L'Avenir Agricole et Rural 11 décembre 2014 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

Qualité du lait : Du bon usage des compteurs de cellules

De plus en plus d’éleveurs laitiers sont équipés de ces petites machines portatives qui permettent de contrôler la teneur en cellules somatiques du lait. S’ils sont un excellent outil de surveillance du troupeau, leur utilisation doit se faire à bon escient, et comme pour tout instrument de mesure, en respectant scrupuleusement les procédures d’utilisation.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Le Lial de Rioz participe régulièrement à des chaînes inter-labos pour surveiller la fiabilité de ses résultats. Ici le compteur de cellules utilisé à Rioz.
Le Lial de Rioz participe régulièrement à des chaînes inter-labos pour surveiller la fiabilité de ses résultats. Ici le compteur de cellules utilisé à Rioz. - © HS AGRICOLE

C’est la loi Godefroy qui instaura en 1969 le paiement du lait à la qualité. Au début des années 80, le taux cellulaire vint s’ajouter aux autres critères de paiement. Voilà donc plus de 30 ans que les producteurs de lait sont attentifs au taux de cellules somatiques dans le lait qu’ils livrent, qui non seulement impacte leur chiffre d’affaires, mais donne également un bon indicateur de l’état sanitaire de leur troupeau. En instaurant cette obligation, le législateur créait également les laboratoires interprofessionnels d’analyses laitières (Lial), gage d’indépendance à une époque où seules les laiteries pouvaient s’équiper en outils d’analyse.

Or depuis quelques années, des appareils portatifs et relativement peu onéreux sont disponibles sur le marché. Nombreux sont les éleveurs, Cumas, centres vétérinaires ou autres coopératives qui se sont ainsi équipés d’appareils pour mesurer les taux cellulaires dans le lait cru. Au Lial de Rioz, dont dépendent les éleveurs de Haute-Marne, on a même vu certains livreurs contester les résultats servant de base officielle au paiement du lait, sur la base de leurs propres «contre-analyses»...

 

La méthode officielle est le comptage manuel

Il faut dire que la méthode officielle d’analyse de la teneur en cellules dans le lait n’est pas des plus simples à mettre en œuvre. Les cellules dites «somatiques» sont en fait pour la plupart des lymphocytes (ou globules blancs), produits par la vache comme réponse immunitaire à une infection. Pour les dénombrer (nombre de cellules dans 1 ml de lait), la méthode officielle est le comptage manuel au microscope (dilution, étalement sur lame fine quadrillée, comptage). Vu la lourdeur de la méthode, des mesures indirectes se sont rapidement développées. La plus couramment utilisée, aussi bien dans les machines complexes de type Fossomatic (utilisées au Lial de Rioz) que dans les machines rudimentaires portables (type DCC de Delaval) est la coloration des cellules et la mesure de leur concentration par colorimétrie. La mesure de conductivité, fournie par certains robots de traite, donne une indication de l’état sanitaire de la vache, mais n’est pas directement reliée au taux cellulaire.

 

Répétabilité et justesse incontestables

Si aucun appareil de mesure ne prétend donner un résultat au millier de cellules près, la fiabilité des résultats fournis par les instruments du laboratoire interprofessionnel ne peut être remis en cause. Audité et accrédité par le Cofrac (reconnaissance de bonne pratiques et de fiabilité), le Lial de Rioz participe tous les 2 mois environ à plusieurs chaînes internationales pour vérifier ses résultats. En pratique, un même échantillon est envoyé à une soixantaine de laboratoires différents, qui mesurent sa teneur en cellules (entre autres). Un traitement statistique précis des résultats permet de repérer les laboratoires hors-clous.

Pour Rioz, la répétabilité des résultats (écart entre deux mesures d’un même échantillon) est toujours excellente, et sa justesse n’a pas encore fait l’objet d’avertissement. Bref, si la vigilance est de mise pour prévenir toute dérive, la profession peut compter sur la rigueur de son principal outil de mesure. Et bien qu’aucune étude comparable n’ait été publiée sur les appareils portatifs du marché, rien ne permet de présumer de leur fiabilité au moment de l’achat.

 

Les précautions d’usage

Reste à faire bon usage des appareils pour conserver leur précision. «Tout instrument dévie, rappelle Jean-Marie Chaudot, directeur adjoint du Lial de Rioz, c’est inévitable». Au sortir de l’usine, l’instrument est calibré. Mais il ne suffit pas de le croire. «Au laboratoire, 3 fois par heure nous passons dans la machine un échantillon témoin dont la teneur en cellules est connue», continue le spécialiste. De même, les conditions dans lesquelles les analyses sont effectuées influent grandement sur le résultat obtenu. C’est pourquoi les protocoles de mesures sont si précis : température (30°C) et homogénéité des échantillons sont des critères importants. Mais en amont, c’est aussi la méthode de prélèvement de l’échantillon qui reste primordiale. Les préleveurs formés et contrôlés par le laboratoire interprofessionnel en savent quelque chose : «Nous leur montrons l’impact du taux de MG sur le taux cellulaire ; ils comprennent combien le prélèvement d’un échantillon représentatif est une étape clef pour un résultat fiable».

 

Température, lumière, propreté...

Vincent Smagghe, un des spécialistes chez Delaval des modèles DCC répandus en Haute-Saône, confirme l’importance des conditions de mesure : «Il y a un minimum de gestes qui, s’ils ne sont pas correctement effectués, peuvent faire échouer l’analyse». Ainsi par exemple, les réactifs utilisés dans la mesure étant photosensibles, il convient de ne pas les exposer à la lumière. «Et les disquettes doivent être placées au réfrigérateur». De même, si la cellule optique qui effectue la lecture est encrassée, la mesure est faussée. Autre exemple : la plage de température autorisée, entre 10 et 40°C impérativement Gare aux mesures l’hiver dans la laiterie non chauffée... «Neuf fois sur dix quand nous avons affaire à un résultat aberrant, c’est l’utilisateur qui est en cause et pas la machine», souligne Vincent Smagghe. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le laboratoire interprofessionnel étudie aussi le facteur «opérateur» pour empêcher ce biais fréquemment observé.

 

Quel usage pour quel objectif ?

Bref, si le compteur de cellules portatif est un excellent outil à disposition de l’éleveur pour piloter finement son troupeau (voir témoignage ci-contre), il ne prétend pas rivaliser de précision avec les résultats fournis par les laboratoires professionnels. Il serait certainement bienvenu d’inclure les compteurs cellulaires portatifs dans une chaîne interlabo, pour certifier leur fiabilité, comme l’a déjà proposé le Lial. Mais là n’est pas le principal : le labo interpro, contrôlé et accrédité, délivre des mesures fiables pour le paiement du lait (entre autres clients). Libre à chacun de s’équiper d’outils pour gérer de plus près la santé de son troupeau et la qualité de son lait.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Avenir Agricole et Rural se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

L'Avenir Agricole et Rural
La couverture du journal L'Avenir Agricole et Rural n°2457 | août 2017

Dernier numéro
N° 2457 | août 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui