L'Avenir Agricole et Rural 06 août 2009 à 14h46 | Par jl blondel

MOISSON 2009 - RECOLTE RECORD

Les conditions météorologiques favorables, du printemps jusqu’à la moisson, ont permis d’établir des records de rendement avec une régularité exceptionnelle sur tout le département. Revers de la médaille : l’abondance générale alourdit un marché déjà pesant.

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Pour une fois la Haute-Marne a bénéficié d’une bonne pluviométrie, mis à part un petit coup de chaud en mai qui avait marqué quelques parcelles de terres superficielles. Et pourtant la sortie d’hiver était inquiétante, surtout pour les colzas qui étaient peu développés.

Bon, du Nord au Sud
Michel Ménétrier, directeur adjoint de la SEPAC confirme que la récolte est bonne, en quantité comme en qualité, de St Dizier à Prauthoy. Joël Zehr, responsable de secteur d’EMC2, fait le même constat.
Les blés haut-marnais, malgré une météo un peu capricieuse, ont été moissonnés au bon stade, ce qui ne semble pas être le cas des autres départements un peu plus précoces que le nôtre. Les poids spécifiques sont bons (entre 75 et 80) avec toutefois un petit décrochement sur Isômes en raison justement d’une maturité plus avancée pendant la semaine de pluie de mi-juillet.
En revanche, pour M. Ménétrier, le taux de protéine décroche d’un demi-point, il est souvent de 10,5 alors que la norme commerciale est de 11. J. Zehr est plus satisfait sur ce critère. La coopérative qui dispose de données de livraison en temps réel, affiche un taux moyen de 11,3 ; ce qui est probablement dû à une stratégie de choix variétaux délibérément orientée sur les variétés contractualisables.
Le taux d’Hagberg est satisfaisant, ce qui est assez logique avec les bons PS constatés.
Concernant le rendement, c’est une « année à marquer » cite Michel Ménétrier qui pressent un record historique. La SEPAC a déjà collecté 30 % de plus qu’en 2008 à la même époque. Certes, les agriculteurs ont tendance à moins stocker, mais les tas de grains sont révélateurs des tonnages provisoirement cités. En blé, ils sont compris entre 6 et 8,5 T/ha ; en colza entre 3 et 4,5 T/ha et en orge de printemps entre 6 et 8 T/ha. J. Zehr est tout aussi impressionné par les volumes. La coopérative a d’ailleurs dû revoir sa logistique de moisson pour gérer au mieux la réception des grains. Tous les orges sont à l’abri, seuls les blés sont à l’extérieur mais ils seront dans les silos à la fin de cette semaine. EMC2 a aussi invité les agriculteurs à stocker provisoirement chez eux jusqu’en début septembre moyennant une prime de 3?/ t blé.

L’agronomie avant tout.
Dans ce contexte un peu euphorique où l’on entend des records parcellaires assez incroyables, il y a aussi les incidents de cultures. J. Zehr estime que ceux qui « ont levé le pied » sur le suivi font quand même un rendement assez correct, mais passent à côté d’une très bonne récolte. Michel Ménétrier cite les désherbages mal maîtrisés (-10 à – 20 qx), les attaques de méligèthes (- 10 à – 15 qx), les mauvaises fumures mais aussi le blé sur blé (- 20 qx)
La flambée du prix des engrais en 2008 a amené certains agriculteurs à réduire sensiblement leur fumure. « Nous avons des sols assez riches en potasse mais il faut faire attention au phosphore » relève Michel Ménétrier qui est aussi très réservé sur certains engrais organiques trop coûteux et quelquefois à valeur fertilisante incertaine.
Il estime ainsi que les fientes de volailles sont actuellement trop chères (elles ne devraient pas dépasser 30 ?/tonne). De même la SEPAC a refusé de commercialiser le compost de l’unité de compostage de Chaumont dont le prix de départ est passé de 2 à 8 ?/t.
Pour la campagne à venir, la donne est plus favorable pour les agriculteurs avec l’azote à 150 ?/t, « ce qui n’a jamais été vu depuis 10 ans » constate M. Ménétrier alors que la potasse reste encore trop chère (480 ?/T, soit 150 ? de plus que la moyenne basse antérieure). L’ouverture d’une unité de fabrication d’azote en Egypte laisse à penser que nous éviterons la flambée largement provoquée et entretenue l’an passé par les fabricants et qui a plombé la trésorerie des agriculteurs.
Compte tenu de la stabilisation du marché de l’azote, la SEPAC n’a pas reconduit cette année le prix « mutualisé » qu’elle avait mis en place l’an dernier par souci d’équité entre ses clients. Actuellement les approvisionnements se traitent au prix de marché mais le négoce est confronté à une nouvelle difficulté engendrée par la LME (loi Chatel) qui oblige un règlement dans un délai de 60 jours ou 45 jours fin de mois. Un accord interprofessionnel d’application progressive de texte jusqu’en 2 012 permet certes un délai de 180 jours en 2010 mais cela ne règle pas le problème de certains agriculteurs qui avaient l’habitude de payer à la récolte à venir. Au-delà du délai légal, les intérêts sont en effet multipliés par 3.

