L'Avenir Agricole et Rural 17 janvier 2008 à 00h00 | Par F.Thevenin

REFLEXION - LA COOPERATION, UN CONCEPT D'AVENIR

Lors de son assemblée générale, le groupe nouricia avait invité Jean-Louis Lespès, économiste, afin de parler de coopération et de mutualisme. Il parle de valeur d’avenir et de bonne solution entre le communisme et le capitalisme.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Jean-Louis Lespès, économiste, a vanté les mérites du mutualisme.
Jean-Louis Lespès, économiste, a vanté les mérites du mutualisme. - © FREDERIC THEVENIN
A l’invitation du groupe nouricia, Jean-Louis Lespès, économiste, est venu parler de coopération et de mutualisme aux délégués de l’entreprise.
Pour lui, la coopération n’est pas une relique du passé même si le contexte mondial est à l’individualisme, à la concurrence et au chacun pour soi. Mieux : d’après Jean-Louis Lespès, dans le monde, la coopération connaît un regain d’intérêt.
Pour expliquer ce regain, il revient sur les origines du mutualisme, en 1 850. Il s’est construit en même temps que deux autres modèles d’entreprise : l’entreprise capitaliste et l’entreprise collective. Dans le premier cas, l’acteur est l’entreprise avec une seule finalité : le profit. Dans le second cas, l’individu ne compte et tout passe par la collectivité en s’appuyant sur l’Etat.
Pour s’opposer à ces deux modèles, un troisième a été imaginé : le mutualisme qui a pour principe  l’union des hommes pour faire des choses, pour avancer. Il est né du terrain et a pris son essor au fur et à mesure des décennies.

La mort du communisme
et les défaillances du capitalisme


En 2008, dans un monde globalisé et en pleine période de révolution technologique, deux modèles souffrent réellement. Par exemple, l’entreprise collective a disparu avec la disparition du communisme. Son efficacité était nulle et les belles théories n’ont pu se confronter à la réalité.
A l’inverse, l’entreprise capitaliste a fait des merveilles en s’appuyant sur l’énergie individuelle. Cette énergie est réactive, innovante, dynamique mais inégale. Pire : avec le développement du capitalisme financier, l’entreprise est devenue un actif financier comme les autres. Les restructurations et l’expansion de ces entreprises sont possibles mais il est parfois difficile d’accepter que l’entreprise n’ait plus qu’une valeur financière et non pas sociale.
Ce choix économique du capitalisme a abouti à une explosion des profits, année après année. Mais, les inquiétudes montent chez les grands patrons. Par exemple, Claude Bébéar tire la sonnette d’alarme pour deux raisons.
Première raison : les profits ne servent plus à financer l’investissement mais à nourrir les délocalisations et les désendettements. Il apparaît que la rémunération du capital peut être stérilisante.
Deuxième raison : les entreprises se demandent sans arrêt comment faire plus de 15 % de bénéfice par an et se mettent en danger par cette attitude.

Le mutualisme résiste,
progresse et gagne


Dans ce contexte de mort du communisme et de défaillance du capitalisme, le mutualisme résiste, progresse et gagne du terrain. Dans le monde, le nombre de coopérateurs augmente en permanence (sauf au Royaume-Uni). Trois milliards de personnes sont plus ou moins directement concernés par une coopérative. Il en existe 750 000 dans le monde et il faut tabler sur 775 millions de membres ! Mieux : le mutualisme gagne du terrain puisque de nombreuses coopératives ont mangé les non mutualistes
Jean-Louis Lespès explique ce regain d’intérêt, en agriculture et dans d’autres domaines et en France et ailleurs, de différentes manières. Il est lié, en premier lieu, au statut des coopératives, leur finalité, leur gouvernance et leur organisation.
La finalité des coopératives n’est pas le profit pour le profit. Elle n’est pas lucrative et, à l’inverse, les profits servent à investir. Les coopératives se lancent dans des affaires non pas pour gagner de l’argent mais pour une cause, une opération. Le profit est le moyen de l’action.
De plus, les coopératives répondent différemment au profit. Il n’y a pas de spéculation. Il n’y a pas d’appropriations individuelles (pas de stocks options). Les décisions sont collectives, en assemblée générale, et ne dépendent pas d’un seul individu.

La gouvernance

La gouvernance des coopératives est unique en son genre puisque deux personnes sont « au pouvoir » : un directeur technicien et un président élu qui a le pouvoir suprême de pouvoir virer le directeur. Le tout assure une stabilité et une compétence en éloignant la culture technocratique et idéologique. Avec la coopération, l’outil est mis au service d’une fin avec un président qui fait faire, qui donne les orientations et un directeur qui exécute.
A cette gouvernance spécifique, il faut ajouter une organisation spécifique. La coopération est la seule organisation à avoir la culture de la décentralisation. Les orientations ne tombent pas du haut mais viennent du bas. Le terrain est un élément essentiel grâce à un maillage étudié et qui n’exclut personne.
Pour Jean-Louis Lespès, cette proximité est indispensable pour représenter les individus et épouser les diversités : « l’échelon local est une référence et se substitue au national pour son efficacité et son réalisme. Cet échelon colle à une zone géographique cohérente et réelle, la Région ».

L’avenir de la coopération

Au fil des années et des évolutions, la coopération a prouvé sa robustesse en sachant s’adapter sans perdre son âme. Elle sut relever le défi de l’autosuffisance agricole, de la productivité, de la qualité, de la taille en grossissant et en se diversifiant et de l’international.
Pour l’avenir, elle devra relever le défi de l’individualisme et du marché. Dans un contexte positif avec la montée des prix, la tentation du chacun pour soi existe réellement avec la privatisation des avantages. Or, pour Jean-Louis Lespès, l’agriculteur n’est pas un spéculateur. Il préférera un juste prix à l’enrichissement sans cause. Avec la coopération, il devra s’assurer contre les baisses inattendues des cours afin de pérenniser les exploitations. Il faut savoir que le chacun pour soi ne marchera pas et qu’il ne fait pas bon d’être seul…
Autre défi à relever : celui du développement durable afin de gérer un problème redoutable : l’environnement. Si l’Inde et la Chine se développent comme les pays occidentaux, la planète court à la catastrophe. Grâce aux coopératives, les agriculteurs doivent changer de pratiques dès maintenant sachant qu’elles sont les seules à assurer le lien entre les hommes, les territoires et les produits. Jean-Louis Lespès parle de développement écologique et donne en exemple le développement des filières des agrocarburants durables.
Enfin, le dernier défi sera celui des filières qui iront de l’amont à l’aval afin de se mettre à l’abri des décisions stratégiques des autres. Les filières permettront une traçabilité intégrale et les produits agricoles vont devenir intelligents avec des services en plus.

Concept en vogue

Pour prouver que la coopération est un concept en vogue, il suffit de constater que ces principes sont imités et copiés. Par exemple, une loi demande désormais aux entreprises cotées en bourse de dire ce qu’elles font en dehors de gagner de l’argent. Elles doivent parler investissement et politique de développement.
Une autre loi vient de faire disparaître la notion de Président-Directeur Général (PDG) dans les entreprises. Désormais, il faut parler de directeur sachant qu’être président est un métier totalement différent de celui de directeur.
Enfin, actuellement, l’organisation des entreprises change beaucoup avec un rapprochement indéniable du niveau régional.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Avenir Agricole et Rural se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

L'Avenir Agricole et Rural
La couverture du journal L'Avenir Agricole et Rural n°2522 | novembre 2018

Dernier numéro
N° 2522 | novembre 2018

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui