L'Avenir Agricole et Rural 25 mars 2010 à 11h05 | Par T Divay GDS

SANITAIRE - Préparer la mise à l'herbe

La mise à l’herbe est un moment attendu et apprécié par l’éleveur, surtout lorsque le printemps daigne enfin succéder à un long hiver. Passées les indispensables remises en état des clôtures et des points d’abreuvement, les pâtures ne tarderont pas à reverdir. Pour bénéficier pleinement de cette alimentation de haute qualité et peu coûteuse en énergie, il convient de préparer cette mise à l'herbe car elle peut être à l'origine d'accidents dans le pire des cas...

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Plus la ration hivernale sera différente de la composition de l’herbe jeune et plus la transition sera nécessaire et longue.
Plus la ration hivernale sera différente de la composition de l’herbe jeune et plus la transition sera nécessaire et longue. - © GDS 52

Respecter une transition alimentaire sur 3 semaines
La digestion des aliments commence par une phase de fermentation dans la panse des ruminants. La flore microbienne responsable de ces fermentations se spécialise en fonction de la nature des aliments consommés. Plus la ration hivernale sera différente de la composition de l’herbe jeune et plus la transition sera nécessaire et longue. Les caractéristiques de l’herbe jeune sont :
• sa grande richesse en eau,
• sa faible teneur en cellulose et amidon,
• sa richesse en azote et sucres solubles.
Tout cela n’en fait pas un aliment parfait et justifie un rééquilibrage par l’apport de cellulose et amidon (foin, paille, céréales, ensilage de maïs). 
La meilleure transition s’effectue par une mise à l’herbe progressive, c’est souvent le cas pour les vaches laitières que l’on sort quelques heures par jour, puis la journée avant la sortie permanente tout en laissant à disposition les aliments de la ration hivernale. Le problème se pose surtout pour les lots l’herbe jeune. Il s’agit souvent des élèves, des bovins allaitants et bovins d’engraissement. La mise à disposition de foin ou paille doit être envisagée, et ce, même si les animaux en mangent peu. Quand la chose est possible, un apport quotidien de céréales, en faibles quantités, assure une meilleure transition et corrige le déséquilibre de l’herbe jeune. Par ailleurs, l’apport énergétique de la céréale sera bien venu en période froide. De plus, cela permet une meilleure surveillance des animaux.

Penser à l’apport minéral
L'herbe jeune, surtout quand elle provient de prairies temporaires à flore peu variée ou dans le cas de prairies permanentes à flore dégradée, est souvent pauvre en constituants minéraux importants : sodium, magnésium, sélénium, iode. Il ne faut donc pas oublier de maintenir l'apport en oligo-éléments par la mise à disposition d'un bloc à lécher en pâture.
Préparer les animaux à la mise à l’herbe en réalisant un apport de 30g de chlorure de Magnésium /gros bovin/jour, 2 à 3 semaines avant la mise à l’herbe.

Prévenir l'entérotoxémie
Conséquence d’une transition alimentaire défaillante, l'entérotoxémie est due à la prolifération de germes anaérobies (clostridium). Elle se manifeste par une mort subite des animaux « empoisonnés » par les toxines que ces microbes auront produit. Elle atteint plutôt des animaux en bonne santé. Après une très courte période de fièvre et de symptômes nerveux, la maladie tue généralement en moins de 24 heures et le traitement est en général envisagé alors qu’il n’y a plus rien à faire. Lorsque les mesures préventives adaptées (transition alimentaire) ne peuvent pas être respectées, la vaccination contre l'entérotoxémie doit être envisagée compte tenu de son faible coût. La primo vaccination (première vaccination dans la vie d'un animal) nécessite deux injections espacées de 4 à 6 semaines d'intervalle. Dès l'âge de 2 mois pour un veau issu de mère vaccinée, à partir de 15 jours si la mère n'a pas été vaccinée. Les rappels annuels se font en une seule injection. 

Gérer le parasitisme
Bien que nous sortions d’un hiver long et froid, avec un nombre important de jours de gel, les larves infestantes sont bien là (on peut en dénombrer en moyenne 300/kg de matière sèche). 
Cette contamination résiduelle moyenne de 300 larves/kg de matière sèche avec des écarts importants. Le mode d’exploitation de la parcelle à la fin de l’année précédente, le type d’animaux, la date de retrait de la parcelle, son chargement et le mode de déparasitage sont les principales causes de ces écarts.

