L'Avenir Agricole et Rural 06 juin 2011 à 11h51 | Par E. DAUPHIN

Portes Ouvertes - Bienvenue dans l’agriculture du 21ème siècle

Avec plus de 2000 usagers des navettes conduisant à l'unité de méthanisation et 650 repas servis par les Jeunes Agriculteurs du canton de Clefmont, la fréquentation a été à la hauteur de ce qu'espéraient les organisateurs. Les exposants ont quant à eux noué des contacts fructueux.

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Le Digestat, or noir de l'Agriculture Bâtiment des vaches laitières Traitement antidérapant Démonstration de déchiquetage «Fier d'être haut-marnais» 650 repas servis Point d’accueil

Une entreprise visionnaire

Précurseurs en matière de pratiques environnementales, Philippe et Jérôme sont de ceux qui préfèrent agir que subir. Philippe explique ainsi que ce qui pouvait paraître excessif en 2005, lors de sa certification en agriculture raisonnée au sein du réseau FARRE, est aujourd'hui une réalité pour tous les agriculteurs. Ils nouent des partenariats à chaque fois que possible : LPO, groupe d'expérimentation Ecophyto...Les exploitants tablent sur l'apport de la biodiversité fonctionnelle ; ils limitent ainsi leurs parcelles à 15 ha en recoupant les îlots si nécessaire et implantent systématiquement des bandes enherbées en présence d'eau.Les agriculteurs combinent tous les leviers agronomiques possibles pour réduire leur Indice de Fréquence de Traitement (IFT). Il est de 3,55 sur la surface dédiée aux cultures contre 5,6 pour moyenne régionale,  grâce à l'apport d'engrais organique issu de l'unité de méthanisation, l'utilisation de techniques innovantes de désherbage (voir encadré), l'alternance de labour et de non-labour, l’association de cultures (colza+lentilles), le choix des dates de semis, ...Philippe devance l'appel et réalise la mise aux normes parmi les premiers avec l'arrivée de son associé, Jérôme, en 1995. En 2007, il investit dans une salle de traite rotative. En 2010, il remplace l'atelier de 120 VA par une unité de méthanisation et crée un emploi en maintenance/mécanique. En cinq ans, l'exploitation réduit son troupeau de race prim'holstein de 90 à 75 VL et augmente son quota de 100 000 litres pour atteindre 740 000 litres et un niveau d'étable proche de 10 000 litres de lait par vache pour un coût alimentaire de 115€/1000 litres (dont 66 euros de concentrés) et un prix de vente moyen à la laiterie Bongrain de 309 €/1000 l.En terme de résultats économiques, l'EBE a atteint 40 % jusqu'en 2007, a reculé à 27% en 2009 en raison du contexte de baisse du prix du lait simultané à l'augmentation du prix des matières premières, et a connu une remontée à 33% en 2010.

La méthanisation, piste d'avenirpour les territoires ruraux

L'opération portes ouvertes au GAEC de Grivée ne pouvait être plus en phase avec l'actualité réglementaire, l'arrêté de revalorisation de tarif de rachat d'électricité tant attendu par les porteurs de projet étant paru au Journal Officiel le samedi précédant (voir détails de l'arrêté page 22). Il devrait permettre la création d'une centaine de projets par an avec une revalorisation de 20 % des tarifs de rachat pour les petites et les moyennes installations. La possibilité d'injecter directement du biogaz dans les réseaux de gaz naturel fera également l'objet d'un prochain arrêté.Le projet de méthanisation, qui a nécessité la création de la société Eurék'alias, est né en 2006. Il a mis quatre ans à aboutir avec un tarif de rachat contractualisé à 14 cts/kwh, prime d'efficacité énergétique comprise. Pour viabiliser le projet, il a fallu aller toquer aux portes des financeurs et défendre le projet. Le Crédit Mutuel a suivi. C'était sans compter les complications administratives liées aux installations classées et à l'implantation géographique de l'unité, à cheval sur deux régions.Laurent Paquin, en charge du dossier méthanisation à la FNSEA, estime que la valorisation de l'ensemble des déchets agricoles permettrait à l'agriculture d'être autonome en énergie et en engrais. C'est dire l'importance de cette filière naissante et la nécessité de ne pas la laisser échapper des mains des agriculteurs. Au plan départemental, un groupe de travail dirigé par Raphaël Péchiodat et Thierry Lahaye devrait faire avancer la réflexion. Il semble inéluctable de travailler avec les collectivités afin d'ancrer des projets viables dans les territoires ruraux. On peut imaginer que plusieurs agriculteurs approvisionnent l'unité d'un village qui y contribuerait également avec ses eaux usées, les déchets alimentaires des cantines scolaires et les déchets verts. Un réseau alimenté par la chaleur produite viendrait chauffer les bâtiments publics et/ou les lotissements. De nombreuses connexions sont à envisager.

