L'Avenir Agricole et Rural 10 juin 2011 à 11h17 | Par ESTELLE DAUPHIN

REPRODUCTION - Facteur de progrès

Etendue sur la Meuse, la Moselle, l'Alsace, les Vosges et une partie de la Haute-Marne, Elitest compte 140 collaborateurs, dont 90 inséminateurs et 6500 adhérents. La coopérative réalise 230 000 Inséminations premières en bovins, dont 85% en race laitière et 15% en viande. Elle manage quatre taurelleries ainsi qu'une verraterie qui diffuse annuellement 60 000 doses. Son siège administratif est situé à Epinal tandis que le siège social est à Brumath (67). La structure est en charge du schéma de sélection de la race vosgienne. Elle adhère par ailleurs à l'Union de coopérative Gènes Diffusion, chargée du schéma de sélection en holstein et en charolais, Umotest chargé de la race Montbéliarde, et Simmental France pour la race Simmental. Rencontre avec Philippe Sibille, directeur de cette structure. Il est également connu pour son implication dans l'organisation du salon professionnel Eurogénétique, «sa récréation annuelle», confie-t-il, qui constitue selon lui un temps de rencontre fructueux pour les acteurs de l'élevage et de la génétique en particulierES

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PHILIPPE SIBILLE, DIRECTEUR D'ETILEST
PHILIPPE SIBILLE, DIRECTEUR D'ETILEST - © Estelle DAUPHIN

Philippe Sibille, directeur d’Elitest

 

Quels sont les bénéfices du rapprochement des coopératives à l'origine d'Elitest ?

Très concrètement, il nous a permis de spécialiser les sites par métier pour gagner en efficacité : la Meuse et la Moselle font du lay-off (période de repos pour les reproducteurs), tandis que la production de semences est réalisée à Brumath et Epinal, où les reproducteurs sont répartis selon leur statut FCO. Cela nous permet de garantir une taurellerie certifiée indemne sans avoir été vaccinée. Mais le rapprochement politique ne s'est pas fait du jour au lendemain. Il y a d'abord eu un travail en union de coopérative pendant trois ans avant d'aboutir à la structure telle qu'elle est aujourd'hui. Nos valeurs mutualistes ainsi que l'adhésion des éleveurs à nos projets et nos valeurs communes ont permis l'aboutissement de ce rapprochement.

Quelle est l'implication des CIA dans la génomie ?

A travers notre contribution à l'UNCEIA (Union Nationale des Coopératives d'Elevage et d'Insémination Artificielle) qui travaille aux cotés de l'INRA, nous jouons un rôle moteur dans l'évolution de la génomie. Nous commençons à retirer les fruit de ce lourd investissement en recherche fondamentale. Les reproducteurs sont désormais évalués dès leur naissance avec le même niveau de certitude que si ils avaient eu une quarantaine de filles en testage, ce qui permet d'accroître la pression de sélection et de déceler des perles rares, comme par exemple Cypripede, la star du moment en Holstein, qui cumule un haut potentiel de production laitier (1164), un fort TP (+1,3), +3 en morphologie et +1 en cellule. Les mères à taureau sont également décelées dès leur naissance. Les taureaux génomiques ont fait leur apparition au catalogue depuis deux campagnes. L'objectif n'est pas tant de développer la production en lait et en viande qui atteint déjà des niveaux importants, mais plutôt de renforcer les critères fonctionnels : fertilité, résistance aux mammites, aplombs... afin de faciliter l'élevage à nos adhérents.

Quel partenariat avec les conseillers d'élevage chargés du contrôle de performance ?

Nous sommes complémentaires par nature. La génomique en est un très bon exemple. Le contrôle de performance nous permet de valider nos hypothèses grâce à une évaluation des performances réelles des animaux que l'on diffuse. De même en allaitant, le testage en ferme est incontournable et il est amené à se développer dans les années à venir.

Une tournée avec Francis Maire, inséminateur sur le secteur de Chaumont.
Une tournée avec Francis Maire, inséminateur sur le secteur de Chaumont. - © ESTELLE DAUPHIN

En direct du terrain

 

Une tournée avec Francis Maire, inséminateur sur le secteur de Chaumont.

