L'Avenir Agricole et Rural 28 janvier 2011 à 10h19 | Par E. DAUPHIN

Projet de Parc Régional - A la source du Parc Régional des Trois Provinces

L'association « Aux Sources du Parc » s'est réunie à Bourbonne-les-Bains pour faire le point sur le chemin qu'il reste à parcourir. Le challenge : convaincre les Régions Lorraine, Franche Comté et Champagne Ardenne du bien-fondé du projet.

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Capitaliser sur l'existant


Didier Millard, vice-président haut-marnais de l'Association « aux sources du parc », également Président de la CODECOM de Bourbonne les Bains, siégeait aux cotés de son homologue haute-saônois, Christian Mettelet, à la mairie de la cité balnéaire. Didier Millard rappelle les démarches entreprises dans le secteur pour réduire les « points noirs écologiques ». Des actions qui peuvent être mises en avant dans un argumentaire en faveur de la création du Parc. Il cite : la classification en ZNIEFF (Zones Naturelle d'Intérêt Ecologique Floristique et Faunistique) de niveau 1 et 2, la Zone de Protection Spéciale Natura 2000, le contrat de rivière sur l'Apance validé par la DIREN dans le but de restaurer la continuité écologique. L'élu explique que beaucoup d'espèces, telles les salmonidées, sont empêchés de remonter les cours d'eau en raison d'anciens barrages et qu'il est nécessaire d'aménager des passes à poisson (sorte d'escalier qui permet aux poissons de franchir les obstacles). Coté haut-marnais, les services de la DDT ont détecté pas moins de cinq points infranchissables entre Châtillon et Bourbonne. Didier Millard précise également que les agences de l'eau subventionnent jusqu'à 80% l'arasement des ouvrages sans usage.

Convaincre les décideurs politiques


Les responsables de l'association citent la circulaire parue en 2008, fixant les exigences attendues d'un parc régional qui doit « représenter une entité remarquable pour la ou les régions concernées et représenter un intérêt au niveau national». C'est dire si la barre est haute pour l'association porteuse du projet. Christian Mettelet est quant à lui convaincu des atouts du secteur des Trois Provinces ; à cheval sur deux bassins versants, celui de Rhin Meuse et celui de la Méditerranée, les spécialistes constatent une unité à plusieurs niveaux : sur le plan géologique avec des sols parmi les plus secs de France et une absence de nappe phréatique liée à des sources en surface. De même l'occupation humaine du territoire révèle les mêmes pratiques, que ce soit en matière d'habitat ou d'agriculture. Un secteur pauvre sur le plan économique, divisé en trois au moment de la création des départements, avance le vice-président haute-saônois. Pour autant, il n'en a pas perdu sa richesse sur le plan de la biodiversité. Un patrimoine mis en perspective par le Président de l'association lui-même, Fabrice Cahez, à travers un document vidéo, présenté à Yves Fournier, vice Président de la Région Champagne Ardenne en charge de l'aménagement du territoire qui fut littéralement « scotché » aux dires des représentants de l'association. Didier Millard, tempère cependant cette victoire : un tel document montrant les aspects positifs d'un territoire peut être réalisé pratiquement partout en France. Il faut apporter aux décideurs un argumentaire technique. La réalisation d'un tel document nécessite le professionnalisme d'un chargé de mission pour procéder à un diagnostic de territoire comprenant notamment un inventaire floristique et faunistique de la zone pressentie. Seul l'accord des trois régions permettra la constitution d'une association de préfiguration ou d'un syndicat mixte. Le temps estimé pour la mise en route d'un tel projet est estimée à huit ans, évaluent les porteurs du projet. Dépourvue de zones pavillonnaires, d'infrastructures envahissantes telles que des voies de chemins de fer, d'autoroute ou encore de panneaux publicitaires (à l'exception peut-être de ceux du Casino de Bourbonne...), le secteur se prête particulièrement à la labellisation tant convoitée. On a constaté les effets positifs de la création du Parc Naturel de Lorraine sur les PME et PMI, affirme Christian Mettelet. Reste cependant convaincre les 150 communes d'adhérer au projet, la création du Parc ayant des conséquences directes sur les documents d'urbanisme, POS, PLU et cartes communales. Une chance que neuf communautés de commune soient déjà partie prenante en se ralliant à l'association. (voir ci dessous).