Réconcilier production et reproduction

L'évolution de la génétique en race prim'holstein s'est concentrée sur la  productivité laitière au détriment de l'aspect reproduction, deux critères antagonistes. Les nutritionnistes ont cherché à corriger ce constat. Avec une moyenne de 10 000 litres de lait par VL, le GAEC de Grivée était confronté à une baisse de ses performances de reproduction. Les dernières se sont nettement améliorées en 2011, grâce à plusieurs leviers et le GAEC reprend une position de leader par rapport à ses pairs. L'exploitation atteint ainsi 14,5 litres de lait par jour de vie (VL présentes), contre une moyenne de groupe1 de 10 litres/jour, des génisses âgées de 28 mois au premier vêlage contre 33 pour le groupe, et un taux de réussite en IA première de 44 %.Les agriculteurs ont investi dans une mélangeuse afin de préparer une ration fibreuse intégrant de la luzerne afin de limiter le facteur acidose et investissent dans des compléments alimentaires innovants tels que le bêta-carotène (pro-vitamine A). Sa présence dans le sang dès le tarissement influence la qualité et le développement des follicules et du corps jaune. On trouve cette vitamine à l'état naturel dans les plantes vertes fraîches. Sa teneur diminue avec l'âge des plantes. La société Aubry de Poinson les Fayl commercialise ce complément alimentaire qui a été intégré à la ration du troupeau du GAEC de Grivée.Autre «dopant» des facteurs de reproduction, le tourteau de lin qui assure le même effet qu'une herbe de printemps tout au long de l'hiver, aussi bien en terme de teneur en oméga3 dans le lait produit que sur la santé et les performances de reproduction du troupeau. Il faut être vigilant sur le rapport avec l'oméga6. Pour une régulation optimum du taux d'oestrogène, le rapport doit être d'un quart. La société Valorex commercialise ce complément alimentaire sous forme de bouchons au GAEC de Grivée.



(1) 151 élevages en système comparable : maïs/pâturage+ fourrage et race prim'holstein, source Contrôle Laitier

«Fier d'être haut-marnais»


L'honneur de couper le ruban est allé à Jean-Louis Courtoux, Président de la Chambre d'Agriculture. Le Ministre de l'Education Nationale, Luc Chatel, en dépit d'une actualité chargée, a pu se rendre à l'inauguration. Il a salué la démarche entreprenariale des agriculteurs qui, malgré un taux de subvention de 40%, ont investi un million d'euros dans le projet de méthanisation. Il a également exprimé son soutien à la profession agricole qui traverse crises et calamités depuis quelques années et qui malgré tout investit et innove dans des projets porteurs d'avenir. Il s'est déclaré fier d'être haut-marnais.Philippe Collin a pris la parole au nom d'Eurék'alias pour remercier sa famille qui l'a suivi dans son projet, les financeurs (Europe et Région) Christelle Guerin qui a œuvré au sein de la mission bio-énergies pour faire cheminer le projet durant quatre ans.Le maire de Colombey-les-Choiseul, Monsieur Perny a profité de la présence du Ministre dans sa commune pour interpeller le représentant local du Conseil Général, Jean Schwab sur la réfection de la route qui mène au GAEC de Grivée. Le passage de camions ainsi que la création d'un emploi justifieraient pleinement un effort de la part du département. Une requête qui semble avoir été entendue et sera portée en haut lieu.