La prévention chez les bovins de première année...
Cette catégorie est la plus exposée au risque parasitaire à cause de l’absence ou la faiblesse des défenses immunitaires. L'objectif de la prévention du parasitisme sera de développer au cours des deux premières années de pâturage une immunité forte tout en préservant la croissance des animaux et une valorisation maximale de l'herbe.
Cas des génisses de races laitières :
La mise à l’herbe sur repousses après fauche est un bon moyen d’éviter ce risque, mais ne peut concerner que les mises à l’herbe tardives.
Le plus souvent, ces animaux sont placés année après année, sur les mêmes parcelles, souvent très contaminées en fin de saison, et par conséquent, très contaminées au printemps. Il est donc souhaitable d’agir tôt, pour ne pas risquer d’atteindre rapidement des seuils critiques.
La prévention administrée dès la mise à l’herbe est à privilégier :
- Soit une administration de moxidectine en deux temps sous la forme injectable ou « pour-on » à la mise à l’herbe et 8-10 semaines plus tard.
- Soit en utilisant un bolus (oxfendazole ou febendazole) si la taille des animaux est suffisante (au moins 100kg) et la durée de pâturage assez longue (5 mois au moins).
- Soit en utilisant un dispositif qui associe les deux modes d’action : moxidectine en mode Longue Action. A conseiller si le chargement est important (moins de 45 ares/UGB), et si la rentrée est tardive.

Cas des taurillons et bouvillons de races laitières : 
On va préférer les dispositifs à action longue (moxidectine en mode Longue Action ou bolus), sans reprise des animaux, pour assurer une bonne croissance des animaux destinés à la boucherie. La recherche d’une immunité solide ne se pose pas vraiment pour ces animaux. 
Il peut être intéressant, dans le cas ou génisses et bouvillons sont ensemble, d’appliquer la moxidectine en mode Longue Action sur les seuls bouvillons, et un protocole plus léger (moxidectine injectable ou « pour-on »), pour les génisses. On permet ainsi aux mâles, d’avoir une meilleure croissance, tout en assurant un début de développement des défenses immunitaires chez les femelles.

Cas des veaux de race allaitante nés en l’automne
Il s’agit des veaux issus de vêlages précoces (octobre à décembre), mis à l’herbe avec les mères. Ces animaux consomment des quantités d’herbe significatives dès la mise à l’herbe et, en l’absence de défenses immunitaires, ils multiplient les parasites, contaminent la parcelle et leur croissance peut en pâtir. 
Un protocole qui consiste à protéger les mâles par l’application de moxidectine en mode Longue Action pour assurer une meilleure croissance (on épargnera toutefois, le veau destiné à une carrière de reproducteur), alors que les femelles ne seront pas protégées et pourront ainsi forger leur immunité avec la faible infestation qu’elles créeront (les mères immunisées et les mâles protégés ne multiplieront pas ou peu les parasites). 
Au sevrage (précoce), les femelles pourront être déparasitées avec un antiparasitaire à action rémanente si elles restent sur des parcelles pâturées, ou à action instantanée si on leur attribue des repousses après fauche.

Cas des veaux de race allaitante nés en fin d’hiver et au printemps : 
Il s’agit des veaux issus de vêlages plus tardifs (janvier à mars), mis à l’herbe avec les mères. Ces animaux consomment peu d’herbe au départ et les faibles niveaux de contamination garantis par les mères permettent une installation progressive de l’immunité. 
Cependant, il n’est pas rare qu’au milieu de l’été, avec la conjonction de facteurs favorisants (météo, chargement), le risque de strongyloses cliniques apparaisse. 
Il est donc prudent de déparasiter les veaux avec un antiparasitaire à action rémanente s’ils restent sur des parcelles pâturées, ou à action instantanée s’ils sont transférés sur des repousses après fauche.

Cas des broutards sevrés de race allaitante : 
Ces animaux ne disposent que d’une protection limitée, car leur immunité n’est qu’à l’état d’ébauche. 
Pour les mâles, la construction de l’immunité n’est pas primordiale, on peut donc appliquer la vaccination en mode Longue Action, ce qui assurera une meilleure croissance à l’herbe.
En ce qui concerne les femelles, la prévention dès la mise à l’herbe est souhaitable. Un traitement rémanent à base de moxidectine sous la forme injectable ou « pour-on » est en général suffisant si aucun des facteurs de risque ne ressort (contamination résiduelle, chargement…). Dans le cas contraire, le protocole à appliquer doit être celui des « première année » de pâture stricto sensu, à savoir :
- Soit une administration de moxidectine en deux temps.
- Soit un bolus (vaccination ou febendazole).
- Soit la moxidectine en mode Longue Action.

La prévention en deuxième année...
Ces animaux ont besoin de compléter une immunité déjà mise en place. 
Un traitement rémanent à titre préventif ne se justifiera que si des facteurs de risque l’imposent (chargement, erreurs de conduite l’année précédente, problèmes les années passées...). 
Un traitement rémanent à base de vaccination sous la forme injectable ou « pour-on » suffira.

La prévention chez les adultes...
Sauf erreurs de conduite les premières années, les adultes ne nécessitent pas de traitements préventifs contre les strongyloses digestives. 

En conclusion...
La gestion du parasitisme à l’herbe est un aspect très technique, déterminant dans la réussite de sa conduite de l’élevage. Elle repose aujourd’hui sur des fondements scientifiques clairement établis, ce qui en fait un outil performant qui doit être adapté à chaque élevage et à chaque éleveur. D’où la nécessité d’ajuster les protocoles avec l’aide d’un expert (vétérinaire, conseiller spécialisé…).
GDS Maison de l’Agriculture
Tél. 03 25 35 03 83

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