L'Avenir Agricole et Rural 18 juillet 2013 à 09h42 | Par E.Dauphin

RECHERCHE APPLIQUEE - L’effet Papillon

Le programme d’expérimentation national Indibio conduit dans neuf exploitations haut-marnaises par l’Institut de l’Elevage et l’Université de Lorraine a donné lieu à un bilan d’étape auprès des agriculteurs concernés. Il vise à démontrer la compatibilité entre une agriculture productive et rentable basée sur la prairie permanente, et une biodiversité préservée.

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Une mosaïque paysagere favoriserait l’essor de la biodiversité.
Une mosaïque paysagere favoriserait l’essor de la biodiversité. - © JLB

L’idée répandue selon laquelle l’agriculture serait à l’origine de l’érosion de la biodiversité méritait d’être mise au claire par des études scientifiques afin de proposer des solutions afin d’enrayer cette érosion.

Ce programme de recherche appliquée, mené exclusivement sur des prairies permanentes, vise à établir un degré de corrélation entre la densité de taxons, les pratiques agricoles et la présence de zones d’accueil, encore appelées « infrastructures agro-écologiques » ou espaces de compensation écologiques.

Les taxons étudiés sont constitués d’un ensemble d’espèces issues des règnes animal et végétal faisant partie de la biodiversité ordinaire (hors espèces protégées dans le cadre de Natura 2000) : oiseaux, chiroptères, orthoptères, bourdons, lombrics et flore. Ils sont classés en fonction de leur degré de mobilité et des services rendus à l’agriculture.

Afin de mesurer l’impact du milieu naturel sur le développement des espèces, l’étude est menée selon la même méthodologie dans trois zones : dans le Puy de Dôme pour la moyenne Montagne, dans la Manche pour la zone océanique et enfin en Haute-Marne pour la zone semi-continentale. La démarche est donc harmonisée. Elle débute avec l’évaluation de la densité de chaque espèce au sein des prairies permanentes à l’aide de moyens parfois très sophistiqués, tels que l’enregistrement des ultra-sons pour les chauves-souris. Le sonogramme obtenu permet d’identifier les différentes espèces en présence et de comptabiliser le nombre de passages.

Un programme de recherche stratégique pour l’avenir

Les pratiques agricoles ainsi que les infrastructures agro-écologiques environnantes ont également été relevées, en tant que facteurs d’influences indirectes. En effet, la physionomie du paysage dans lequel se situe la prairie permanente est minutieusement observée. Il est admis que l’homogénéisation excessive des paysages nuit à la biodiversité. A l’inverse, une mosaïque paysagère favorise son développement. L’enregistrement de toutes ces données a été facilité du fait que toutes les exploitations font partie du réseau d’Elevage de l’Institut et que les exploitants étaient intéressés par l’étude. Sept d’entre eux ont participé activement à la réunion de restitution organisée à la Maison de l’Agriculture à Chaumont.

Bon nombre d’études existaient déjà au sujet des interactions entre agriculture et biodiversité, principalement sur les liens entre pratiques agricoles et biodiversité, cependant, aucune n’a été confirmée par des observations de terrain à cette échelle spatiale. -L’institut de l’Elevage, chef de file du projet, s’est entouré de partenaires pour apporter une caution scientifique à ce travail : l’Université de Lorraine, l’INRA, le Museum d’Histoire Naturelle, l’Etat et même France Nature Environnement. Ce travail répond à une demande de l’interprofession laitière, le CNIEL, qui souhaite faire reconnaître les externalités positives générées par l’élevage français en termes de place de la prairie permanente, d’entretien des paysages et de maintien de la biodiversité.

Il vise également à orienter le débat politique au sujet de la trame verte et des surfaces environnementale (SET) vers des mesures compatibles avec les impératifs de rentabilité des exploitations agricoles et le maintien de la biodiversité en fournissant des indicateurs fiables et opérationnels aux agriculteurs d’ici la fin de l’année.

Ces indicateurs permettront de prédire l’impact d’une exploitation sur la biodiversité ordinaire à partir des facteurs d’influences indirectes que sont les pratiques agricoles, la présence d’infrastructures agroécologiques et du territoire agricole dans laquelle elle se trouve, sans plus avoir à passer par la fastidieuse opération de recensement de chaque espèces.


Premiers resultats

Vincent Manneville s’est entouré de Bernard Amiaud, Universitaire à Nancy, d’une doctorante pour mener à bien ce programme de recherche, ainsi que d’un «essaim» de stagiaires qui a accompli la collecte des données pour chaque espèce observée ci-dessous :

> Oiseaux :

les prairies hébergent entre 40 et 70 espèces d’oiseaux différentes. Ils régulent les nuisibles et jouent un rôle de déparasitage du bétail (Héron Garde-Boeufs)

> Chiroptères :

les chauve-souris sont insectivore et jouent un rôle dans la protection des cultures. Elles n’ont qu’un petit par an et peuvent vivre jusqu’à trente ans. On dénombre 33 espèces en France ; Les résultats de l’étude Indibio sont en cours de traitement.

> Orthoptères :

sauterelles, grillons, courtilières se nourrissent d’une grande quantité d’insectes et constituent eux-mêmes un met de choix pour les oiseaux, les reptiles et les mammifères. Une fraction importante de leurs stridulations est inaudible pour l’homme. Tout comme pour les chauve-souris, les bandes sons de l’étude Indibio sont en cours d’exploitation.

> Bourdons :

il se nourrit exclusivement de nectar et de pollen et pollinise les espèces fourragères telles que la luzerne et le trèfle. L’étude a dénombré 13 espèces en Champagne Ardenne (34 en France)

> Lombrics :

ils renouvellent la structure du sol en décomposant la matière organique, rendant disponibles les nutriments utiles aux plantes. D’après les premiers résultats d’Indibio, ils seraient 30 à 40 par mètre carré dans les prairies permanentes.

> Flore :

la richesse de la composition floristique d’une prairie dépend des pratiques agricoles ; la fertilisation azotée augmente la biomasse et est profitable aux vers de terre mais elle réduit la teneur en légumineuses. L’étude dénombre 153 espèces au sein des PP de notre région, contre 113 en Basse Normandie et 132 en Auvergne.


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