L'Avenir Agricole et Rural 04 juillet 2008 à 00h00 | Par JL BLONDEL

PRODUCTION LAITIERE - 18 Euros de plus pour le lait grand cru

La coopérative d’Ageville est en location gérance depuis le 1er juillet 2007 par Entremont qui a pris des engagements pour 10 années et réciproquement.

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La petite coopérative d’Ageville n’a pas pu résister longtemps aux Grands Méchants Supermarchés (GMS). Lorsqu’elle a voulu renouveler le contrat de livraison qu’elle avait conclu avec une chaîne de hard discount, elle s’est vu reprocher un prix trop élevé et écartée du marché. Elle a dû se rendre à l’évidence qu’il fallait rentrer à la bergerie ou plutôt dans une laiterie plus puissante, en l’occurrence Entremont.

Une location-gérance de 10 ans
A l’unanimité tous les éleveurs ont accepté l’an dernier le principe d’une location-gérance avec la société Entremont qui entend redonner à l’emmental grand cru ses lettres de noblesse et surtout sa place sur les plateaux de fromages car la production est passée de 18 000 t en 95 (son apogée) à 66 00 t. L’emmental classique (250 000 t) est en effet valorisé à 80% en fromage râpé.
Trois ateliers fabriquent actuellement cet emmental haut de gamme qui obéit à un cahier des charges contraignant. Avec ses 12 millions de litres de lait collectés, Ageville produit environ 1 000 t de fromages (il faut 11 l de lait pour 1 kg d’emmental).
Entremont compte sur ce volume pour honorer son contrat de location-gérance.
Ce qui signifie que chaque associé coopérateur doit respecter son contrat de livraison en lait « grand cru » qui consiste entre autres à bannir l’ensilage pour les vaches laitières.

Bras de fer avec les distributeurs !

Jo Lancien, le responsable « amont » qui était accompagné de Philippe Henriot, chargé des relations avec les éleveurs, ont exposé dans le détail la formation des prix « producteurs » en insistant sur leur volonté de maintenir un volume de production de qualité et donc des éleveurs motivés. Mais à l’autre bout de la chaîne il y a la grande distribution qui renâcle à accepter une augmentation de 0,5 E/kg quand le surcoût de la matière représente 0,6 E à 0,7 E/kg comme c’est le cas actuellement. Entremont n’a de ce fait pas hésité à lâcher un distributeur qui se montrait inflexible. Le bras de fer est permanent avec les GMS. Le report de coût des matières premières est plus crucial que pour les pâtes molles (ou des produits frais qui incorporent en proportion moins de lait.

Une niche à relooker
Le Grand Cru, se distingue par sa qualité que les connaisseurs savent apprécier. Ce n’est pas un fromage industriel servant de matière première aux plats cuisinés. Son label repose entre autres sur une qualité sanitaire irréprochable mais aussi sur des conditions de production et d’affinage qui assurent sa typicité. Le lait à base d’ensilage, même de bonne qualité, ne permet pas de faire les mêmes meules et l’affinage de 12 semaines n’est pas comparable avec celui de 6 semaines en emmental classique.
Par contre, certains critères du cahier des charges pourraient évoluer tels que la fréquence de ramassage (48 heures au lieu de 24 heure), monotraite, utilisation de la mélasse et urée etc...
Les discussions sont seulement en cours et il faudra compter encore  dans 2 années avant qu’elles n’aboutissent, devait rappeler Jean François Rollet représentant des éleveurs au comité ad hoc du label.

18 euros de plus aux 1 000 litres
Mais avec un écart de 18 E/1 000 l comme c’est le cas actuellement, les éleveurs vont-ils pouvoir tenir ? C’est une question qui a été plusieurs fois posée par l’assistance, y compris par les représentants d’Entremont qui souhaiteraient pouvoir faire mieux …, si la grande distribution était plus compréhensive !
En toute hypothèse, il n’y a pas d’emmental grand cru sans lait en « grand cru », les intérêts de la laiterie et des éleveurs sont donc liés !
Pour le moment les coopérateurs d’Ageville ne se plaignent pas du leur sort ; le lait a été payé 55 E/1 000 l de plus au 2ème semestre 2007 et la tendance reste la même sur le 1er semestre 2008. La coopérative a dégagé un résultat bénéficiaire de 184 000 E contre une perte de 230 000 en 2006.
Le Président Jean Louis Thévenin s’est félicité de la loyauté d’Entremont qui a respecté tous ses engagements et même davantage en investissant partiellement dans l’unité d’Ageville et surtout en rachetant le stock à un prix correct.
Les coopérateurs d’Ageville ne regrettent pas leur choix, ils n’auraient jamais pu obtenir de telles rémunérations en restant isolés. Il reste maintenant à faire durer cette lune de miel pendant les 10 années de location gérance et à la renouveler par un nouveau contrat qui confortera l’unité de transformation locale ; tout cela sera à « affiner » le moment venu !

HOMMAGE A HUBERT TRUFFOT

L’ensemble des coopérateurs a rendu hommage à Hubert Truffot qui a présidé la Coopérative d’Ageville de 1978 à 2000. Cette laiterie était sa fierté. Il en était administrateur depuis sa création en 1953. “En 1979, il a décidé fort judicieusement d’adhérer au Grand Cru. Il y avait à l’époque 80 fromageries dans 13 départements du Grand Est. Hubert a su donner toute la notoriété à la Coopérative de la Vallée du Rognon plus communément appelée Coopérative d’Ageville”, devait rappeler Jean Louis Thévenin qui a insisté sur la clairvoyance de son prédécesseur, son efficacité et son dévouement.
Pendant de nombreuses années, les coopérateurs d’Ageville ont été les mieux payés. Hubert avait aussi lancé l’investissement dans une cave d’affinage. L’évolution récente de la coopérative le contrariait, selon quelques témoignages, mais l’environnement économique a changé.
Cette évolution n’altère en rien son remarquable engagement qui a permis à de nombreuses familles d’éleveurs d’être fiers de leur laiterie. Souhaitons que ce sentiment persiste le plus longtemps possible, ce sera le meilleur hommage que le monde agricole pourra rendre à Monsieur Truffot.
L’Avenir Agricole et Rural s’associe à cette chaleureuse reconnaissance de l’œuvre accomplie dans l’intérêt collectif et adresse à la famille ses sincères condoléances.

 

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