L'Avenir Agricole et Rural 25 avril 2014 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

NUUISIBLES - Régulation des corvidés : C'EST LE MOMENT

Les corvidés provoquent chaque année de gros dégâts aux semis, la régulation la plus efficace passe par les tirs des jeunes à la sortie du nid.

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La Fédération des Chasseurs et l’Association des piégeurs travaillent de concert pour réguler les nuisibles. Arnaud MARASI, technicien à la FDC et Jean-Paul RUCHE, Secrétaire général de l’association des piégeurs expliquent les méthodes et les procédures à respecter en matière de destruction de corbeaux freux et de corneilles noires.


Corbeau ou corneille ?

Ils sont de taille à peu près équivalente et cohabitent souvent dans les mêmes espaces. Le corbeau freux est toutefois plus grégaire. les grosses concentrations de nids se retrouvent de préférence autour des villes, là où les corvidés sont semblent-ils moins dérangés par d’autres prédateurs tels que buses, milans royaux. La corneille noire a un bec plus fin et légèrement crochu sur l’avant. Elle déplore quelquefois en sautillant. Le corbeau freux est équipé d’un bec qui ressemble à une grosse bêche pointue et son plumage est souvent ébouriffé. Il se déplace en marchant.

Lorsqu’il s’agira de mettre en place des piégeages il faudra bien faire la différence entre les deux espèces.

J Paul RUCHE, constate 150 nids de corvidés supplémentaires autour de Chaumont.
J Paul RUCHE, constate 150 nids de corvidés supplémentaires autour de Chaumont. - © JL Blondel

800 corbeaux abattus sur Chaumont

Jean-Paul RUCHE est passionné de régulation de corvidés. Il est notamment missionné par la ville de Chaumont, pour détruire les corbeaux qui nichent dans les quartiers périphériques de la commune. En 2013, avec une équipe de 22 tireurs, il a ainsi abattu 800 oiseaux à la sortie du nid. Ce stade va intervenir dans les prochains jours puisque les volatiles construisent leur nid début mars. ils le font généralement en moins d’une semaine et la couvée apparaît une quinzaine de jours après soit vers le 1er avril.

Au bout de 4 semaines les jeunes corbeaux prennent leur premier envol en restant sur les branches à proximité du nid. C’est à ce moment qu’ils sont les plus vulnérables. La fenêtre est très limitée : une quinzaine de jours environ qui vont commencer dès la semaine prochaine. L’an dernier, pour des raisons d’organisation, 85 corbeaux seulement ont été détruits sur Chaumont contre 800 jeunes en année normale. Résultat : 150 nids supplémentaires ont été dénombrés cette année, soit 300 adultes et potentiellement 750 jeunes corbeaux car une couvée en comprend en moyenne 5. Ces chiffres donnent une idée du développement exponentiel de cette population. Ils attestent aussi de la grande efficacité du prélèvement au sein même de la zone de nidification, mais attention : le tir dans les nids est interdit ! Quant aux adultes, il est pratiquement impossible de les prélever par tir, 2 ou 3 % seulement peuvent être abattus car l’animal est très malin et envoie très certainement des signaux d’alerte à la communauté dès la présence d’un tireur.

Jean-Paul RUCHE, se tient à la disposition des collectivités pour faire ce travail de régulation qui est indispensable. Lui-même n’est pas chasseur, sa passion est de veiller à l’équilibre de la biodiversité.

Les corbeautières doivent être surveillées par des piégeurs agréés
Les corbeautières doivent être surveillées par des piégeurs agréés - © JL B

Des démarches

à faire dès maintenant

Avant même de voir les animaux dans les champs, le propriétaire, ou l’exploitant, peut faire une délégation du droit de destruction et une déclaration en mairie. Ensuite, il demandera à la DDT de prendre un arrêté individuel sur des parcelles précises pour des tirs à l’approche sur les semis sensibles. Les autorisations sont données jusqu’au 10 juillet. L’idéal serait aussi d’intervenir dans les zones de nidification qui peuvent être assez éloignées. Lorsque celles-ci sont repérées, il faut agir dès maintenant car il sera trop tard dans une quinzaine de jours.

La seule solution sera ensuite de chercher à prélever les adultes lorsqu’ils s’alimentent dans les champs. Deux techniques sont alors possibles : le piégeage ou le tir avec des formes et camouflage.

Le piégeage doit être surveillé par un piégeur agrée. Ils sont 1 017 en Haute-Marne mais moins de 150 sont réellement actifs. L’Association des piégeurs haut-marnais ne compte d’ailleurs que 120 adhérents. Jean-Paul RUCHE a confectionné des pièges qui ressemblent à des volières dans lesquels il a placé des appelants, c’est-à-dire des corneilles ou des corbeaux freux vivants. Il dispose actuellement de trois équipements dont le plus important a été mis en place sur une parcelle de tournesol à Laville aux Bois. Le dispositif est constitué de compartiments accessibles par le haut. Une fois qu’ils ont pénétré dans la corbeautière les volatiles ne peuvent plus en sortir. Cet équipement est plus ou moins efficace, il est arrivé de récolter en une seule fois 85 jeunes corbeaux et sur le site visité 4 corneilles avait été ainsi piégées. Ces volières peuvent être fabriquées par les agriculteurs mais elles ne peuvent être mises en service que par un piégeur agrée. La Fédération des Chasseurs en forme une vingtaine par an et l’agrément est donné à vie.

La troisième technique de régulation consiste à se mettre en affût derrière un camouflage et d’attendre la visite des corbeaux ou corneilles en les attirant avec une forme. Il faut beaucoup de patience et le résultat quantitatif n’est pas évident. Cela semble toutefois assez efficace pour l’effarouchement, comme le sont aussi les cadavres pendus.



Classement nuisible renouvelé l’année prochaine

Les corbeaux freux et corneilles feront partie de la liste des nuisibles qui est révisable tous les 3 ans. La prochaine sera prise en 2015 et l’administration demandera certainement des bilans statistiques sur les prélèvements et dégâts. La Fédération des Chasseurs mettra en place avec la FDSEA une enquête pour préparer ce dossier dans lequel il sera probablement à nouveau question du blaireau qui n’a jamais été classé.

Jean-Paul RUCHE tout en étant passionné par sa mission, n’en appelle pas moins au soutien du monde agricole en particulier pour la fourniture d’aliments nécessaires à l’entretien des appelants. Il déplore aussi les actes de malveillance sur ses volières. Les agriculteurs et les citoyens victimes de nuisibles peuvent être reconnaissants du bénévolat de ces régulateurs de biodiversité que sont les piégeurs trop souvent mais au pilori par des associations de défense de l’environnement sectaire et éloignées de la réalité de la vie rurale.

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