L'Avenir Agricole et Rural 27 novembre 2007 à 00h00 | Par F.Thevenin

PORTES OUVERTES - LE LAIT EN QUESTION

Dans le cadre des portes ouvertes dans les réseaux d’élevage, la journée consacrée au lait s’est déroulée chez Thierry Rémy, à Magneux. Comme de nombreux éleveurs laitiers, il se pose de nombreuses questions sur son avenir

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Le fumier est composté sur des plateformes réglementaires et, est placé sur les pâtures.
Le fumier est composté sur des plateformes réglementaires et, est placé sur les pâtures. - © FREDERIC THEVENIN
Courant novembre, les portes ouvertes dans les réseaux d’élevage organisées par les Chambres d’Agriculture de l’est de la France ont emmené les visiteurs dans des élevages laitiers, des élevages allaitants et des élevages ovins. Il a été question de travail pour les producteurs de lait, de développement de la production pour les producteurs de viande bovine et d’optimisation technique et économique pour les producteurs d’agneaux.
En Haute-Marne, en lait, les portes de l’exploitation de Thierry Rémy, à Magneux, se sont ouvertes au public. Il fait partie des fermes de référence suivies par la Chambre.
Petit historique : en 1995, il reprend l’exploitation familiale, au côté de sa mère qui était salariée. En 1998, il crée un groupement d’employeur. En 2000, il signe un CTE compostage et s’engage dans la réduction d’intrants et, en 2005, il effectue la mise aux normes des bâtiments d’élevage.
Aujourd’hui, l’exploitation détient une SAU totale de 95 hectares pour un quota de 202 000 litres et 5 bœufs vendus chaque année. Thierry Rémy travaille seul avec le soutien d’un salarié pour un tiers-temps et du service de remplacement. Il a également recours à :
- des entreprises pour l’ensilage, la moisson et le compostage
- la Cuma pour la presse, le semis, la bineuse, le vibro et un tracteur
- la location pour l’épandeur.


Parcellaire et assolement

Le parcellaire de l’exploitation se répartit sur quatre zones. La plus grande partie est à Magneux (75 ha) avec 25 hectares de parc pour les vaches. Les autres sont sur Wassy (6,7 ha) à 4 kilomètres, sur Flornoy (7,5 ha) à 2 kilomètres et sur Troisfontaines (6 ha) à 4 kilomètres.
46 % de la SAU sont consacrés aux cultures avec 5 hectares de gel, 13,7 ha de blé, 7,5 ha d’orge d’hiver, 9,3 ha de tournesol et 7,6 ha de maïs grain. Toutes ces cultures sont légèrement fertilisées pour des rendements moyens de 62 quintaux en blé, de 61 quintaux en orge, de 32 quintaux en tournesol et de 78 quintaux en maïs grain. A titre d’exemple, la fertilisation en blé est de 168/54/54 et en maïs grain de 120/62/62.
5 % de la SAU sont consacrés au maïs ensilage soit 5 hectares avec une fertilisation de 160/62/62. En moyenne, le rendement moyen est de 13 tonnes de matière sèche.
Enfin, 49 % de la SAU sont consacrés aux prairies soit 46,5 hectares avec aucune fertilisation et l’apport de compost effectué sur place.

Cheptel

Le troupeau laitier est constitué de 34 vaches laitières de race Prim’holstein et Brune à 6 000 de moyenne par an. 200 000 litres sont commercialisés en laiterie. 9 000 litres partent aux veaux.
Sur l’ensemble des naissances, Thierry Rémy garde 12 génisses pour le renouvellement. Les autres sont vendues à 8 jours. Il garde également 5 boeufs alors qu’une dizaine part à 8 jours. Ils sont vendus à trente mois.
Sachant que sur les 12 génisses sevrées, deux seront vendues pleines ou vides, le taux de renouvellement est de 30 %.
Le tout représente, en 2006, 56 UGB lait soit 1,09 UGB par hectare SFP dont 10 % en maïs.
Au contrôle laitier la moyenne du troupeau laitier est de 6 300 kg pour un coût de concentrés de 30,7 euros par 1 000 litres (185 g/l). Le TB moyen est de 42,8 g/l et le TP moyen est de 32,1 g/l. Les germes ne dépassent jamais la barre des 50 000 et les cellules celle des 250 000. Par contre, deux fois dans l’année, les butyriques se situent entre 800 et 2 000.
Les vêlages ont lieu sur toute l’année et, du coup, la production laitière est uniforme sur les 12 mois à l’exception de février et mars pour cause de respect du quota.
Du fait de ces résultats, en 2006, le lait a été payé, en moyenne, 299 euros par 1 000 litres sur un prix de base de 275 euros. A noter que ce lait est valorisé en AOC Brie de Meaux.