Un projet qui ne se fera pas sans les agriculteurs


Les communes ne sont pas les seules à impliquer. L'ensemble des usagers, les habitants mais également les agriculteurs devront être sensibilisés et adhérer autant que possible à cet ambitieux projet de territoire dans une zone dévitalisée sur le plan économique. Dans le PNR s'appliqueront les mesures du Grenelle au pied de la lettre. «En matière d'habitat, les remembrements successifs et l'ancienne PAC ont fait beaucoup de mal, témoigne un agriculteur retraité. Auparavant, on était pénalisés sur les surfaces indemnisées pour le moindre arbre au milieu de la plaine, la moindre mare. En outre, la mise en place des jachères n'avait pas du tout été pensée au départ pour son rôle sur la biodiversité, mais uniquement comme variable d'ajustement à la production. Au contraire, on était contraint de faucher en pleine période de reproduction des oiseaux qui nichent au sol».Tout cela est en train de changer avec la réforme de la PAC qui prévoit une part croissante d'éléments topographiques dans les surfaces déclarées, explique Christian Mettelet. Le parc peut être une opportunité pour les agriculteurs de valoriser leurs bonnes pratiques. Des mesures compensatoires sont prévues, comme pour Natura 2000, au sein des parcs régionaux. L'appui technique est également apprécié de la profession agricole. Il est évident que pour les agriculteurs intensifs, l'arrivée du parc ne sera pas sans conséquences, mais il faut les impliquer, au besoin les emmener voir ce qui s'est passé dans d'autres parcs. Le chargé de mission sera chargé de ce relai relationnel. On s'aperçoit d'ailleurs que quand on discute avec les agriculteurs, ils sont souvent prêts à tailler une haie un peu plus haut ou à laisser un vieil arbre sans utilité apparente en bordure de champ. Certains remplacent les piquets de parc par des haies. L'avènement du bois énergie n'y est pas étranger. Cécile Tragin, chargée de mission à la CODECOM des Marches de Lorraine, originaire de Normandie, témoigne que les agriculteurs du secteur sont loin d'être considérés comme ayant des pratiques intensives, comparé aux méthodes de production de sa région d'origine où les vaches laitières sont bien souvent en stabulation et ne ruminent pas un brin d'herbe frais. De plus, elle apprécie la densité de petits producteurs sur le secteur, qui permet de s'approvisionner en direct en légumes, viande et en lait dans un rayon de cinq kilomètres. Le prix du baril de pétrole va indéniablement remettre les circuits courts au goût du jour.Pour Didier Millard, le développement de l'agriculture biologique ou économe en intrants, tel que fixé dans le Grenelle à l'horizon 2018, est une bonne nouvelle pour la qualité de l'eau, notamment dans cette zone située en tête de bassin, où on constate encore, d'après les analyses à proximité des points de captage, des traces d'atrazine (substance active d'un herbicide), alors qu'elle n'est plus commercialisée aux agriculteurs depuis quinze ans.

Portrait de Fabrice Cahez


Cet ancien professeur vosgien exerce ses deux passions, la photographie animalière et l'écriture. Il est à l'origine de nombreux ouvrages naturalistes dont "TERRE de renard" qui a obtenu le Prix Jacques Lacroix décerné par l'Académie Française. Il a pris la présidence de l'association à sa création. Elle comprend neuf communautés de communes engagées : Lamarche, Darney, Monthureux, Bains lès Bains, Bourbonne les Bains, Jussey, Vauvillers.

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