L'Avenir Agricole et Rural 01 juillet 2010 à 14h51 | Par E. DAUPHIN

OVINS - «Produisez mais étalez...»

L'assemblée générale a eu lieu à Foulain. La coopérative affiche de bons résultats, dans un contexte plus porteur qu'auparavant, même si la filière est confrontée à d'importants défis : la contractualisation valorisant le désaisonnement de la production.

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La COBEVIM a étendu sa circonscription dans les départements des Ardennes, de l'Yonne, de la Moselle, de la Haute-Saône et de la Meuse, avec l'aval du Haut Conseil de la Coopération Agricole soit au total douze départements dans lesquels opère à présent la coopérative.

Son chiffre d’affaires est en hausse de 0,62% malgré une baisse de 2% des animaux commercialisés, ce, grâce à des cours favorables. 92900 animaux ont été commercialisés en 2009 contre 94 812 en 2008, au prix moyen de 5,16 euros en 2009 contre 4,99 euros en 2008 et 4,81 euros en 2007.

Le poids moyen des agneaux de boucherie s’est établi en 2009 à 18,30 kg. Le prix payé au kg de carcasse varie entre 5,31 euros pour l'agneau certifié Filière Qualité Carrefour et Agneau de Nos Régions (soit une prime de 0,15 euro par rapport au prix moyen), à 5,02 euros par kg de carcasse pour les non-adhérents à la coopérative.

La structure dégage un excédent de 106 000 euros, malgré une activité d’ approvisionnement en régression de 9 %, particulièrement marquée par une baisse de 324 167 euros du chiffre d’affaires généré par l'alimentation du bétail. Les charges progressent de 5 %. Cette augmentation est, entre autre, due aux charges opérationnelles (fioul, traçabilité des animaux) et de structure (rénovation du bâtiment de la COBEVIM).

Le chiffre d’affaires en matériel d'élevage progresse de 14 % pour atteindre 595 469 euros, signe de la modernisation des élevages, ainsi que le nombre d'animaux reproducteurs dans les troupeaux. Le nombre d’agnelles d'élevage passe de 290 en 2008 à 501 en 2009, témoignant du renouvellement des troupes. Celui des béliers reproducteurs passe de 287 à 323. Gilles Mazoyé, directeur de l'établissement, regrette néanmoins que la demande s'oriente de plus en plus vers les races prolifiques, aux dépens de la qualité.

Le tonnage de la laine, quant à lui, augmente de 10 tonnes pour atteindre 458 tonnes, malgré une baisse du prix de 0,05 euro par rapport à 2008, soit 49 cts/kg.

Cinq adhérents ont rejoint l'organisation de producteurs (O.P.), ce qui porte leur nombre à 151 en 2009, avec 67289 brebis détenues. Les moutonniers se spécialisent avec en moyenne de 445 femelles reproductrices par troupe. En adhérant à l'O.P., les producteurs bénéficient de services techniques, sanitaires, accèdent aux démarches qualité et aux aides nationales et régionales dans leurs projets bâtiment. Un montant total de 60649 euros a ainsi été accordé par France Agrimer, le Conseil Régional et l'Etat.

En terme de résultats techniques, les taux de mise bas et de prolificité augmentent en Lorraine comme en Champagne Ardenne. Les taux de mortalité restent néanmoins inquiétants dans les deux régions, compris entre 16 et 18 %.

Du gigot au réveillon ?

Daniel Causse, directeur de la SODEM, un partenaire commercial important de COBEVIM, est venu parler de la contractualisation dans le secteur ovin et de la difficulté pour l'interprofession à trouver un accord équitable au sein de la filière, entre producteurs, abatteurs et distributeurs. La notion de contractualisation dont on entend beaucoup parler dans le cadre de la loi de modernisation agricole, a vu le jour au sein du secteur ovin afin de prévoir les sorties d'agneaux et d'éviter les variations de prix allant jusqu'à un euro en l'espace de quelques semaines. Derrière la notion de contractualisation se cache celle de désaisonnement de la production, afin de répondre à une demande non satisfaite entre le 15 octobre et le 15 janvier.

