L'Avenir Agricole et Rural 29 octobre 2008 à 18h44 | Par F.Thevenin

OVINS - «Nous avons besoin de 160 millions d’euros dès 2009»

La FNO organise une mobilisation nationale à Paris, le 13 novembre, pour sensibiliser élus et grand public sur la crise dramatique du secteur ovin. Les éleveurs réclament dès 2009 un soutien d’urgence de 160 millions d’euros, avant le rééquilibrage des aides PAC en faveur de l’élevage, attendu en 2010.

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Serge Préveraud, Président de la Fédération nationale ovine (FNO) attend des mesures à moyen et court terme.
Serge Préveraud, Président de la Fédération nationale ovine (FNO) attend des mesures à moyen et court terme. - © REUSSIR

- Vous avez rencontré les services de Michel Barnier le 21 octobre. Avez-vous eu des engagements précis pour un soutien d’urgence à la filière ?

Serge Préveraud : Nous avons fait un tour d’horizon des aides d’urgence pour l’année 2008, qui sont dans les tuyaux et qui seront versées courant novembre. Trois tranches sont retenues selon la situation économique des élevages : 1 600 euros (ou 2 000 euros si l’élevage est sous signe de qualité) par exploitation, 1 200 et 800 euros.
Pour 2009, un recensement des DPU dormants est actuellement en cours afin de les redistribuer à l’élevage ovin, mais le ministère ne nous a pas encore donné de montant global. L’annonce en sera faite lors de la Conférence sur le revenu agricole du 12 novembre.
Nous avons aussi évoqué le nouveau plan de soutien aux élevages (bovins et ovins, ndlr) touchés par la fièvre catarrhale ovine (FCO) de 30 millions d’euros. Pour le secteur ovin, nous sommes en train de réfléchir à la manière de répartir les fonds, notamment vers la repousse et l’engraissement.

- Quelle est la situation économique du secteur ovin aujourd’hui ?

SP : Nous avons un problème de revenu sur lequel nous attirons l’attention depuis deux ans et demi. Mais la crise sanitaire liée à la FCO et la hausse des coûts de production (+ 28 % pour l’aliment) se sont aussi greffées à une production déjà malade, qui n’a pas assez de compensations au travers de la PAC, un problème structurel. La situation est donc absolument dramatique. De plus, nous avons un problème de gestion de l’offre, la production française couvre seulement 40 % de la consommation de viande ovine de nos concitoyens. Enfin, le prix moyen de l’agneau français est le plus cher du monde mais on a peut-être aussi les charges les plus élevées du monde, donc cela s’annule.

- Vous organisez une mobilisation nationale le 13 novembre à Paris. Dans quel but ?


SP : Nous organisons un rassemblement à Paris, place Joffre, le 13 novembre, avec une transhumance de brebis dans la capitale, autour de la Tour Eiffel. A cette occasion, nous remettrons au ministère de l’Agriculture plusieurs pétitions signées par de nombreux citoyens en faveur de l’élevage ovin. Cette action suit des transhumances organisées en régions à Clermont-Ferrand, Toulouse, Limoges, Poitiers et Marseille, où 3 000 brebis sont attendues sur La Canebière le 9 novembre. Notre but est de faire comprendre aux hommes politiques, à tous les élus et au grand public que l’élevage ovin doit être entendu dans le cadre du bilan de santé de la PAC. Dans les négociations européennes précédentes, il a été oublié, donc aujourd’hui, nous n’avons pas l’impression de faire la manche !
Les élus ont une tâche très lourde. Et le grand public doit comprendre que si nos montagnes et nos vallées sont belles, c’est parce que nos éleveurs et nos brebis les entretiennent. L’élevage ovin est présent dans toutes les régions de France, et nous sommes loin d’être en surproduction.
Nous menons trois types d’actions pour changer la donne. Une action compensation pour 2009 et dans le cadre du bilan de santé ; une action sur les prix : nous allons réunir la distribution en fin d’année ou début 2009 pour décider d’initiatives afin de booster la consommation ; enfin, une action sur l’aspect technique, pour que l’élevage ovin soit plus performant demain. Le ministère nous a entendu pour qu’un projet de formation, de recherche et développement, et d’appui technique soit permis par des fonds Casdar (Compte d’affectation spécial pour le développement agricole et rural, ndlr). Il s’agit notamment de conserver des techniciens et d’avoir des outils d’analyse et de prospective nouveaux.

- Que demandez-vous dans le cadre du bilan de santé de la PAC, donc pour 2010 ?

SP : Nous soutenons le ministre de l’Agriculture pour l’article 68 du règlement de la PAC afin de rééquilibrer les soutiens directs en faveur de l’élevage, et pour l’article 46 afin de mettre la gestion de l’herbe dans le premier pilier, via une aide à l’hectare. Pour 2010, nous réclamons pour l’élevage ovin un rééquilibrage des aides d’un montant de 160 millions d’euros non négociables.
Comment arrive-t-on à ce montant ? Nous sommes partis de la PMTVA (Prime au maintien du troupeau de vaches allaitantes, ndlr) versée aux éleveurs bovins qui est de 250 euros par UGB. Pour arriver à un niveau d’aides équivalent pour l’élevage ovin, il nous faut une prime à la brebis de 37,50 euros. Elle est aujourd’hui de 10,50 euros. Nous demandons donc d’augmenter cette prime de 27 euros. Et en multipliant ce montant au nombre de brebis éligibles, nous arrivons à 160 millions d’euros.
Ces aides appartiennent aux Etats membres pas à une production. Des outils vont être adoptés lors du Conseil européen de l’Agriculture les 17, 18 et 19 novembre prochains. Ensuite, aux Etats-membres de les mettre en musique chez eux. Je ne critique aucune production, et l’élevage ovin est conscient que toute production agricole a ses problèmes. Mais pour nous, c’est un problème ancien et on ne comprendrait pas si rien n’était fait. Les animaux consomment 50 à 55 % des céréales produites en France. Que tous les responsables professionnels fassent preuve de sang froid et de responsabilité afin d’avoir une politique dans laquelle tout le monde se retrouve.

- Quelles mesures d’urgence réclamez-vous pour 2009 ?

SP : Pour 2009, vu la situation économique du secteur, il nous faut déjà le montant du rééquilibrage des aides qui doit être inscrit dans le bilan de santé, c'est-à-dire 160 millions d’euros. Nous savons que les DPU dormants ne pourront répondre qu’à une infime partie de ce montant. Nous comprenons bien aussi les problèmes financiers qui font l’actualité. Mais pour nous aussi éleveurs, c’est difficile ! Nous travaillons donc en relation avec la FNSEA sur une solidarité agricole entre les productions végétales et animales, afin de trouver une solution en 2009. C’est aussi du ressort des céréaliers. Le dossier est en construction, à nous, tous ensemble, de voir quelle sécurité juridique trouver pour ce dispositif.

DERNIERE MINUTE

 

La FDO 52 organisera
un déplacement en bus

Le conseil d’administration de la FDO 52 réuni le 27 octobre, a décidé d’organiser le déplacement par bus au départ de Chaumont.
Une cinquantaine d’éleveurs au minimum sont attendus pour participer à cette manifestation qui constitue en quelque sorte le point d’orgue de l’action syndicale de la  FNO engagée depuis plusieurs mois.
Même si l’accord politique semble acquis, il convient de maintenir une forte pression pour que les montants des soutiens soient au niveau des besoins exprimés pour pérenniser la production française.


INSCRIPTION
AUPRES DE LA FDO 52
Tél. 03 25 31 13 64

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