Prix en baisse
La SEPAC continue de proposer à ses clients plusieurs modalités de commercialisation mais force est de constater, comme dans tous les Organismes Stockeurs, que les agriculteurs reviennent à des choix plus « prudents ». Le prix moyen (ou le prix acompte) retrouve toute sa place, ce d’autant plus que les marchés sont en berne (cf. encadré analyse économique EMC2). Michel Ménétrier précise d’ailleurs que son OS ne pourra maintenir, comme les années précédentes, le prix acompte au-delà du 31 août. Actuellement la SEPAC propose les prix suivants :
Esterel 100 ?, Orge d’hiver brasserie 90 ?, orge de mouture 78 ?, blé 100 ?, colza 240 ?, pois 120 ?.
L’abondance en quantité (rendements et calibrage exceptionnels) des orges de brasserie laisse à penser que la campagne est « finie » selon Michel Ménétrier qui cultive toutefois quelques espoirs sur le blé et le colza davantage dépendants du marché mondial des céréales et des huiles.
Comme les autres années, le colza « diester » sera payé au même niveau que l’alimentaire mais un dispositif est en cours d’élaboration au niveau de diester industrie et de la FOP pour permettre une surprime en 2 011 ; une façon de retrouver l’ACE qui aura disparu.
EMC2 n’a pas encore fixé son prix acompte, elle verse pour le moment une avance de trésorerie.

Que semer pour 2010 ?
Sans entrer dans le détail des choix, Michel Ménétrier recommande d’être attentif à la bonne adéquation entre la variété et le potentiel des terres, voire le risque de fusariose pour le blé. Compte tenu du moindre différentiel de prix en faveur de la brasserie il estime que certaines variétés d’orges fourragères à fort potentiel de rendement méritent d’être mises en culture sachant que les contraintes de commercialisation sont aussi moins fortes.
Cette belle moisson peut rasséréner un peu les agriculteurs haut-marnais qui démontrent, une fois de plus, leur haut niveau de technicité, laquelle trouve sa pleine expression lorsque les conditions météorologiques sont au rendez-vous. Il faut maintenant préparer les semis 2010, forts des enseignements de la récolte passée mais aussi des marchés et de la nouvelle règlementation liée au bilan de santé de la PAC dont les derniers arbitrages viennent d’être rendus par le Ministre.

L’orge de printemps a crevé le plafond de 80 quintaux dans certaines parcelles et le colza dépasse enfin les bonnes performances des premières années.
L’orge de printemps a crevé le plafond de 80 quintaux dans certaines parcelles et le colza dépasse enfin les bonnes performances des premières années. - © reussir

Analyse de marché faite par EMC2

Au niveau mondial, la récolte 2 009 s’annonce inférieure de 5 % à l’année dernière mais supérieure à la deuxième meilleure année qui était 2 004. Avec des stocks mondiaux revenus à des niveaux très élevés au 30 juin 2009. (Pour mémoire, la récolte 2 008 a été la plus importante jamais réalisée et la baisse de la consommation mondiale liée à la crise économique n’a pas permis de réduire les stocks) et une très bonne récolte annoncée tant en qualité qu’en quantité, le stock au 30 juin 2010 s’annonce important.
Le marché sera lourd, en particulier en orge de mouture (ralentissement de l’alimentation du bétail) et de l’orge de brasserie (baisse importante de la consommation de bière). Le blé et le maïs vont se concurrencer toute l’année pour trouver des débouchés en particulier dans l’alimentation du bétail.
Les échanges mondiaux vont se réduire car l’année dernière les pays structurellement déficitaires ont profité de la récolte très importante pour refaire leur stock. Les stocks au 30 juin 2010 devraient donc se situer chez les principaux pays exportateurs.
Au niveau européen, la récolte s’annonce bonne mais inférieure à l’année dernière. La crise économique pénalise fortement les industries de transformation situées en Europe en particulier : l’alimentation du bétail et l’amidonnerie (carton et produits sucrés). Les débouchés intracommunautaires pour le blé et l’orge de mouture seront donc limités.
L’orge de brasserie risque d’être la céréale la plus pénalisée cette campagne. Avec un stock récolte 08 équivalent à 1/3 de la consommation annuelle et une très belle récolte tant en qualité qu’en quantité, ce ne sera plus une question de prix mais de capacité des usines à transformer le surplus.
La France ne déroge pas à ce contexte économique. La moisson se déroule de manière très saccadée à cause des pluies récurrentes mais les quantités sont présentes et la qualité moyenne des récoltes sera satisfaisante même si on peut craindre une détérioration de la qualité meunière des derniers blés fauchés. (ce qui n’aura aucune incidence sur la quantité disponible pour la meunerie française).
Au niveau de la région, l’augmentation des rendements est significative et l’Est de la France qui avait été pénalisé l’année dernière par les conditions froides de fin de cycle tire son épingle du jeu : + 5 % en moyenne (+ 0,1 % pour la France).
Les perspectives de hausse se situent dans la reprise de la consommation mondiale, dans une fin de moisson qui pourrait être difficile en Mer Noire ou en Australie à la fin de l’année, voire dans des accidents climatiques grevant la récolte 2 010.

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