CIRCUIT COURT pour variétés améliorantes


L'agriculture biologique est source d'inspiration pour les exploitants qui réalisent de la prestation de service chez leurs confrères. Suite aux années 2000, avec des prix à 100 €/tonne de blé, Philippe fait un essai sur 10 ha avec du moldo en 2003. Il fait un rendement de 60 quintaux/ha malgré la sécheresse et constate que les variétés rustiques sont plus résistantes aux aléas climatiques.Les associés recherchent alors des débouchés locaux afin de convertir l'ensemble de la sole dédiée aux céréales en variétés améliorantes comme le saturnus (riches en protéines mais limitées en potentiel) et en variétés préconisées en agriculture raisonnée. C'est ainsi qu'ils contractualisent depuis deux ans l'ensemble de la production de céréales avec le Moulin d'Heucheloup, situé à une vingtaine de km de l'exploitation, à côté de Vittel. Un meunier qui travaille sur un marché de niche uniquement en local avec une dizaine d'agriculteurs et des clients boulangers répartis dans les départements voisins des Vosges. Mais la concurrence est rude car les grands moulins s'intéressent de près à ce marché de niche en expansion que constitue le bio.


Des amendements raisonnés


Lors de la journée professionnelle, Eric Aubry de la FDCuma a organisé des démonstrations de matériel innovant en matière d'agriculture de précision, en partenariat avec Frédéric Berhaut, ingénieur-conseil à la Chambre d'Agriculture en charge du dossier Ecophyto 2018.


LE DIGESTAT, OR NOIR DE L’AGRICULTURE

La méthanisation permet de valoriser des déchets organiques en biogaz et en produits épandables en agriculture. Certains responsables y voient d'ailleurs une opportunité pour l'agriculture de devenir autonome en énergie et en amendement. Dans le cas du GAEC de Grivée, la consommation en sulfate et en ammonitrate est divisée par deux depuis la mise en fonctionnement de l'unité de biogaz.Au cours du processus de méthanisation, 2/3 de la matière biodégradable est transformé en biogaz. Le tiers restant constitue le digestat, composé de matière organique, d'éléments fertilisants et d'eau. L'éluat, partie liquide du digestat obtenu après séparation de phase (5% de MS), s'épand au moyen d'une tonne à lisier. Les éléments fertilisants N, P, K ne changent pas mais une partie de l'azote organique se retrouve sous forme ammoniacale, facilement assimilable par les plantes. Afin d'éviter une déperdition de l'azote ammoniacal dans l'air, il est conseillé d'utiliser une tonne à lisier munie de pendillards, comme lors de la démonstration.



LE DESHERBINAGE AU PEIGNE FIN

Le désherbinage est une technique qui combine un désherbage mécanique entre les rangs de maïs et un désherbage ciblé sur le rang. Le matériel est équipé d'une caméra qui détecte la couleur du rang afin d'autoguider le tracteur, ce qui permet au conducteur d'enchaîner plusieurs heures de travail. Cette technique peut être combinée au désherbage mécanique réalisé avec un guidage par GPS.Les essais réalisés au GAEC de Grivée ont permis de comparer les coûts d'intervention à l'ha, l'IFT et le résultat de plusieurs techniques de désherbage sur maïs aux stades 5 feuilles et huit feuilles: désherbage chimique intégral, désherbinage et binage. Il en ressort que le meilleur compromis serait un désherbinage autour du 20 mai (5 feuilles) suivi d'un binage au 10 juin (8 feuilles). Le coût à l'ha est de 12 euros pour une IFT de 0,3 (contre 95 €/ha et 1,3 IFT avec deux passages chimiques habituels).

Chiffres clé d’Eurék’alias :

Puissance installée : 250 kWé
Investissement : 1,8 M€ dont 40% de subventions (FEDER, Région) amortissable sur 5 ans
Production électrique injectée sur le réseau : 1836 Mwh/ an, soit l'équivalent de la consommation électrique de 500 ménages
Matières entrantes : 6500 tonnes/an (dont lisiers, déchets verts et agro-alimentaires)
Production de biogaz : 827 185 m3 soit l'équivalent de 4700 tonnes de CO2 non rejeté
Production d'éluat (fraction liquide du digestat) : 2610 tonnes à 2,7% de MS
Production de granulés pour combustion ou épandage (fraction solide du digestat) :355 tonnes
Sulfate d'ammonium : 4 tonnes

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