L'Avenir Agricole et Rural 12 juillet 2007 à 00h00 | Par F.Thevenin

MOISSON 2007 - Une moisson arrosée et hétérogène

Après la grosse frayeur du mois d’avril qui annonçait une année sèche, les mois de juin et juillet douchent et refroidissent les ardeurs des agriculteurs. Les pluies altèrent la qualité et les rendements pour des récoltes très hétérogènes.

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Même si la moisson 2 007 est loin d’être terminée puisque même les orges d’hiver ne sont pas totalement récoltés, il est possible de faire quelques pronostics « provisoires », à partir des premiers résultats haut-marnais, sur la récolte 2 007. Encore davantage que les autres années, le maître mot sera, sans aucun doute, l’hétérogénéité de la moisson. Cette hétérogénéité est valable de zone en zone, entre le sud et le nord et l’est et l’ouest du département, et à l’intérieure d’une même parcelle. Les bilans finaux, dans quelques jours, en diront plus…
Deuxième constat : toutes productions confondues, les résultats semblent inférieurs à ceux de l’année dernière, tant au niveau des rendements que la qualité des graines. Les conditions climatiques sont en cause mais d’autres raisons commencent à être avancées de ci de là comme le déficit de traitements sur les cultures.

Escourgeons et orges d’hiver

Avec environ 70 % des récoltes effectuées en orge d’hiver, les résultats s’affinent et les chances de se tromper sont réduites. Le rendement moyen va s’en doute dépasser les 60 q/ha. Ce chiffre cache, comme d’habitude, de grands écarts entre les exploitations qui peuvent aller de 10 à 80 q/ha. Certaines exploitations, sur le plateau de Langres, obtiennent des résultats catastrophiques.
Problème : chaque jour qui se passe sans que la moissonneuse ne puisse sortir est un jour de plus qui altère le rendement et la qualité des orges. La perte pour les dernières orges est estimée à 30 % !
Au niveau de la qualité, sur ce qui est récolté, le taux de protéines était bon sur l’ensemble du département en s’établissant autour de 11/11,5. Par contre, le calibrage est moins satisfaisant avec une moyenne autour de 70 % et une perte de quelques points par rapport à l’an dernier. D’ailleurs, comme pour les rendements, l’hétérogénéité des calibrages est la règle avec une fourchette allant de 50 à 80 %.
Côtés variétés, d’après certains producteurs, la variété Vanessa obtiendrait de meilleurs calibrages qu’Esterel ce qui pose la question de la vente des productions vers les brasseries.

Colza

En colza, les conclusions en matière de rendement sont identiques à l’orge : une grande hétérogénéité avec une fourchette allant de 15 à 50 quintaux et une moyenne de 30/35 quintaux. Il semble que la moyenne de 29 de l’an dernier sera dépassée. A noter la petite défaillance de la variété Grizzli et les bonnes performances des hybrides. Par rapport aux prévisions printanières qui étaient excellentes, les déceptions sont grandes. Le nombre de grains par silique est bon mais le PMG laisse à désirer à cause, entre autre, d’attaques de sclérotinia.
Comme les récoltes n’en sont encore qu’à leurs débuts (20 % fauchés), un grand nombre de parcelles s’abîment de jour en jour. La situation n’incite pas à l’optimisme (voir encadré).

Blé

En blé, seule une très faible partie des parcelles a été fauchée. Personne ne s’aventure à des pronostics même si le rendement moyen avancé s’établit le plus souvent dans une fourchette allant de 60 à 65 quintaux.
Pour l’instant, la qualité devrait être bonne avec un PS correct mais les dernières pluies peuvent tout changer et tout faire basculer. Avec ces alternances entre pluies et soleil, la qualité du blé peut s’effondrer du jour au lendemain.

Problème d’humidité

Quelles que soient la culture, la nature des sols et la zone géographique, l’humidité des grains récoltés lors de cette moisson 2 007 va être un critère important lors de la commercialisation. Pour le colza, les conséquences seront minimes. Il mettra simplement davantage de temps à sécher.
Mais, pour les orges brassicoles, la situation est plus grave. Certains lots sont à 17/18 % d’humidité et sachant que la limite est à 18 %, des déclassements sont possibles. Certains organismes stockeurs s’inquiètent de la difficulté à vendre ces produits et réagissent avec la mise en place de mesures exceptionnelles (voir encadré EMC2).

Explications

Pour expliquer ces résultats et ces prévisions médiocres, de nombreux facteurs sont invoqués. Le premier d’entre eux est évidemment le climat avec la sécheresse d’avril et les pluies de juin et juillet. Mais, le second est d’ordre humain avec les impasses faites par un grand nombre d’exploitants sur la protection insecticide et fongicide. Cette année était une « année technique » durant laquelle les traitements étaient indispensables afin d’éviter les jaunisses sur l’orge et le sclérotinia sur le colza.

Tout se complique en colza
 
Alors que la récolte de colza s’annonçait particulièrement belle au printemps, les premières coupes s’avèrent décevantes. Les pluies retardent la récolte. Rendements moyens et attractivité des prix limitée pourraient défavoriser le colza dans les assolements 2 008. 
 
