L'Avenir Agricole et Rural 27 mars 2014 à 08h00 | Par T. Morillon et F. Noel

PREDATEUR - Le loup angoisse les éleveurs

Cinq brebis ont été victimes d’une attaque de canidé la semaine dernière à Dommartin-le-Franc, les éleveurs ovins sont inquiets car avec l’arrivée du printemps, il faut prendre des dispositions. Le climat devient très pesant.

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L’ONCFS enquête pour déterminer si le loup est toujours présent dans le département.
L’ONCFS enquête pour déterminer si le loup est toujours présent dans le département. - © RAA

Une cohabitation forcée.

Les éleveurs en ont assez de la présence du loup qui leur coûte du temps et de l’argent, voici deux témoignages qui démontrent les possibilités, limitées, de protection des troupeaux ovins.

En Haute-Marne. Le GAEC Boucley à Nully possède 1 400 brebis, il a été victime l’année dernière de huit attaques par le prédateur, 85 ont été blessées et 28 sont mortes. Les trois associés, Michelle, Jean-Paul et Nicolas Boucley redoutent la mise en pâture de leurs bêtes. Le Centre Permanent d’Initiatives Pour l’Environnement (CPIE) du Pays de Soulaines s’est porté volontaire pour électrifier la clôture d’un de leur site de 4 hectares. A l’intérieur de ce dernier se trouve un parc de nuit en filet électrifié, une double protection, mais insuffisante pour tout le troupeau. Les associés sont dans l’attente du ministère qui doit débloquer les fonds nécessaires à l’installation de protections sur cinq autres parcs dont deux pour la nuit. Leurs témoignages transpirent d’inquiétude : «Dans l’Aube, nous avons un site ou les piquets sont trop usagés pour la mise en place du matériel, il faudrait refaire les clôtures. Nous allons être dans l’obligation d’y faire de la culture. On ne peut pas laisser les parcelles à l’abandon, on paye une location, c’est un manque à gagner. La dernière attaque nous a chamboulés  notre programmation, rentrer et sortir les bêtes, c’est du travail supplémentaire, des heures de perdues. On nous impose le loup, le ministère devrait mettre en place du personnel pour s’en occuper. Le loup n’a pas sa place dans nos élevages et au final, c’est lui qui gagne alors que c’est un problème qui pourrait être évité. Dans quinze jours, nos brebis vont sortir, nous allons devoir surveiller le troupeau la nuit, à tour de rôle. L’électrification des parcelles n’est pas la meilleure solution, mais c’est mieux que de ne rien faire, il faudrait des tirs de prévention et de prélèvement contre cet animal malin.

Pour l’avenir, nous réfléchissons à la possibilité de réduire le cheptel, les 1 100 brebis resteraient à l’intérieur de la bergerie. Pour valoriser les parcs, on pourrait faire des bovins». L’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) a posé des appareils photos à proximité des parcs pour contrôler la présence du loup dans le secteur.

 


Region


Dans l’Aube.
La bergerie de Gérard Guéry est située près de Chaource, lui aussi a installé une protection pour ses moutons : des grilles de deux mètres de haut avec des masses à leur pied et surplombées de fils barbelés avec une ligne électrifiée. Il explique sa démarche : «Mon exploitation est composée d’une trentaine d’hectares de prairies naturelles, qui ne peuvent être valorisées que par l’élevage. D’avril à septembre, mes brebis pâturent une dizaine de parcs. Jusqu’alors tout se faisait tout se faisait simplement et ma troupe restait en plein air. Cette année, à cause du loup, j’ai pas mal cogité pour garder ce système d’élevage, tout en visant la protection de mes brebis. J’ai donc mis en place ce dispositif de protection et j’ai prévu de me déplacer deux fois par jour : chaque matin pour emmener la troupe dans les parcs et le soir pour la rentrer. Cela représente une vingtaine d’heures par semaine, soit un mi-temps, une charge de travail conséquente qui m’impose une autre organisation avec ces allers-retours. C’est contraignant et c’est un surcoût que j’évalue à 20 000 euros/an. Mais je n’ai pas le choix si je veux continuer dans cette production ! Ce ne sera pas non plus évident, d’une part parce que les animaux ne sont pas habitués à ces déplacements, et d’autre part, lors des périodes de pointe de travail. Mais c’est à ce prix que j’espère que cette organisation et mes protections éviteront les massacres du loup. J’ai aussi conscience que cette possibilité de rentrer et relâcher chaque jour ma troupe n’est offerte qu’à de très rares cas parmi mes collègues éleveurs de moutons dans la région ».

Un dispositif insuffisant.

Les professionnels soulignent que ces protections et ce dispositif ne sont en aucun cas adaptés à la plupart des élevages de la région, car les pâtures sont souvent dispersées et éloignées des bergeries.

Quant à mettre des clôtures suffisamment efficaces autour des prairies (13 000 ha dans l’Aube) et autour des couverts végétaux pâturés par des troupes, c’est évidemment irréaliste. Les quelques expériences déjà faites dans d’autres régions ont démontré leur inefficacité. Un courrier daté du 27 janvier dernier, adressé par les présidents des Chambres d’agriculture et des FDSEA de la Haute-Marne et de l’Aube, au président de la République, a reçu une réponse consternante de son chef de cabinet. Celui-ci renvoie les responsables professionnels vers leurs préfets « qui peuvent prendre des arrêtés portant autorisation de battues réglementaires afin de protéger les élevages ». Les 71 autorisations de prélèvements accordées l’an dernier n’ont donné lieu qu’à 7 loups tués. On perçoit tout de suite l’inefficacité du dispositif et l’insistance des préfets à inciter les éleveurs à prendre des mesures de protection plutôt que la prise d’arrêtés pour ne pas s’exposer à des contestations devant le tribunal administratif.

Le loup en quelques chiffres.

Depuis le 23 mai 2013, 30 attaques de loup ont été recensées dans le département de l’Aube, faisant 205 victimes, dont 86 morts parmi les ovins. A ces pertes s’ajoutent d’autres conséquences sur les troupes (stress, baisse de performances, reproduction en chute...). En fin d’année dernière, le GAEC Boucley n’a recensé que 50 mises bas sur 350 brebis. En 2012 en France, 5 779 brebis et agneaux, 264 chèvres, 49 veaux, 5 chevaux et 5 chiens ont été reconnus comme victimes des loups et indemnisés. En 2013, un bilan provisoire des victimes fait état de 6 147 animaux d’élevage. Les pertes ont doublé en trois ans. En France, la population serait de 300 loups et s’accompagne d’une croissance de 20 % par an. L’année dernière, le prédateur a coûté 15 millions d’euros à l’Etat (indemnisations, protections, salaires des agents) alors qu’il conquiert des territoires et multiplie les massacres d’animaux.

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