Des résultats économiques exceptionnels

Avec les produits d’un côté (lait, animaux laitiers, cultures de vente, aides couplées à la production et aides découplées) et les charges de l’autre (charges proportionnelles et charges de structure), il apparaît quelques données essentielles et remarquables :
 
- charges proportionnelles / PB : 24,1 %
- marge brute hors DPU / ha SAU : 705 euros
- charge de structure / PB : 36,7 %
- dépense de mécanisation : 155 euros / ha SAU

 
Au bout du compte, l’EBE, en 2006, était de 39,2 % du PB. Il permet, pour moitié, de payer les annuités et les salaires et, pour une autre moitié, au privé et à l’autofinancement. A noter que sur les trois dernières années, la moyenne des EBE est à 42,7 % ! Ces chiffres traduisent la bonne efficacité économique de l’exploitation avec des charges opérationnelles particulièrement basses.

Points forts et questionnement

L’exploitation de Thierry Rémy est marquée par une bonne cohérence dans son fonctionnement global et dans les choix techniques mis en oeuvre. La présence de boeufs est cohérente pour la valorisation de l’herbe. La volonté de maximiser le pâturage permet de bien valoriser les prairies et la bonne maîtrise des concentrés est adaptée à la productivité des vaches et aux fourrages disponibles.
Mais, l’ensemble de ces choix sont mis à mal avec la remise en question des CTE. Le manque à gagner est de 5 800 euros. Thierry Rémy doit donc se projeter dans l’avenir sans se renier et renier ses convictions. Du coup, s’il continue sur la voie environnementale, seule l’agriculture biologique est reconnue mais peut-elle apporter une réelle plus value d’autant plus que la filière lait n’existe pas vraiment.
Il est également possible de changer de cap en intensifiant la production. Mais, ce choix se ferait au détriment des choix de Thierry Rémy en terme de temps libre et de qualité de vie. Trois options restent alors possibles : s’agrandir, se regrouper ou arrêter !
Rations

En hiver, les vaches reçoivent 5 kg de foin, 10 kg de matière sèche de maïs en libre service, 1,2 kg de blé et 2,3 kg de tourteau. Leur production s’établit à 27 kg/VL pour un potentiel de 7 670 kg.
En été, les mêmes vaches reçoivent de 1 à 7 kg de foin, 1 kg de blé et 500 g de tourteau pour une production de 20 kg/VL et un potentiel de 6 100 kg.
En automne, elles sortent en pâture et reçoivent 8 à 9 kg de matière sèche de maïs, 1 kg de blé et 2 kg de tourteau pour une production de 22 kg/VL et un potentiel de 7 000 kg.
Au total, les besoins de fourrages en stocks par vache laitière sont donc de 3,4 tonnes de matière sèche.
De leur côté, les veaux reçoivent du lait entier et du foin. Après le sevrage, ils sont au foin et au regain avec 1 kg de céréales et 100 grammes de tourteau. Dès la première année, ces veaux peuvent sortir en pâture (repousses fin avril et mi-juillet). A noter que tous les animaux ont du foin à leur disposition au parc.
Les années suivantes, les génisses reçoivent uniquement du foin. D’ailleurs, les boeufs sont finis au pâturage.
Au total, les besoins de fourrages en stocks par UGB sont de 2,7 tonnes de matière sèche.
Pour l’ensemble du troupeau, les besoins en matière sèche sont de 489 tonnes. Une partie est fournie par le maïs (5 ha x 15 t = 75) et le reste par l’herbe. Il s’avère que sans fertilisation, Thierry Rémy récolte 5 tonnes de matière sèche par hectare.

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