L'Avenir Agricole et Rural 26 juillet 2007 à 00h00 | Par F.Thevenin

MOISSON 2007 - Les montagnes russes de 2007

Les conditions météorologiques de l’année ont donné un caractère exceptionnel à la moisson 2 007. Au bout du compte, en matière de rendements, les colzas et les orges de printemps s’en sortent bien tandis que les escourgeons et les blés sont à la peine.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
La forte mécanisation des exploitations a permis de récolter les graines dans de bonnes conditions en dépit des averses répétitives.
La forte mécanisation des exploitations a permis de récolter les graines dans de bonnes conditions en dépit des averses répétitives. - © REUSSIR
En 2007 et comme chaque année, les trois derniers mois avant la moisson auront été décisifs pour les rendements et la qualité des productions. Même si les conditions d’ensemencement et la levée sont importantes, une fois encore, la fin a été déterminante avec des hauts et des bas, entre inquiétudes et optimisme à l’image des montagnes russes…
Pour Joël Zehr, responsable Région Sud d’EMC2, le coup de sec d’avril a marqué les esprits et les cultures de son empreinte. Heureusement, les pluies de mai ont permis de « sauver les meubles ». L’absence de pluies en avril a fait baisser les potentiels mais les précipitations qui ont suivi annonçaient une moisson « correct » à l’exception des cultures en sol superficiel et argilo calcaire.
En mai et juin, les pluies ont également augmenté la pression des maladies sur les cultures ; d’autant plus que de nombreuses impasses de traitements avaient été décidées par les agriculteurs. Pour Joël Zehr, « sans programme adapté, certains ont vu leur potentiel chuter ».

Conditions de récolte

Fin juin, alors que la moisson s’annonçait comme l’une des plus précoces, à l’image de celle de 2003, le retour des pluies a causé des difficultés de récolte. D’après Joël Zehr, la coopérative a alors tout mis en oeuvre pour sauver les récoltes des adhérents et répondre aux exigences du marché. Par exemple, EMC2 a pris des mesures exceptionnelles en supprimant les frais de séchage sur des orges ayant des taux d’humidité inférieurs à 16,5.
A Villiers-le-Sec, ce séchage pour une meilleure commercialisation, sans altérer la qualité, a concerné 7 000 tonnes d’orge. D’ailleurs, les organismes stockeurs tiennent à signaler aux agriculteurs stockeurs qu’il est important de surveiller de près leur tas afin que la qualité ne se dégrade pas.
Pour Joël Zehr, dans ce domaine, la coopérative joue pleinement son rôle de séchage et de travail du grain. Les organismes stockeurs sont les prolongements des exploitations.
Autre précision : « en vue des résultats, cette année, il faut, plus que jamais, raisonner avec des moyennes sur plusieurs années (5 ans) avant de prendre des décisions techniques et de commercialisation ».

Orge d’hiver

En orge de brasserie (Esterel), pour EMC2, à la différence des deux dernières campagnes, le taux de protéines moyen atteint les 11,5 avec de grands écarts de part et d’autre de cette moyenne. Du coup, les allotements sont nécessaires. Le calibrage est satisfaisant avec une moyenne de 77 à l’intérieur d’une fourchette allant de 75 à 80. Quant au rendement, il est assez décevant pour s’établir autour de 60 quintaux par hectare. Cette donnée est difficile à apprécier étant donné l’hétérogénéité des résultats et le stockage en ferme.

Colza

Au cours de l’année, la culture de colza a moins subi les aléas climatiques et incitait à plus d’optimisme. La floraison a bénéficié d’un bon ensoleillement mais, là encore, certaines impasses (et la grêle dans le sud du département) ont eu de graves conséquences.
Si le rendement moyen est bon (32 q/ha), la fourchette est assez large avec des rendements qui peuvent dépasser les 40 quintaux. Les variétés hybrides s’en sortent le mieux !
La météo capricieuse a moins altéré la qualité des colzas que les céréales. Le taux d’humidité moyen est de 8,5 et, à juste titre, de nombreux agriculteurs ont préféré interrompre sa récolte pour aller dans les blés. Le colza sèche rapidement et les nouvelles variétés égrènent peu. Du coup, le barème H+i d’EMC2 va fonctionner cette année encore.
 
Blé

Cette année, par rapport au potentiel du printemps, la plus grande déception vient des blés. 80 % sont récoltés et les dernières estimations font apparaître une baisse de 5 à 15 quintaux par rapport à l’an dernier. Dans une fourchette très large, la moyenne s’établira autour de 62 q/ha.
Par contre, la qualité est présente avec un PS moyen inférieur à 76 alors que la norme est de 76, avec un taux de protéines supérieur à 12,5 alors que la norme est de 11 et avec un Hagberg dans la norme.
Pour ce qui est récolté, le travail du grain est nécessaire et possible. Pour le reste, il sera plus difficile surtout que quelques traces de germinations commencent à apparaître. D’ailleurs, EMC2 a choisi de séparer les dernières collectes de cette semaine des précédentes afin de ne pas polluer les lots.

Orge de printemps

Par manque de mûrissement, la récolte des orges de printemps est, pour l’instant, très partielle (20 %). A l’inverse des autres cultures, avril était désespérant et la moisson offre une belle surprise. Le rendement moyen va s’établir dans une fourchette allant de 40 à 50 quintaux et le calibrage sera autour de 90 %. Le taux de protéine sera inférieur à 11. Tout se présente sous les meilleurs augures…

Dans ce contexte très particulier, entre une récolte moyenne et des prix à la hausse, Joël Zehr a une pensée pour les éleveurs pour qui le coût de l’alimentation va augmenter considérablement ; d’autant plus que les fourrages sont très mauvais.

Il conclut que, pour se protéger des hauts et des bas du marché et des saisons, les céréaliers doivent penser à la mutualisation. Il l’évoque comme une valeur d’avenir avec la marge brute à l’hectare qui doit rester comme un point de référence.

Pour la Sepac, Michel Ménétrier qualifie l’année climatique comme une année singulière et unique. L’hiver a été peu rigoureux et s’est terminé tôt. Avril a été sec avec un stress hydrique considérable sur les sols superficiels et mai et juin ont été pluvieux attirants maladies et difficultés de récolte.

Pour lui, les escourgeons et les orges d’hiver sont les cultures qui ont le plus souffert de ces conditions avec des rendements qui peuvent varier, selon les terres, de 50 quintaux ! En blé, l’écart est moins grand puisqu’ils s’établissent dans une fourchette allant de 50 à 80 q/ha. En colza, le rendement moyen sera supérieur à 30 quintaux.
Côté qualité, en escourgeon, le calibrage est bon et le taux de protéines est correct. En blé, le taux de protéines est bon et le Hagberg est moyen voire faible. Le PS est décevant car « agronomiquement, les choses ne sont plus faites correctement ». Michel Ménétrier évoque les pucerons à l’automne et les maladies au printemps et parle de démotivation des agriculteurs. Pour les agriculteurs qui ont fait des impasses, le PS est tombé à 65 causant ainsi des problèmes de commercialisation. La qualité des colzas et des orges d’hiver est correcte.
Enfin, à l’image d’EMC2, la Sepac pense aux éleveurs de porcs, de bovins, de volailles qui vont connaître une hausse du coût de l’alimentation alors que leur ration de base sera très mauvaise.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Avenir Agricole et Rural se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

L'Avenir Agricole et Rural
La couverture du journal L'Avenir Agricole et Rural n°2522 | novembre 2018

Dernier numéro
N° 2522 | novembre 2018

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui