L'Avenir Agricole et Rural 07 juin 2012 à 12h05 | Par L'Avenir Agricole et Rural

Restructuration laitière - Graffigny: le chemin de l’avenir?

Philippe Deru, ses partenaires commerciaux et les associés de la société civile laitière «Novalait» ouvraient ce week-end les portes de l’innovation à des visiteurs venus de toute la France.

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 (© E. D.) Agri-Service © E.D. Alimentation © E.D. Ancienne pensionnaire de Malroy © E.D. Antibiotiques © E.D. Atelier génétique © E.D. Inauguration © E.D. Jeunes Agriculteurs © E.D. Partenaires Canadiens © E.D. Présentation Jeunes Agriculteurs © E.D. Restauration © E.D. Stand Chambre d'Agriculture © E.D.  © E.D. Visiteurs de l'Eure © E.D.

Notre édition du 18novembre dernier revenait en détail sur les innovations techniques intégrées au bâtiment de production laitière hors-sol de la SCL Novalait à Graffigny le Chemin, une réalisation d’avant-garde reconnue à l’échelon national.

FOUS MAIS VISIONNAIRES

Cet avis a été unanimement partagé par les éminents représentants du monde politiques qui se sont exprimés lors de l’inauguration de la porte ouverte: André Deguis, Bruno Sido, Charles Guené et Luc Chatel. Tous garantissant leur soutien à Philippe Deru, dont l’esprit d’entreprise a été salué.

Et pourtant «Les défricheurs ne sont pas ceux qui font les meilleures récoltes», commente Bruno Sido. Force est de constater que l’investissement n’a pas encore porté ses fruits au seul porteur de projet, Philippe Deru, qui loue son installation aux associés de la SCL. Pour nouer avec la rentabilité, Philippe Deru doit trouver de nouveaux locataires, pour saturer son bâtiment à 275 vaches laitières, soit 125 de plus qu’actuellement. Mais la prospection est limitée par le fatidique rayon des trente kilomètres autour du lieu d’implantation de la SCL. Une disposition réglementaire que Bruno Sido promet de soulever au Parlement, afin de tenter d’en assouplir les contours. De plus, ce projet d’un montant d’1,8millions d’euros sort du moule conventionnel. Etant porté par un non-agricole, n’a bénéficié d’aucune subvention. Des aides qui auraient pu s’élever à 300000 euros pour un investissement total d’1,8 million d’euros.

C’est pourtant d’investisseurs d’avenir dont a besoin le département et en particulier la production laitière pour se maintenir dans notre secteur. La SCL a permis de conserver les quotas de trois exploitations en situation de cessation laitière sur le territoire, soit 1,5 million de litres. Des volumes de production qui se seraient dans le cas contraire, déversés dans le bassin laitier du Grand Est.

La Haute-Marne a la chance de compter sur son territoire des transformateurs tels que Bongrain et Entremont et se doit de continuer à les approvisionner localement. Fixer la valeur ajoutée liée à la transformation et aux emplois y afférant, tel est l’enjeu du maintien de toute la filière laitière à l’heure où le spectre de l’après-quota à l’échelle européenne mettra, qu’on le veuille ou non, un coup d’accélérateur à la constitution de grands troupeaux dans le domaine de la production de lait standardisé.

Le système des quotas contre lequel s’est battu Bruno Sido dans les années quatre-vingt, est jugé par Philippe Deru comme un facteur d’inertie des exploitations laitières en matière de modernisation. Dans son entreprise commerciale comme dans l’aménagement de son bâtiment, il s’est inspiré des dernières techniques de production mises au point au Canada, «l’autre pays de la Prim’holstein», afin d’intégrer le bien-être animal et l’alimentation comme facteurs de productivité.

La clé de cette modernisation réside également dans le fait de «sociabiliser» le métier d’éleveur, en rationalisant la production, par l’usage d’une main-d’œuvre salariée et par l’automatisation.