 

Comme pour le laitier, la journée de l'inséminateur démarre aux aurores. Du bureau qu'il s'est aménagé dans son sous-sol, Francis relève les messages laissés par les éleveurs sur sa boîte vocale et les note dans son agenda. La tournée se dessine : aujourd'hui ce sera Semoutiers, Luzy puis virage à l'est, du coté de Mareilles, Cirey et Chantraines, où il assure le remplacement de son collègue en congé. La grosse période d'insémination s'est en effet achevée fin mars pour le troupeau laitier. Elle est suivie d'une vague d'échographie sur les charolaises avant la mise à l'herbe et redémarrera en septembre avec l'élaboration des plans d'accouplement.
Il charge son matériel : deux précieuses bouteilles d'azote liquide contenant les doses, support du progrès génétique, minutieusement classée par race et par reproducteur, du matériel informatique, Pocket PC et micro-imprimante, quelques blouses de rechange et du matériel d'hygiène, incontournable dans ce métier. La tournée peut commencer. L'inséminateur a l'habitude de sillonner les routes de Haute-Marne, parcourant près de 1 000 km par semaine à bord de son utilitaire.
Francis a hérité de la passion de son père pour la génétique, celui-ci ayant réalisé toute sa carrière au CIA d'Epinal. Un métier à la fois solitaire et nécessitant une bonne capacité d'écoute afin de s'adapter au profil de chaque éleveur. «Il y a les producteurs de lait, de viande et puis il y a ceux qui vendent de la génétique. Chacun a droit à ce qui se fait de mieux en fonction de ses objectifs. Mon but est de voir évoluer le niveau de performance de production chez mes adhérents en leur apportant du conseil et en leur proposant les semences adaptées», analyse Francis.
Première station à Semoutiers, dans un élevage de Montbéliardes, alors que le lavage de la salle de traite touche à sa fin. Francis consulte les doses restant à l'éleveur en direct de son Pocket PC et remet à jour le classeur de suivi d'IA. Il arme ensuite son pistolet d'une dose de semence qu'il glisse dans le col de sa blouse afin de la garder à température et se munit d'un gant en plastique enduit de gel. Il se rend sur place, la vache est coincée au cornadis, pour effectuer le geste mille fois répété mais toujours unique, d'inséminer, avec calme et concentration. D'un bras, il palpe l'appareil reproducteur de la vache à travers les tissus du rectum ; à l'aide du pistolet, il repère le vagin, évite le sensible méat urinaire sous peine de coup de sabot, passe le col de l'utérus et atteint enfin l'entrée des cornes utérine ou il injecte la semence avec précision. L'opération prend quelques secondes avant que la vache ne retrouve sa liberté. Vient ensuite la phase de nettoyage des mains et des bottes. Un sceau, une brosse et une bouteille d'eau de javel sont la plupart du temps préparées à son attention.
Les visites s'enchaînent, les stabules sont à présent dénuées de présence humaine, les éleveurs vacant au travail des champs. Francis doit inséminer une vache piquée à la prostat par un vétérinaire. Une procédure qui va à contresens du rythme de l'animal et risque de le décycler. Avec l'augmentation de la taille des troupeaux, il est de plus en plus difficile pour les éleveurs de détecter visuellement toutes les chaleurs. L'inséminateur préconise des dispositifs de monitoring afin de les assister dans cette tâche.
Alors que la tournée s'achève, Francis doit accomplir un constat de gestation. La vache inséminée six mois auparavant présente un taux anormal de cellules. Francis l'observe et jurerait qu'elle est gestante. Pourtant, après une palpation, il s'avère qu'elle est vide. Ce sera au vétérinaire d'en déterminer la cause, à moins qu'elle ne finisse prématurément à la boucherie. Un écueil qui pourrait être évité dans le cadre d'un suivi de reproduction tel que Francis l'expérimente actuellement dans deux élevages de son secteur.
Le suivi de reproduction comprendrait l'IA, l'échographie et le palper à trois mois sur l'ensemble d'un troupeau. Une forme de sous-traitance de la gestion de la reproduction par l'inséminateur. Huit autres collègues mettent au point le contenu de ce service au sein d'Elitest.

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