La contractualisation

Au sein de la COBEVIM, 82 % des éleveurs se sont engagés à remplir une déclaration prévisionnelle  de sortie d'agneaux, ce qui leur a permis de percevoir trois euros complémentaires en fin d'année. Un système contraignant qui réclame de l'éleveur d'évaluer dès le mois de janvier, alors que les brebis sont à peine pleines, la quantité d'agneaux qu'il sortira en décembre. L'objectif est d'effectuer des opérations de dégagement en période de forte production. De telles opérations se prévoient six mois à l'avance entre l'abatteur et le distributeur, rapporte Daniel Causse qui vient d'en effectuer une en partenariat avec un autre abatteur, la société SOVILEG pour une grande enseigne de la distribution. «On s'engage sur des prix et des quantités à l'aveuglette, d'où la nécessité de contractualiser d'abord entre nous» explique-t-il.

La difficulté du désaisonnement

Désaisonner la production d'agneau est contraignant et nécessite de revoir complètement sa conduite d'élevage, explique un producteur. D'abord, sur le plan économique, cela nécessite de nourrir la brebis durant quatre mois d'hiver alors qu'au printemps, elle est au pré. C'est également trois heures de travail par jour pour l'alimentation et la surveillance. Ensuite, produire de l'agneau en fin d'année implique un agnelage en août, période de gros travaux dans les autres ateliers de l'exploitation et de départ en vacances pour les plus ambitieux. Il faut donc embaucher quelqu'un durant la période d'agnelages. Enfin, la fertilité commence à décliner à partir du mois d'août ce qui ne va pas dans le sens d'une meilleure productivité. L’éleveur évalue à 6,5 euros le prix au kg de carcasse qui devrait être payé au producteur, compte tenu de ces contraintes.

Négociations au sein de l'interprofession

«Autour de la table, l'entente est difficile, mais ne tapons pas trop sur la grande distribution qui a fait un premier pas en s'engageant pour trois ans sur des volumes», explique Daniel Causse. Serge Préveraud, le président de la FNO, souhaite, néanmoins aller plus loin dans la négociation afin de garantir des prix minimums aux producteurs à certaines périodes de l'année. Les distributeurs, quant à eux, sont réfractaires à une telle politique tarifaire, arguant la création d'un marché artificiel, déconnecté du marché international. L'intervenant reste néanmoins confiant sur un assouplissement possible de la part de la grande distribution qui a tout intérêt à conserver de l'agneau français dans ses rayons.

A qui la plus-value ?

Comme l'explique Rodolphe Lepoureau, responsable chez SOVILEG, présent dans la salle, en raison de la réticence de la grande distribution à s'engager sur des prix, c'est souvent les abattoirs qui font le premier pas en prenant une part des plus-values à leur charge.

Gilles Mazoyé modère les éleveurs qui préféreraient des prix fermes aux prix de base assortis d'une plus-value flexible allant de 20 à 50 centimes. «A la COBEVIM, témoigne-t-il, on a mutualisé les deux filières de qualité FQC et ANR pour arriver à reverser 15 centimes aux éleveurs alors qu'on en touche que 12, en rognant sur les marges des aliments et autres activités annexes. Tous les collecteurs ne peuvent pas en faire autant».

La filière ovine est donc confrontée à une double problématique : produire plus et hors saison.

Ce qui la caractérise également, c'est la montée en puissance des labels de qualité édictés par les enseignes de la grande distribution qui crée une scission au sein de la profession. Les cahiers des charges s'orientent en effet vers de l'agneau léger à 22 kg, quand bien même ce sont les derniers kilos qui sont les plus rentables au niveau de l'engraissement. Enfin, l'embellie du bilan de santé de la PAC a redonné espoir aux producteurs et a rénové leur image au sein de la profession. Produire plus et mieux pour gagner plus, c’est désormais possible avec le mouton français dont Cobevim reste bien le spécialiste incontesté.

Renouvellement du conseil d’administration :

 

Philippe Gellenoncourt

Sylvain Maugras

Philippe Lombard

Dominique Soichet

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