Intégrer la SCL Novalait constitue pour les associés un pari d’avenir puisqu’aujourd’hui il s’agit pour eux d’une opération blanche. L’espoir d’être en capacité de produire demain du lait au meilleur coût dans un monde sans quotas.

Une ancienne de Malroy à la tête du troupeau

Colombe est la meilleure laitière de la SCL Novalait, avec un pic de lactation qui s’envole à 67kg. Elle provient du troupeau de l’EARL de Malroy et fait la fierté de ses anciens propriétaires, désormais associés de la SCL.

C’est pourtant avec une pointe de nostalgie que Madame Champs flatte la meneuse, car ce n’est pas de gaieté de cœur qu’elle s’est résolue, avec son époux Hervé, à passer la main. Confronté au départ d’un associé, le couple a essayé de mener de front la production laitière et l’atelier de céréales réparti sur trois sites (Malroy, Blancheville et Semoutiers). Malgré leur volonté de continuer, ils n’ont pas trouvé de solution pour pérenniser l’atelier laitier, le plus contraignant en terme de main-d’œuvre. C’est alors que la perspective d’intégrer la société civile s’est présentée à eux, par l’intermédiaire d’un voisin, qui les met en relation avec Jean-Lou Michel.

L’affaire est rapidement conclue: les associés transfèrent leur troupeau dans le bâtiment de la SCL mais détiennent toujours leur quota sous forme de parts dans la société. Une réunion par mois est instaurée entre les associés afin de coordonner l’approvisionnement du troupeau en fourrages, les permanences de traite durant les week-ends et la gestion des effluents.

L’alimentation, levier de la productivité laitière

Alimentation et bien-être animal sont deux facteurs d’amélioration de la production laitière. Philippe Deru, dès la conception de son bâtiment les a intégrés par des innovations techniques et en privilégiant la mécanisation. Il a présenté le système d’alimentation par tapis distributeur, importé du Canada auprès de la société Valmétal. Ce dispositif supprime la contrainte alimentaire quotidienne en fabricant automatiquement la ration à partir d’un bol défibreur et en la convoyant à l’auge. Ce système permet d’élaborer tout type de ration pour un coût d’investissement de 200000 euros (un automoteur aurait coûté 165000 euros).

Le troupeau, divisé en trois lots (infirmerie/primipares/multipares) reçoit la même ration, soit 7kg/vache, quatre fois par jour, le dernier repas ayant lieu à 23h00, avec pour objectif de limiter les refus.



ROBOT OU ROTO, TELLE EST LA QUESTION

Tous producteurs laitiers, ils avaient déjà rencontré Philippe Deru lors d’une conférence. Ils ont réussi à se dégager du temps pour sortir de leur exploitation afin de «voir autre chose». Après un trajet de quatre heures pour se rendre à Graffigny, c’est avec plaisir qu’ils ont échangé avec leurs homologues haut-marnais chargés de la restauration.

«Nous sommes surpris par le choix d’automatiser l’alimentation plutôt que la traite, ce qui correspond à la grande tendance actuelle car c’est l’opération la plus astreignante et la plus gourmande en temps de travail dans un élevage laitier».

 

 

La réponse à cette observation provient de Michel Petitdent, PDG d’Agriservice, une société spécialisée en systèmes de traite et en matériel d’élevage, qui a installé le système de traite rotative de marque Boumatic à la SCL Novalait. En réalité le robot de traite est adapté aux troupeaux jusqu’à 120 vaches car il génère, ne l’oublions pas, un coût d’investissement et un temps de surveillance proportionnels au nombre de robots installés.

Dans le cas de la SCL Novalait comme dans la majorité des grands troupeaux, la solution de la traite rotative est retenue pour sa productivité et sa dimension évolutive. Actuellement, les 150 VL sont traites en 1h30 par un seul opérateur. Quand le bâtiment sera saturé à 275 vaches, voir à 375 VL avec l’extension possible, il suffira d’allonger le temps de traite. Sur le continent américain, rotos tournent ainsi jusqu’à 15h00 par jour.


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