L'Avenir Agricole et Rural 15 octobre 2008 à 15h50 | Par F.Thevenin

MEMORIAL CHARLES-DE-GAULLE - « Une mémoire vivante »

Lors de l’inauguration du mémorial Charles-de-Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises et au côté d’Angela Merkel, le Président de la République a rendu hommage à un homme « libre, précurseur et exemplaire ». En traçant son portrait, Nicolas Sarkozy a esquissé le sien… Extrait.

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« Nous ne trouverons pas chez le Général De Gaulle les réponses toutes faites aux questions que nous nous posons aujourd’hui. Mais, en essayant d’être à la hauteur de l’exemple qu’il nous a donné, nous aurons une chance d’être à la hauteur des évènements auxquels l’histoire nous confronte ». (© FREDERIC THEVENIN)

«Ce mémorial Charles-de-Gaulle perpétuera pour les générations futures la mémoire de celui qui fut, aux heures les plus sombres de l’histoire de France, l’incarnation de la résistance française ». Mais, pour Nicolas Sarkozy, ce mémorial est bien plus que cela… Il aide à comprendre en quoi le gaullisme reste vivant et pourquoi il doit continuer à l’être. Le gaullisme est une histoire qui a une signification profonde pour chacun des Français. Pour Bruno Sido, le mémorial est « un lieu d’exception pour un homme qui a eu rendez-vous avec l’histoire ». Il est à la dimension du personnage.

Au nom de tous les Français

Nicolas Sarkozy a donc tenu à rendre hommage, sur « ses terres » de Colombey, à l’homme du 18 juin, au fondateur de la Ve République. Il évoque, en premier lieu, la rencontre entre le Général-de-Gaulle et le Chancelier Konrad Adenauer, le 14 septembre 1958, à la Boisserie : « il avait tenu à le recevoir chez lui pour bien marquer que la relation qu’il entendait nouer entre la France et l’Allemagne n’était pas de l’ordre de la diplomatie mais de l’ordre de l’amitié la plus sincère, la plus profonde, la plus humaine ».
Le Président de la République poursuit : « à travers le geste inouï de ces deux hommes d’État, deux peuples qui s’étaient combattus jusqu’à l’extrême limite de leurs forces décidaient de regarder ensemble vers l’avenir en se faisant confiance et en se respectant ».
Ces deux hommes avaient en commun l’amour de leur pays, le sens de la grandeur morale et la conscience d’avoir une responsabilité politique. Sans jamais transiger sur l’intérêt de son pays, chacun d’eux reconnut en l’autre le partenaire qui pourrait lui permettre d’accomplir le grand dessein qu’il s’était fixé : réconcilier le peuple allemand et le peuple français, sceller entre eux une amitié durable.
Ce jour de septembre de 1958, la construction de l’Europe a pris un cours nouveau dans ce cadre d’une austère grandeur qui avait tant plu au Général de Gaulle lorsqu’il avait regardé, pour la première fois, « les forêts sans âge », « les longues pentes descendant vers la vallée de l’Aube », « l’horizon de la terre et l’immensité du ciel ».

