L'Avenir Agricole et Rural 29 mars 2012 à 10h03 | Par E. DAUPHIN

PORTRAIT - De l’agriculture à la pédicure

Sylvain Mussot fait partie de ces entrepreneurs à la reconversion aussi improbable que florissante. Son passé d’éleveur et son don pour la ferronnerie d’art lui ont ouvert les portes du succès.

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Tour et Fer a aujourd’hui six ans. Les ateliers sont basés à Champigny sous Varennes, sur ce qui fut auparavant un simple pré. Avec 600 m2 de bâtiment, réalisés en auto-construction, l’entrepreneur dispose de sept mois de stockage pour l’acier, sa principale matière première aux cours fluctuants, ainsi que d’un atelier pourvu de nombreuses machines outil de tous âges, qu’il crée lui-même au besoin ; plieuses, rouleuses, presses hydrauliques...

L’entreprise en pleine expansion peine à recruter du personnel qualifié et surtout motivé par la ferronnerie et la métallurgie, afin d’exécuter un carnet de commandes enregistrant huit mois d’activité d’avance. «Il n’y a plus d’école en Haute-Marne, les centres de formation se trouvent à Troyes et Dijon» explique Sylvain Mussot, qui a réussi à créer malgré tout quatre emplois. L’entreprise est présente sur trois marchés ; la métallurgie industrielle, la restauration d’ouvrages anciens et la réalisation d’ouvrages sur mesure pour les particuliers (portails et rampes d’escalier)

Quand le Théatre ouvre des portes...

Sylvain s’initie aux métiers de la forge à l’école de Malroy, où il obtient son BEPA. «C’était une formation très complète, on apprenait à tout faire. Il y avait là un forgeron et c’est avec lui que j’ai découvert l’art de forger». Muni de son diplôme, Sylvain s’installe sur l’exploitation familiale sans conviction, qu’il quitte 17 ans plus tard. «Je n’aurai jamais dû être agriculteur» constate-t-il simplement. Il reprend des études et obtient le niveau Bac dans le domaine du machinisme et des espaces verts. «Je me suis installé en tant que ferronnier sans un seul client» précise Sylvain, dans un métier peu répandu. Les premiers temps sont difficiles, il propose ses services en tant que conducteur d’engins et à l’entretien des machines à la CUMA de Champigny, jusqu’à la restauration du portail du Théâtre de Langres, un ouvrage très ancien datant de 1783 qu’il a fallu reconstituer à certains endroits. Pour mener à bien sa mission, Sylvain ne dispose que d’une photographie ancienne. Il conserve le cadre d’origine et restaure avec de la taule le blason en respectant les techniques anciennes. Un lifting qui prendra à l’artisan ferronier plusieurs centaines d’heures pour arriver à un résultat irréprochable.

Cette carte de visite lui permettra de remporter l’encouragera à répondre à d’autres appels d’offres auprès des Monuments Historiques. «A partir de là, je n’ai plus jamais manqué de travail» ajoute le ferronnier qui découvre l’histoire de France à travers ses chantiers bien au-delà des frontières haut-marnaises, tout en côtoyant d’autres corps de métier passionnants. Il intervient par exemple au château de Chantilly (Oise). Plus proche de nous, il restaure les luminaires de la basilique Saint Jean à Chaumont d’après les plans fournis par l’architecte de France, et intervient actuellement sur la restauration d’un Haut Fourneau à Vecqueville.

Des réalisations sur mesure dans le domaine agricole

Piscine à vache, presse à bâche plastique... De son passé d’éleveurs, Sylvain garde un réseau de contacts et une compréhension profonde des besoins des agriculteurs. Il conçoit une piscine à vache qui part chez un loueur en Bretagne. Pour les bovins, se relever suite à un accident est essentiel. Certains trépassent non pas des suites d’une blessure mais de ne pas se relever. Par un procédé naturel, l’animal est plongé jusqu’à l’encolure dans une eau à 37°, ce qui l’allège considérablement et lui permet de retrouver ses appuis, avec un succès à la clé dans 70% des cas.

Le succès commercial de Tour et Fer, est sans conteste la cage de contention. L’entreprise est en cours de réalisation du septième exemplaire. Les économies d’échelle commencent à se faire sentir, puisqu’il n’y a plus de recherche et développement. Il faut tout de même compter 400 heures de travail. Le prototype a été réalisé à la demande de Gilles Huguet, pédicure pour bovins installé à Fayl Billot. Elle intègre une vingtaine de vérins et six moteurs hydrauliques pour un poids total de 1,5 tonne, ce qui donne de la stabilité à l’appareil, monté sur roues. La cage respecte le confort du pareur qui travaille à hauteur, et de l’animal, assure le concepteur, qui témoigne avoir observé des vaches ruminer (un signe de sérénité... chez les bovins uniquement). La position de l’animal est pourtant assez étonnante : accroupi sur ses pattes avant, il est sanglé et «en lévitation» à l’arrière. Les pattes arrières sont retenues au niveau des boulets. Avec cet équipement, un pareur professionnel peut faire jusqu’à 12 000 animaux par an.

Le marché de la cage de contention est concurrencé par des constructeurs étrangers danois et hollandais. Il s’agit d’une niche puisqu’il existe seulement 250 pareurs en France. Un tiers d’entre eux ont réalisé eux-mêmes leur travail.

RENDEZ-VOUS à la FOIRE de CHAUMONT

Sylvain Mussot est également le créateur de la presse à bâches plastiques, acquise par la fédération départementale des CUMA, qui a commencé la semaine dernière son tour de Haute-Marne. La presse en action ainsi que la cage de contention seront visibles à la foire de Chaumont, à proximité de l’espace agricole, du 17 au 20 mai prochain.

Parole de pareur

Nicolas Gigot, pédicure bovin depuis 2003 à Fayl Billot, a acquis une cage de contention «Tour et Fer» en décembre dernier. Il se dit satisfait de son acquisition.

«Je travaille à hauteur, c’est beaucoup plus confortable et l’appareil reste simple d’utilisation. Le surcoût par rapport à une cage de contention classique est d’environ 5000 euros, mais il est vite rentabilisé. J’ai augmenté ma productivité de deux vaches par heure tout en ressentant moins de fatigue en fin de journée. Le fait que le constructeur soit sur place m’a également incité à en faire l’acquisition. Quand au confort des animaux, je n’ai jamais eu de problèmes. J’ai déjà pu lesen observer certaines ruminer pendant le parage».

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