.

Plus que jamais besoin du soutien public

Ne se laissant pas gagner par le découragement, Claude Lagaride garde la tête froide et n’en veut à personne. Il a joué le jeu de la transparence et de la coopération avec les autorités sanitaires dès l’apparition des premiers symptômes et il encourage ses confrères touchés à en faire autant. Il n’a rien à se reprocher du point de vue de sa conduite de troupeau et espère que les Pouvoirs Publics réussiront à débloquer un fonds d’aide pour les éleveurs touchés, comme ça a été le cas lors de l’épisode de FCO.


36 suspicions en Haute-Marne

Réunion à la Préfecture


A la demande de la FDSEA, le Préfet a rapidement réuni un comité technique comparable à celui qui avait été constitué pendant l’épidémie de FCO, regroupant les vétérinaires, les syndicats, le GDS, la cobevim, la Chambre d’Agriculture, ainsi que les services de l’Etat. Martine Chevalier a présenté au nom de l’Administration la situation épidémiologique au sept février. Trente six suspicions ont été envoyées au laboratoire de Maison Alfort, le seul habilité à réaliser des analyses virologiques, et neuf cas ont été confirmés positifs. Dix ont été infirmés et 17 autres sont encore en analyse.

Il n’y a aucun cas confirmé sur les bovins. Cette maladie est beaucoup plus répandue en Allemagne (342 cas), d’où elle semble provenir. Elle a été identifiée à l’occasion de symptômes sur les troupeaux laitiers, engendrant des fièvres massives avec de fortes baisses de production laitière. Mais les conséquences les plus graves sont sur les brebis gestantes lorsqu’elles ont été contaminées en début de gestation.

Aucun dispositif de prévention et d’indemnisation

S’agissant d’une maladie nouvelle, il n’existe aucun cadre réglementaire, tant au niveau européen que français. La plateforme d’épidémio-surveillance a été mise en place avec la participation active des vétérinaires sanitaires. Le réseau français pour la santé animale a aussi été sollicité pour mettre au point des analyses sérologiques et un vaccin.

Quant à l’indemnisation, l’organisation financière est en cours de construction dans le cadre d’un fonds national de gestion des risques, institué récemment suite au bilan de santé de la PAC. Il y aura très certainement une prise en charge financière mais personne n’en connaît les modalités. Le Préfet, manifestement impressionné par les témoignages de quelques moutonniers, s’est engagé à alerter les services ministériels afin qu’un accompagnement rapide puisse être apporté aux éleveurs.

Consignes données aux éleveurs

Afin de conserver la preuve de la mortalité des animaux, il est conseillé d’identifier les agneaux mort-nés. La profession souhaite pouvoir être dispensée du bouclage électronique et une dérogation sera demandée pour utiliser des boucles conventionnelles afin de limiter le gaspillage. Il est conseillé aussi de faire constater par le vétérinaire sanitaire les dégâts causés aux brebis, suite aux difficultés d’agnelage.

Tests sur les cervelles et sur le sang

Le vétérinaire sanitaire doit prélever la cervelle des agneaux morts et faire dans le même temps une prise de sang sur la mère. A ce jour les prises de sang n’ont révélé aucune virologie positive, ce qui pourrait laisser entendre que le virus vit peu de temps. Quand aux cervelles, il faut absolument éviter de les envoyer congelées avec la boîte crânienne au laboratoire départemental, chargé d’envoyer les tissus à MaisonAlfort.

Afin d’accéder la procédure, l’agriculteur peut directement apporter le prélèvement au laboratoire mais il devra préalablement solliciter son vétérinaire sanitaire, dont les interventions sont intégralement prises en charge par l’Etat.



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