L'Avenir Agricole et Rural 15 mars 2012 à 09h51 | Par Daniel Coueffe - Dominique Cailllaud

Réseaux d’Elevage - Année laitière 2011 : revenus et coûts de production à la hausse

Après 2010, marquée par une nette amélioration de la situation économique des exploitations laitières suite à la crise de 2009, l’année qui vient de s’achever permet de conforter le revenu des éleveurs laitiers. Ces bons résultats économiques ont été permis par l’amélioration du prix du lait mais aussi de la viande et des cultures de vente, dans des exploitations qui combinent souvent les trois productions.

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Les prévisions de revenus pour l’année 2011 se traduisent par une amélioration de l’ordre de 5 % des revenus des éleveurs par rapport à 2010. Les systèmes laitiers en polyculture élevage maintiennent des revenus supérieurs à ceux des exploitations plus orientées vers l’élevage.

Néanmoins cette embellie reste fragile en raison de l’augmentation des coûts de production tout particulièrement au niveau des aliments concentrés, de l’énergie et des engrais.

La sécheresse printanière a fait craindre le pire

La sécheresse exceptionnelle du printemps 2011 a affecté toutes les exploitations d’élevage au niveau du pâturage et des récoltes d’herbe en première coupe. Les rendements ont été en net retrait ; ils se situent en moyenne 30 à 50 % en dessous de la normale.

A partir de mi-juin, le retour des pluies qui s’est poursuivi en juillet et début août a favorisé de bonnes repousses et a permis d’envisager sereinement la poursuite de la saison de pâturage. Les fauches de regains ont donné lieu à des rendements plus abondants que d’habitude (2 tMS/ha au lieu de 1.5 t). Les maïs dont la situation était fort compromise à la mi-juin, ont été sauvés par le retour des précipitations. Même si les situations sont apparues très contrastées, les ensilages ont obtenu des rendements proches de la normale avec une bonne valeur alimentaire.

Le pâturage s’est prolongé très tard en saison grâce à une météorologie clémente. Si on ajoute à cela des dérobées en quantité beaucoup plus importante, les bilans fourragers ont le plus souvent été ajustés. Seuls les éleveurs en situation très herbagère ont dû combler leur déficit par des achats de fourrages, le recours à de la paille et des concentrés supplémentaires.

Des livraisons laitières en forte croissance

En 2010-2011, les livraisons laitières régionales étaient nettement reparties à la hausse après une campagne 2009-2010 marquée par une forte sous réalisation des droits à produire. Pour la campagne qui se termine, on assiste à une nouvelle augmentation des livraisons dans l’Est de la France ; selon les laiteries elle serait de 3 à 9 %. Cette dynamique est due au bon comportement du prix du lait payé au producteur, il a augmenté de 7 à 8 % entre 2010 et 2011, passant de 316 à 340 E/1000 l.

Les systèmes de polyculture élevage lait maintiennent leur avantage

Le produit brut des exploitations laitières est de 5 à 10 % supérieur à 2010. Le produit de l’atelier lait est en hausse de près de 10% sous l’effet combiné du supplément de livraison et surtout de la revalorisation du lait payé au producteur. Malgré des rendements inférieurs à la normale (sauf pour le colza dont les rendements ont été exceptionnels), le produit des grandes cultures progresse d’environ 10 % grâce à des prix soutenus. Le co-produit viande de l’atelier laitier progresse lui aussi dans les mêmes proportions. Après 2010, première année d’application du bilan de santé de la PAC, les aides se stabilisent.

Dans le même temps les charges opérationnelles progressent de l’ordre de 10 % en raison principalement du poste aliment concentré (+15%) dont le prix unitaire augmente ainsi que les quantités utilisées. Les charges de structure augmentent également autour de 10% sous l’effet de la forte progression du poste énergie (de l’ordre de 20%). Le coût de production de l’atelier lait et le prix de revient du lait (deux indicateurs calculés avec une rémunération du travail de 1.5 SMIC) augmentent sensiblement de quelques points.

Au final les EBE augmentent modestement de quelques pourcents; quant au revenu disponible des éleveurs il progresse de l’ordre d’environ 5% dans tous les systèmes. La hiérarchie des revenus ainsi que la rémunération du travail de l’atelier lait restent plus favorable aux polyculteurs qu’aux éleveurs comme en témoigne le tableau ci-contre.

Que peut-on attendre de 2012 ?

Depuis une dizaine d’années, la production mondiale de lait a du mal à satisfaire la demande croissante en produits laitiers. Aujourd’hui, la bonne tenue des marchés devrait se poursuivre jusqu’à la fin de l’été. Au-delà, ils dépendront du redémarrage de la production dans les pays traditionnellement exportateurs de l’hémisphère sud (Nouvelle Zélande et Australie). Il ne faudrait cependant pas ignorer le marasme dans lequel sont plongés nos pays occidentaux qui constituent l’essentiel des débouchés de nos productions. Cette situation est porteuse de lourdes incertitudes pour l’avenir de la production laitière.

Dans le même temps les coûts de production devraient rester élevés en lien avec la raréfaction des énergies fossiles qui augure une poursuite de l’augmentation des prix de l’énergie directe et des produits qui en dépendent (engrais notamment). Les cours élevés des céréales et des tourteaux devraient contribuer à maintenir des prix forts sur l’aliment du bétail. Malgré l’embellie attendue du prix du lait, c’est aussi la bonne maîtrise des intrants qui continuera, comme par le passé, à garantir le bon revenu des éleveurs.

L’analyse des résultats de l’année 2011 apparaît plutôt positive pour nos exploitations laitières et nous donne de bonnes raisons d’espérer. Cependant les incertitudes à moyen terme sur le marché des produits laitiers et les coûts de production durablement élevés, invitent les éleveurs laitiers à adopter une stratégie prudente sur les investissements et à poursuivre la recherche d’économies au niveau de l’utilisation des intrants.


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