L'Avenir Agricole et Rural 15 janvier 2015 à 08h00 | Par E.D.

Producteurs de lait en colère

La Fédération Départementale des Producteurs de lait a tenu son assemblée générale au lycée agricole de Choignes. La tension monte contre les laiteries qui ne respectent pas leurs engagements, dans un contexte de fortes fluctuations du prix du lait.

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Richard Bourbon, président de la FDPL
Richard Bourbon, président de la FDPL - © E.D.

Pour la troisième année consécutive, les producteurs ne peuvent que constater le non-respect des contrats par les grands groupes au niveau du mode de calcul du prix du lait, alors même qu’ils ont été contraints de les signer. Un sentiment d’impunité règne en raison de l’absence de concurrence entre les laiteries qui se sont partagées la collecte.

Car si 2 014 a connu des niveaux de prix record, ceux-ci n’ont pas été à la hauteur de ce qu’ils auraient dû être, d’après les contrats qui ont été bafoués sans aucune réaction des pouvoirs publics.

Les PME ont pourtant joué le jeu (voir le hit-parade du prix du lait ci-dessous)

Malheureusement, la fixation des prix n’est plus du ressort du syndicalisme, mais des organisations de producteurs, qui segmentent la profession par entreprise. Richard Bourbon évoque la possibilité pour les OP de mener des actions juridiques de groupe à l’encontre de leur laiterie, depuis la récente promulgation de la Loi d’Avenir. Il les encourage dans ce sens et invite les producteurs à s’y investir.

Les prévisions de prix de 2015 annoncées par une laiterie à moins de 300 euros reviennent à un arrêt de mort des producteurs laitiers. Le président de la FDPL tire la sonnette d’alarme auprès des pouvoirs publics concernant l’avenir laitier du département, qui a perdu 40 % de ses producteurs en dix ans.

Les derniers litres de lait gérés à l’échelle du Bassin laitier Grand Est ont été redistribués aux Jeunes Agriculteurs installés dans les trois ans. Richard Bourbon insiste sur le fait que la gestion des litrages dans l’après-quota ne devra pas se faire à la tête du client, mais selon des règles bien établies.

Une conjoncture instable

L’exposition de plus en plus forte à la volatilité des prix découle d’un processus de dérégulation de la PAC, enclenché en 2003, qui fait que le marché européen a une vraie sensibilité aux oscillations du marché mondial. Le prix du lait à la ferme s’en ressent instantanément. A partir de 2007, les cours des produits industriels beurre-poudre prennent l’allure de montagnes russes. Cette volatilité accrue s’accompagne d’une tendance structurelle haussière du prix des matières premières. Le tourteau de soja passe ainsi de 200 à 400 euros/tonne en dix ans. Cette tendance haussière se retrouve également au niveau du prix du lait, sauf qu’il faut relativiser ; en 2005, un prix à 300/1 000 1 était un bon prix. Aujourd’hui, 350 euros/1 000 1 n’est pas un prix exceptionnel, en raison de la flambée du prix des intrants. Le fait que les variations du prix du lait et des intrants ne soit pas synchrone induit de fortes variations de la marge sur coût alimentaire, passant de 160 à 270 euros/1 000 1 entre 2012 et 2014.

L’embargo russe a accentué la chute des cours des Produits laitiers industriels au mois d’août  ; la poudre de lait écrémé tombe ainsi à 1500 /tonne, soit moitié de sa valeur avant l’été. Tandis que la demande subit un coup d’arrêt, la production n’a cessé d’augmenter en Europe (+5 %) et en Nouvelle Zélande (+9 %) en raison des prix attractifs du premier trimestre 2014. Des taux de croissance bien supérieurs à ceux du marché mondial qui est de l’ordre de 2,5 %/an. Il faut donc assainir le marché en contenant l’offre. Certains éléments nous poussent à croire que l’offre va effectivement être freinée, d’une part en raison des pénalités infligées à l’Allemagne, d’autre part l’effondrement du prix du lait devrait ralentir la production. Du côté de l’Océanie, le déficit hydrique observé en Nouvelle Zélande en janvier 2015 par rapport à 2014 devrait avoir un effet dépressif sur la campagne laitière à venir.


Vous trouverez la suite de cet article dans notre édition du 16 janvier 2015.

Vision de la filière laitière à l’horizon 2 020

C’est dans une ambiance pessimiste que Benoît Rouyer, spécialiste de l’économie laitière au CNIEL est intervenu. A défaut de méthode Coué, il a apporté des éléments concrets, propres à redonner espoir aux producteurs de lait. Depuis une dizaine d’années, le monde laitier se caractérise en effet par une demande mondiale soutenue et une forte volatilité des prix.

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