L'Avenir Agricole et Rural 23 octobre 2014 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

MOBILISATION SYNDICALE FNSEA / JA

Dénonçant depuis plusieurs mois la gravité de la crise traversée par le secteur agricole, la FNSEA et JA ont lancé le 15 octobre une mobilisation destinée à promouvoir les produits français dans la restauration collective. Une opération récurrente pour mettre en avant l’un des huit «points durs» sur lesquels les syndicats attendent du gouvernement des actes concrets.

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- © reussir

Entre embargo russe, distorsion de concurrence sur les fruits et légumes, renforcement des contraintes, le monde agricole n’a pas été épargné ces derniers mois. Face à cette situation génératrice de tensions sur le territoire, la FNSEA et Jeunes agriculteurs ont élaboré un plan d’action dont la rencontre avec Manuel Valls a constitué la première étape, le 7 octobre. Xavier Beulin, président de la FNSEA et Thomas Diemer, président de JA, ont ainsi présenté au Premier ministre les 8 «points durs» sur lesquels la profession attend des réponses efficaces. Pour appuyer leur mobilisation, une visibilité plus grande sera donnée à l’une de ces revendications : l’augmentation de la part des produits français dans la restauration hors domicile. Le 15 octobre, FNSEA et JA ont donné le coup d’envoi d’une action de sensibilisation sur l’origine des produits dans les cantines, qui sera menée pendant deux mois par les agriculteurs.



Deux plats sur troisd’origine française

L’objectif est simple : faire que dans toutes les cantines (scolaires, restaurants d’entreprise, hôpitaux, prisons…), deux plats sur trois soient d’origine française, alors que les deux tiers sont aujourd’hui composés de produits d’importation. A titre d’exemple, 87 % de la volaille est importée, de même que près de 80 % de la viande rouge. Sans pour autant remettre en question le droit à la concurrence, «on peut faire beaucoup mieux», clame Thomas Diemer qui cite des leviers d’action comme un affichage plus clair sur l’origine des produits, ou encore une sensibilisation réelle des responsables locaux. «Il y a un double discours», dénonce Florent Dornier, secrétaire général de JA. «Aujourd’hui on a des agriculteurs formés, responsables, motivés, on a la traçabilité, mais on ne consomme pas les produits français», ajoute-t-il. «Il y a un décalage entre le discours des décideurs politiques et ce que l’on constate sur le terrain», regrette lui aussi Xavier Beulin. Pour illustrer ces propos, Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA, évoque la commune de Calignac, en Lot-et-Garonne, où les enfants ont mangé quatre fois du lapin en provenance de Chine depuis la rentrée scolaire.
Marchés publicsLa restauration hors domicile représente en France 67,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 6,5 milliards de repas par an, et une moyenne de 12 repas par mois et par français. Ce marché de plus en plus important fait que pour Xavier Beulin «il faut se réinterroger» sur le rapport de force qui fait que la majorité de ce qu’on y consomme est importée. Les contraintes liées aux marchés publics, qui favorisent souvent le moins-disant, et les concentrations des centrales d’achat «empêchent nos propres structures de répondre aux appels d’offre», explique le président de la FNSEA qui y voit la conséquence de l’empilement des contraintes bridant la compétitivité de l’agriculture française. Conscient de la nécessité de faire évoluer la législation sur ce point, le gouvernement a d’ailleurs pris des engagements pour améliorer les critères de qualité et d’origine locale dans les appels d’offre.

- © fdsea

Mobilisation sur le terrain

Cette revendication va s’appuyer sur un travail d’enquête mené dans tous les départements. Il ne s’agit pas d’accuser mais de dresser un constat quant aux réalités des produits servis dans la restauration collective, et inciter à davantage de patriotisme alimentaire. Pendant deux mois, les agriculteurs alterneront entre «actions coup de poing et pédagogie», selon Florent Dornier, pour sensibiliser les citoyens. Et surtout, montrer qu’il y a des perspectives, pour les jeunes qui s’installent, en quête d’un marché durable, et pour les consommateurs qui ont des exigences de plus en plus fortes quant à leur alimentation. «L’agriculture française sait faire, sait bien faire», commente Thomas Diemer en rappelant qu’avec cette enquête, c’est avant tout «un appel que l’on souhaite faire». Pour faire le point sur ce sujet comme sur les autres chantiers entamés avec le Premier ministre, une mobilisation d’envergure nationale est prévue le 5 novembre. Les actions en faveur du «manger français» dans la restauration collective doivent quant à elles se poursuivre jusqu’à mi-décembre sur l’ensemble du territoire.



Restauration hors domicile : qui fait quoi ?

La restauration hors foyer (RHF) c’est  6,2 milliards de repas par an, 12 repas par mois et par français et 67,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Elle comprend deux sous-secteurs : la restauration commerciale et la restauration collective. La restauration commerciale distribue 52 % des repas et réalise 74 % du chiffre d’affaires soit 50 milliards d’euros. Elle se partage en deux modes de gestion : d’une part, les chaînes (Mc Do…) pour 16 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et les indépendants pour 34 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Quant à la restauration collective (48 % des repas et 26 % du chiffre d’affaires), elle se différencie de la restauration commerciale par son caractère social et fournit des repas à des prix réduits aux personnes vivant ou travaillant dans une collectivité (entreprises et administrations, enseignement, santé et social, loisirs, armées, prisons…). Il existe deux modes de gestion : la restauration collective en gestion directe ou en autogestion et la restauration collective concédée. Dans le premier cas, la confection de repas est confiée à une structure interne où le propriétaire exploite et gère directement son établissement. Dans le second, des sociétés de restauration collective (Sodexo, Comass, Elior…) exercent leur activité dans le cadre d’une sous-traitance.La restauration collective peut être publique ou privée, mais seul le premier cas est soumis aux exigences du marché public. Il s’agit des établissements scolaires publics, des crèches, de l’administration, des hôpitaux publics, des maisons de retraite, des structures de loisirs publiques, des prisons. Les adjudicateurs (les acheteurs), c’est-à-dire l’Etat et ses établissements publics, les collectivités territoriales et les établissements publics locaux, sont soumis au code des marchés publics. Ce sont les donneurs d’ordre, c’est-à-dire qu’ils établissent le cahier des charges et fixent les critères de sélection des fournisseurs.

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