La campagne de production de colza 2006-2007 avait pourtant tout pour elle : de bonnes conditions d’implantation, peu de maladies, un potentiel formidable au printemps… Mais les pluies de ces dernières semaines ont tout remis en cause. Dans son dernier point sur la récolte pour la région Nord-Est, en date du 3 juillet, le Cetiom fait état de « rendements décevants pour les premières récoltes ». Les moyennes ne dépassent pas les 30 q/ha. « Les rendements tournent en moyenne autour de 30 q/ha contre 34 à 35 q/ha pour une année normale, confirme François Farges, chez Dijon céréales. Pour le moment, nous avons récolté à peu près 50 % de nos colzas. » La coopérative prévoit une baisse de collecte de 10 à 15 %. Plus au nord, dans la Marne, Cohésis n’a de son côté moissonné que 10 % des surfaces. « Le colza est mûr, mais la pluie empêche la récolte, constate Patrice Salomé, responsable céréales et oléagineux de la coopérative. Maintenant, il faudrait pouvoir couper vite ». Jean-Louis Varnerot, chez EMC2, n’est pas plus optimiste. Au 5 juillet, la coopérative n’avait collecté que quelques centaines de tonnes de colza. « Nous allons retomber sur des dates de récolte classiques, remarque le spécialiste. Mais les cultures ont gardé de l’avance, et nous sommes donc en retard au regard du stade des plantes ».

Maladies et égrenage

La grêle a par ailleurs affecté des zones importantes. « Au sud de l’Aisne et au nord de la Seine-et-Marne, nous avons des parcelles où elle a fait 100 % de dégâts », indique Patrice Salomé. Dans la Nièvre également, des pertes importantes sont constatées. Plus au sud, les colzas trop mûrs commencent à égrener. Un phénomène accentué par les rafales de vent. Autant de rendement perdu sans espoir de rattrapage. Chez Epis-Centre, « nous commençons à peine la récolte », observe Maryline Jarroux. 20 à 30 % des surfaces sont moissonnées. Dans sa note du 29 juin relative à la région Centre, le Cetiom insiste : « Il faut récolter dès que possible », compte tenu du développement des maladies (oïdium, alternaria, mycospharella) et des risques d’égrenage. Mais impossible d’aller plus vite que la musique. Le Poitou-Charentes n’est pas davantage sorti d’affaire. Synthéane, qui collecte en Charente-Maritime, doit encore effectuer 30 % de la moisson. « Les rendements sont très hétérogènes, avec, selon les variétés, des problèmes de fécondation », observe Dominique Pertriaux, responsable céréales et oléagineux de la coopérative. Le Cetiom évoque les difficultés rencontrées par les variétés hybrides (CHL) qui ont eu du mal à résister au mois d’avril chaud et sec.

Découragement des producteurs

Pour l’instant, les rendements moyens peinent à dépasser les 30 q/ha. Un chiffre qui n’est pas de nature à séduire les agriculteurs pour la prochaine récolte. Mieux vaut un blé qui produit 70 quintaux à l’hectare et se vend 175 euros rendu Rouen plutôt qu’un colza qui offre un rendement plus de deux fois inférieures et ne trouve preneur qu’à 285 euros la tonne. « Nous craignons un découragement des producteurs si le marché ne réagit pas davantage au manque d’offre », explique Dominique Pertriaux. Heureusement, la reprise se fait sentir depuis fin juin. Encore faut-il qu’elle soit suffisante. Car les assolements vont bientôt se décider, et avec eux, les quantités disponibles pour la récolte 2008, année où l’essentiel des usines de diester encore en projet en France devraient tourner.
MOBILISATION A EMC2

Pour faire face à des conditions climatiques exceptionnelles, la coopérative EMC2 adapte ses barèmes pour aider ses adhérents à sortir leurs récoltes des champs.
En avril, les conditions quasi estivales ont généré un manque d'eau remettant sérieusement en cause le potentiel des cultures. Depuis, la météo a continué à faire du yo-yo avec des mois de mai et juin pluvieux qui ont eu tout de même un effet bénéfique sur le remplissage des grains. Mais aujourd’hui, ces pluies quasi quotidiennes empêchent les agriculteurs de faucher leur récolte. A cela, il convient d’ajouter des dégâts de grêle localement importants et des épis au sol dans certaines parcelles. Du côté d’EMC2, même si globalement les rendements moyens des orges d’hiver sont supérieurs aux deux années précédentes, seulement 1/3 est récolté alors que tout devrait être terminé.
Des mesures exceptionnelles pour des conditions exceptionnelles
Même si, à ce jour, il reste du potentiel dans les champs, ces difficultés de récolte inquiètent les professionnels de la coopérative qui craignent une dégradation des qualités si ce temps persiste. « Il est préférable de sécher une marchandise saine plutôt que de la laisser se dégrader » confie Joël MISEROUX, Directeur Céréales à la coopérative.
C’est dans ce cadre que la coopérative a relevé le taux d’humidité maximum pour les escourgeons brassicoles, en s’appuyant sur ses trois séchoirs de Bras sur Meuse, Metz et Villiers en Haute-Marne. Pour ne pas pénaliser ses adhérents, EMC2 a également assoupli ses barèmes de frais de séchage pour les orges d’hiver. « Cette situation doit rendre très prudents nos adhérents stockeurs » insiste Joël MISEROUX, en rappelant que les orges de brasserie conservées avec un taux d’humidité élevé et hors ventilation perdent très rapidement leur pouvoir germinatif, les rendant impropres au marché du malt.
Plus que jamais la coopérative joue tout son rôle de soutien aux agriculteurs : par la mise à disposition de ses 74 silos de collecte, le séchage et le travail du grain pour sa meilleure valorisation, l’aménagement des modalités de réception des céréales et du colza, en fonction de l’évolution de la météo. Tout le personnel est sur le pont à la coopérative pour aider les adhérents à sortir leurs récoltes des champs.

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