Voir grand, juste et loin

Au lendemain de ce rendez-vous, le Général de Gaulle écrivit à Adenauer : «l’impression que je conserve de notre rencontre me laisse bien augurer de l’avenir des relations entre nos deux pays, dont la coopération est essentielle pour eux-mêmes, pour l’Europe et pour la paix du monde ».
Pour Nicolas Sarkozy, « c’était voir grand. C’était voir juste. C’était voir juste. C’était voir loin. C’était vaincre le préjugé. C’était bâtir la politique sur des réalités, non sur des chimères, des nostalgies ou des rancœurs. C’était agir en fonction de l’avenir et non en fonction du passé. C’était opposer la volonté politique à la fatalité, comme en juin 1940 avec la France libre, comme en 1944 quand il avait fallu imposer le rétablissement d’une souveraineté française, comme en juin de cette année 1958 quand il avait fallu conjurer le risque de la guerre civile et restaurer l’autorité de l’État ».
Loin des religions et des doctrines, le gaullisme est un état d’esprit, une façon d’être. Nicolas Sarkozy parle de leçon du gaullisme qui est encore valable aujourd’hui : « cette leçon est une leçon intellectuelle, celle de la raison plus forte que le sentiment, celle du pragmatisme plus fort que l’idéologie. Cette leçon est une leçon morale, celle de la responsabilité, celle du désintéressement, celle du courage. Cette leçon est une leçon politique, celle du sens de l’État, celle de la volonté politique opposée au renoncement, celle de l’action qui change le cours de l’histoire. Cette leçon est une leçon de patriotisme en plaçant la France au-dessus de tout et surtout des partis. Toute sa vie, il se battit pour sa souveraineté, pour sa dignité, pour sa grandeur. Cette leçon est aussi une leçon de démocratie ».

L’effet miroir

Le Président de la République rappelle que « cet homme qui dominait les tempêtes fut aussi grand dans la paix que dans la guerre. Il était capable d’entraîner la nation tout entière ». Au-delà de la résistance et du combat pour sauver l’honneur du pays, la France lui doit l’achèvement de la décolonisation, le droit de vote des femmes, la sécurité sociale, l’assurance-maladie, la participation, la réforme de l’État, la remise en ordre des finances publiques, la consolidation de la monnaie, la mise en œuvre du marché commun…
Le Général de Gaulle n’a jamais cessé de regarder vers l’avenir et comme s’il se décrivait un peu, Nicolas Sarkozy poursuit : « il eut contre lui tous les conservatismes, tous les immobilismes. Il fut un réformateur parce qu’il était convaincu que gouverner, c’était agir ; parce qu’il était convaincu qu’il fallait adapter le pays aux réalités du monde ; parce qu’ils voulaient que la France se donnât toujours les moyens de relever les défis ; parce qu’il voulait que la France se mît en situation de faire l’histoire au lieu de la subir ».
L’effet miroir continue en rappelant qu’ « il eut contre lui tous ceux qui avaient des rentes et des privilèges à protéger. Il eut contre lui tous ceux, à droite comme à gauche, dans les partis comme dans les syndicats, dans la presse, dans les milieux intellectuels auxquels il avait arraché un pouvoir qu’ils avaient pris l’habitude de confisquer et de se partager ». Le Président de la République se souvient que, comme lui, Charles de Gaulle a été accusé de fascisme. Les accusateurs pseudo-intellectuels n’ont jamais présenté d’excuses et paradent toujours sur les plateaux de télévisions ou dans les colonnes de la presse écrite… Honte à eux !
Pour Nicolas Sarkozy, le gaullisme est le mot pour désigner la volonté humaine fermement opposée au renoncement : “ c’est l’esprit de rupture. Le Général de Gaulle n’a cessé toute sa vie de rompre avec les habitudes, les routines, les conventions, les pesanteurs de toutes sortes. Il a rompu avec son milieu, avec les partis, avec les institutions”

Une leçon très actuelle

Le gaullisme fut le nom de cette force mystérieuse qui pousse dans l’épreuve tant de Français à se dépasser au nom de l’idée qu’ils se font de la France, de sa liberté et de sa grandeur. Le gaullisme fut l’effort demandé à tous pour que la France pût retrouver son rang parmi les nations.
Nicolas Sarkozy fait ensuite le lien avec la crise financière mondiale. A l’heure où, une fois de plus dans la tempête, l’État reste seul pour faire face, dans ce moment où se dissipent les illusions qui semblaient condamner la politique à l’impuissance et alors qu’un monde nouveau s’apprête à naître des bouleversements en cours et qu’il va falloir repenser toutes les politiques, la leçon du gaullisme est plus que jamais d’actualité.
Il conclut : « face à l’épreuve, notre pays ne peut compter, comme toujours, que sur l’énergie, le courage et la cohésion du peuple français ».

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