L'Avenir Agricole et Rural 30 novembre 2017 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

Méthanisation, biogaz : quand l’agriculteur se fait industriel

La 5e convention d’affaires du biogaz et de la méthanisation -la 3e organisée à Troyes- a enregistré un nombre record de participants : 230. Cette affluence témoigne de l’engouement pour le biométhane, avec de plus en plus d’unités raccordées au réseau. C’est un moyen pour les agriculteurs de diversifier leurs exploitations, à condition d’y mettre de l’argent et d’y passer du temps.

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La 3ème journée a connu un record de participation avec plus de 230 participants.
La 3ème journée a connu un record de participation avec plus de 230 participants. - © F.M.

Des agri-industriels « performants »

Allez-y, la demande est là, elle est forte » : Clément Chandon, responsable du développement des véhicules gaz chez Iveco, exhorte les porteurs de projet à sauter le pas. Un tiers désormais des commandes de camions et de bus passées par les entreprises et les collectivités portent sur ce type de véhicules. « Le biogaz est un biocarburant de deuxième génération qui n’entre pas en compétition avec l’alimentaire », complète Eric Delacour, président de la commission méthanisation du pôle IAR, qui coorganisait la convention avec Biogaz Valley, en partenariat avec Gaseo et GRDF.

Avec les biocarburants et la cogénération (chaleur plus électricité), le gaz de ville est l’autre grand débouché de la méthanisation. En octobre, 43 unités injectaient du biogaz sur le réseau français et 280 étaient en projet, tandis que la production a doublé en un an, indique Denis Mecrin, chef de projet biométhane Est chez GRDF. Thierry Daniel, délégué territorial Nord Est de GTRgaz, assure que ledit réseau aura « la capacité d’accueillir tous les projets de biométhanisation ». Moyennant quelques ajustements.

Zoom sur de l’importance des approvisionnements

De loin, on dirait de grosses yourtes. Les trois cuves de l’unité de méthanisation de la société Panais Energie à Thennelières (10) peinent à émerger du brouillard en ce frisquet matin d’automne. La visite organisée par Terres & Vignes sur ce site situé au pied du péage autoroutier marque le début de la convention d’affaires du biogaz et de la méthanisation. Plusieurs participants sont venus dans un bus roulant au gaz naturel pour véhicules (GNV). L’accueil est assuré par les exploitants, Bernard Boutiton le père, et Charlène Boutiton, la fille.

Dans le public, un homme suit attentivement leurs explications : Louis Jaillant, qui est à l’origine d’un projet de méthaniseur porté par onze éleveurs et cultivateurs à Villemereuil (10). « La production de gaz débutera fin 2019, explique l’agriculteur de 53 ans. On injectera 170 m3 de biométhane par heure dans le réseau. » Quelque 20 000 tonnes de matières premières par an seront nécessaires pour alimenter l’installation : fumier, maïs, seigle, issues de céréales, pulpes de betterave, paille, herbe… A la tête de 2 000 ha environ, les associés visent l’autonomie. Un point crucial, à en croire l’expérience de la famille Boutiton :
« Ce n’est pas simple d’avoir un gisement 100 % agricole. Si c’était à refaire, on se grouperait avec d’autres pour récupérer les biodéchets». «Ce qui marche le mieux chez nous, précise Bernard Boutiton, c’est le maïs, dix fois plus performant que le lisier par exemple. La betterave, c’est très bon aussi, mais il faut la prélever sur la partie destinée à l’alimentation, dans la limite autorisée de 15 %. L’idéal, c’est d’avoir des sols permettant de faire une double culture, seigle/maïs par exemple, avec des Cive».

Troyes, site pilote pour GRDF

L’annonce en a été faite par GRDF lors de cette convention d’affaires : l’agglomération troyenne sera la première en France, d’ici fin 2018, à expérimenter le rebours au sein de ses réseaux de distribution. Le rebours est une technique consistant à inverser les flux habituels en faisant remonter le gaz circulant dans le réseau basse pression des particuliers (4 bars) vers le réseau à haute pression des industriels (25 bars). « Ce procédé trouve toute sa pertinence lorsque la production de biogaz est supérieure à la demande, explique Denis Mecrin, chef de projet biométhane Est. Et à terme, cela permettra de “verdir” le réseau. »

L’agglomération troyenne a été choisie parce que cinq unités de méthanisation seront bientôt raccordées au réseau (deux actuellement, trois en projet) et qu’il faudra absorber ce surplus de production. Elles produiront 1 300 m3/h de biogaz, soit l’équivalent de la consommation de 1 130 logements. Ce qui permettra de couvrir 80 % des besoins de l’agglomération en été, et 10 % en hiver (un chiffre qui, soit dit en passant, atteint déjà les objectifs fixés par le gouvernement pour 2030).

Le compresseur, nécessaire au rebours, sera installé au bord de la rocade, et coûtera 1 million d’euros à GRDF.

F.M. (Revue Agricole de l'Aube)

Vous pourrez retrouver la suite de cet article dans notre édition du 1er décembre 2017.

Bientôt un tracteur agricole au biogaz ?

Quatre véhicules roulant au biométhane étaient exposés dans la cour du centre de congrès, dont un tracteur agricole de marque New Holland. Il s’agit d’un prototype dont la commercialisation n’est pas envisagée avant 2020, le temps pour le constructeur de tâter le marché. Ses neuf réservoirs permettent d’embarquer 300 litres de méthane, pour des performances identiques à celles d’un moteur Diesel. On sait qu’un camion roulant au biogaz coûte plus cher à l’achat et à l’entretien, mais qu’il se rattrape sur le prix du carburant (moitié moins cher) et qu’il n’utilise pas d’additif. Son coût d’exploitation s’avère au final inférieur. «Le tracteur agricole fait certes peu de kilomètres mais beaucoup d’heures», souligne Clément Chandon, responsable développement véhicules gaz chez Iveco. Sa rentabilité pourrait donc être similaire à celle d’un bus ou d’un camion. A l’inverse, difficile d’imaginer une moissonneuse-batteuse roulant au biométhane : pas assez d’heures de travail pour une trop grande quantité de biogaz à emporter. L’hypothèse semble en revanche plus réaliste pour les engins de manutention. L’un des freins actuels reste toutefois le manque de points de ravitaillement sur le territoire.

F.M.


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