L'Avenir Agricole et Rural 02 décembre 2010 à 17h59 | Par T. DIVAY

Sanitaire - Déparasiter ou ne pas déparasiter à la rentrée ?

La connaissance de plus en plus fine qu’ont les éleveurs sur le sujet et les moyens de lutte préventive dont ils disposent en matière de parasitisme au pâturage, font qu’aujourd’hui, l’impact négatif de ce dernier s’en trouve amoindri.

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Parasitisme


Au point que le rôle de certains parasites est réduit à un simple commensalisme. Ce qui est sans doute, préférable à leur suppression pure et simple. Grâce à une meilleure gestion des surfaces pâturées, l’utilisation appropriée de dispositifs de lutte permettant de contrôler l’évolution du parasitisme pendant la période estivale, nous nous trouvons souvent face à des lots d’animaux en parfait état de santé, au moins en apparence.La question qui se pose : faut-il déparasiter ces animaux ?Nous allons essayer de répondre à cette question complexe en gardant à l’esprit que les situations peuvent être très variables d’un cheptel à l’autre, mais aussi à l'intérieur d'un même cheptel.


DANS LE CAS DES STRONGLES
Que faut-il craindre enpériode hivernale ?



Principalement l’ostertagiose de type II. Elle est liée à la reprise d’activité en fin d’hiver, des larves de ce parasite, enkystées dans la muqueuse de la caillette. Le risque concerne essentiellement des animaux dont l’immunité contre ce parasite n’est pas encore installée . Ou, lorsqu’on a, par des traitements inadaptés et souvent excessifs, empêché cette immunité de s’installer.En ce qui concerne les autres formes de strongles, elles peuvent être responsables de manifestations cliniques surtout si le contrôle du parasitisme à l’herbe a été défaillant. On peut alors, voir apparaître des diarrhées, gonflements et autres problèmes digestifs ayant pour répercussions des retards voire des blocages de croissance et mortalité. D’une manière générale, les bovins à risque sont rarement en excellente santé à la rentrée.
La stratégie de lutte à la rentrée dépendra essentiellement de quatre facteurs:
- l'âge des animaux : souvent préconisé, le déparasitage contre les strongles à la rentrée des "premières années de pâture" peut être réalisé à l'aide d’anthelmintiques dont le choix dépendra des situations. Demander conseil au GDS ou à votre vétérinaire qui adaptera le protocole de lutte au lot concerné.
- l’appréciation de leur état général à la rentrée, éventuellement renforcée par des analyses : il est vrai qu’a priori, on est en droit de penser qu’un lot en bon état général n’a pas besoin d’être déparasité. C’est effectivement souvent le cas, mais il est bon de confirmer cette impression par un diagnostic expérimental (coproscopie, taux de pepsinogène dans le sang).
- la manière dont la prévention a été menée au cours de la période de pâturage : en l’absence de traitement antiparasitaire à la mise à l’herbe et pendant la saison de pâturage, un déparasitage se justifiera dans bon nombre de cas, alors que ce dernier sera déconseillé, car nuisible à l’installation de l’immunité, si une prévention efficace a été mise en œuvre. En agriculture biologique ou raisonnée, on a tout intérêt à favoriser la résistance des animaux par un contact modéré et permanent entre l'animal et le parasitisme. L’utilisation de produits anthelmintiques issus de la phytothérapie, l'aromathérapie ou l'homéopathie ne doit pas faire oublier ce principe.
- le devenir du lot : les animaux destinés à l’engraissement à l’auge peuvent être déparasités avec un anthelmintique non rémanent si toutefois leur état le justifie, et donc que la période d’engraissement durera plus de deux mois.

DANS LE CAS DE LA GRANDEDOUVE ET DU PARAMPHISTOME
Que faut-il craindreen période hivernale ?



Ces parasites ont des cycles assez semblables. L’un et l’autre passent par un hôte intermédiaire qui est la limnée, présente dans les zones humides. Leur taille importante (2cm pour la grande douve et 6mm pour le paramphistome) en fait des parasites majeurs. Ils sont peu sensibles à l’action du système immunitaire. La contamination qui se produit au pâturage, se prolonge par une infestation capable de perturber le métabolisme de l’hôte bien au-delà de la période hivernale.En ce qui concerne la grande douve, bien avant les signes cliniques (diarrhée, ictère, amaigrissement, poil piqué, œdème sous-glossien), croissance, production laitière, qualité du colostrum, fertilité, sont affectées. Ces pertes économiques interviennent à partir d’une dizaine de parasites et elles augmentent avec le niveau de la contamination. Le diagnostic est réalisé en plusieurs étapes complémentaires, le but est de cartographier les zones de contamination pour adapter au mieux la stratégie de lutte. Saisies de foies, sérologies sur laits de grands mélanges, sérologies par lots (5-6), diagnostic des parcelles.
Le paramphistome colonise quant à lui le rumen après avoir séjourné à l’état larvaire dans la muqueuse intestinale. En hiver, ce sont les formes adultes qui dominent, elles perturbent plus ou moins la digestion ruminale, réduisant l’efficacité alimentaire. Le diagnostic peut alors être effectué à partir d’une coproscopie.
- Comment procéder pour connaître le statut de la parcelle ?Soit à partir d'analyses sérologiques (sang) pour la grande douve ou coproscopiques (Fécès) pour le paramphistome : encore faut-il pouvoir faire le lien entre le lot d’animaux et la ou les parcelles.Soit par les retours d'informations d'abattoirs : s’agit-il de la grande ou de la petite douve ? Tous les abattoirs ne font pas la distinction. Ensuite, il faut pouvoir faire le lien entre l’animal et la parcelle.Soit par un diagnostic de la parcelle effectué par le GDS.
- Le statut de la parcelle étant connu, comment aborder la lutte antiparasitaire ?Si la parcelle est saine et dans la mesure où le lot d'animaux n'a pas été placé sur une parcelle à risque : dans ce cas le déparasitage est inutile.
Si la parcelle est reconnue comme étant à risque : un diagnostic sérologique sur des animaux ciblés permettra de trancher.
Si la parcelle comporte des gîtes à limnées : un déparasitage est dans ce cas nécessaire contre la grande douve pour tous les animaux devant hiverner (ne pas oublier que certains produits nécessitent un délai d'attente viande de 56 jours).A noter qu’un traitement réalisé moins de deux mois avant abattage a peu de chances d'être suivi d'effets significatifs et il n'empêchera pas la saisie du foie.En ce qui concerne le paramphistome, le traitement ne doit pas s'envisager sans diagnostic préalable par coproscopie, sur 5 ou 6 animaux du lot (ceux que l'on suspecte le plus). Le déparasitage sera envisagé sur avis du vétérinaire.

CONCLUSION



La gestion du parasitisme, à la rentrée doit être le résultat d'un diagnostic élaboré sérieusement, notamment s’il doit en résulter l’utilisation d’un médicament qui est tout sauf un acte anodin et banalisé qui doit être prescrit par un vétérinaire. Or, comme nous le lisons fréquemment dans les publications spécialisées, des expérimentations concluent au bien fondé du déparasitage d’animaux sains «en apparence» nous dit-on. Pourquoi ? Parce que des animaux témoins (non traités) ne manifestant aucun signe clinique, se distinguent des animaux déparasités par une réponse immunitaire (anticorps anti-ostertagia) plus importante et que cela se traduit par une production (GMQ ou lait) légèrement moindre. Et alors ? ne vaut-il pas mieux des animaux résistants et un peu moins productifs que des animaux fragiles produisant plus...(produisant plus au bénéfice de qui ?).

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