L'Avenir Agricole et Rural 04 mai 2007 à 00h00 | Par F.Thevenin

MANIFESTATION - La coupe est pleine

Près de 300 agriculteurs haut-marnais ont exprimé leur colère face aux lourdeurs de l’administration et à l’incapacité de celle-ci à répondre à leurs besoins. Les représentants de la FDSEA, des JA, de la FDPL et de la Chambre d’Agriculture ont été reçus par le Préfet.

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Françoise HENRY, pour la FDSEA et Sébastien RIOTTOT pour les JA se sont unis pour combattre la sur-administration dont souffre les agriculteurs.
Françoise HENRY, pour la FDSEA et Sébastien RIOTTOT pour les JA se sont unis pour combattre la sur-administration dont souffre les agriculteurs. - © FREDERIC THEVENIN
La dernière manifestation que nous avons faite date du mois de juin 2003 lorsque nous étions allés à la frontière belge, près de Schengen, pour protester contre le projet de réforme de la PAC (je mets à part notre manifestation de Dijon de septembre 2003 lors du jugement en appel de la regrettable affaire de la grille de la Préfecture) et la manifestation de Montigny le Roi avec la FDPL le 18 février 2004 sur le prix du lait.
Pendant 4 ans nous avons essayé de gérer au mieux les dossiers sans recourir à la démonstration de rue qui est une solution un peu extrême, car ça n’amuse personne d’organiser ce genre d’action.
Si nous sommes aujourd’hui près de 300, c’est qu’il y a bel et bien un malaise dans le monde agricole, un mal être paysan qui ne vient pas de la société civile, comme ce fut le cas lors de la crise de la vache folle, mais qui vient de notre administration qui devient chaque jour de plus en plus étouffante.
Quels que soient les gouvernements, nous faisons tous le constat que les règles deviennent de plus en plus compliquées, stupides et méchantes.
C’est pour cette raison que nous avons décidé au niveau de la région Champagne Ardenne (mais de nombreux autres départements ont déjà mené des actions de ce type) de ne pas attendre la fin de la campagne électorale qui va se prolonger jusqu’à fin juin.
Comme vous avez pu le constater, on parle d’ailleurs peu d’agriculture dans la campagne, et pourtant nous représentons avec la filière Agro alimentaire 20 % des actifs et nous sommes le 1er secteur économique du pays. J’espère que nous en parlerons davantage lors des législatives.
 
REPRESENTATION

Malgré leur absence, nous avons une entière confiance en nos parlementaires locaux que nous avons invités à nous rejoindre. Charles Guené n’est pas parmi nous, mais il nous apporte son soutien et nous précise qu’il est absent pour la bonne cause, puisqu’il défend actuellement le dossier haut marnais des droits de plantation de vigne de Champagne.
Lors des prochaines élections, ils pourront s’exprimer sur les sujets qui nous préoccupent aujourd’hui.
 
A savoir :

- l’Europe doit-elle tout régenter ?
- l’agriculteur sera-t-il le seul à ne pas avoir droit à l’erreur ?
- l’administration est-elle faite pour administrer ou pour réprimer ?
- Et enfin, les Pouvoirs Publics doivent-ils avoir tous les droits et peuvent-ils décider sans tenir compte de l’avis de la profession ?

 
Ce qui se passe en ce moment avec la PAC et la conditionnalité est un édifiant dérapage totalitaire de l’administration, et ce dérapage est la conséquence d’un manque de contrôle politique.
C’est parce que nous ne sommes plus entendus par notre ministre que nous sommes ici. Il vient de répondre à la FNSEA dans une longue lettre de 3 pages rédigée par un de ses chefs de service qu’il ne pouvait rien faire car Bruxelles le surveille.
C’est peut-être parce que l’on croit que tout se décide à Bruxelles que l’on voudrait supprimer le ministère de l’agriculture pour le rattacher soit au ministère de l’environnement ou à celui de l’économie.
Même si l’une des deux solutions est moins pire que l’autre, nous ne pouvons nous satisfaire de cette régression.
 
EXCÈS DE RÈGLEMENTS

Notre administration n’arrête pas de nous ajouter des règlements, nous avons à peine fini de comprendre une déclaration qu’elle change déjà.
Prenons la déclaration PAC : il y a de moins en moins d’aide et de plus en plus de papier, de contraintes et de contrôles. Et pourtant la dernière réforme de la PAC nous aurait été « vendue » comme un projet de simplification.
Avec les DPU et la conditionnalité nous avons atteint des sommets de paperasserie, d’absurdité et d’injustice.
Ceux qui inventent ces procédures ne doivent pas connaître l’agriculture et encore moins les agriculteurs.
Leur métier c’est de produire du papier, le nôtre c’est de nourrir les hommes et d’entretenir au mieux cette planète qui semble souffrir des excès des hommes. Ce n’est pas avec des circulaires et des notes de service que l’on va relever les défis de demain.
Nous avons assez de problèmes avec la météo, avec les maladies diverses et variées des plantes et des animaux que nous devons juguler, avec les aléas du marché, avec les crises sanitaires, avec nos problèmes juridiques, fiscaux et sociaux, sans en ajouter avec les enregistrements absurdes qu’on veut nous imposer.
A quoi ça sert de prévoir la période d’épandage des engrais et du fumier sur chaque îlot,
A quoi ça sert de stocker des tas de documents qui ne font que transcrire ce que nous faisons chaque jour. Nos produits sont régulièrement contrôlés et leur qualité s’améliore constamment, n’est-ce pas suffisant ?
Dans la motion que nous irons remettre au Préfet nous évoquons le RPG qui n’est toujours pas au point ; l’AUP est encore en train de sortir ses logiciels de modification !
 
PAS A LA HAUTEUR

Cette administration n’a pas été à la hauteur de sa mission.
Elle aurait dû corriger elle-même ses anomalies et nous proposer des logiciels et des documents au point dès le mois de janvier.
Nous demandons que les erreurs du RPG n’aient aucune incidence sur nos aides du 1er pilier comme du 2ème pilier.
Nous demandons aussi un délai supplémentaire de 15 jours.
Je trouve anormal et lamentable que les agriculteurs aient à payer des conseillers pour corriger les erreurs et les approximations de l’administration.
 
SUR LA CONDITIONNALITE, nous n’avons pas à subir des contrôles vexatoires et des brimades  au motif que nous percevons des soutiens.
Ces soutiens sont justifiés, à moins que le blé soit payé 250 ?/tonne, le colza 450 ? , la viande de boeuf 4 ? le kg, comme c’était le cas avant les réformes de la PAC.
Je ne vois pas pourquoi le respect des textes réglementaires (qui constitue l’essentiel de la conditionnalité) ne toucherait que les bénéficiaires des aides. C’est une curieuse tournure d’esprit.
S’il manque une donnée sur un seul îlot, vous devez rembourser 1 % de toutes vos aides car maintenant on y ajoute les mesures agro-environnementales telles que la Mesure Rotationnelle ou la PHAE.

PROGRESSIVITE  ET PROPORTIONNALITE

Il faut rétablir de la progressivité et de la proportionnalité.
La progressivité ne doit pas être limitée dans le temps, elle doit être permanente et passe par une phase de rappel à règlement, du moins pour les petites erreurs commises de bonne foi.
Il faut rétablir le droit à l’erreur, d’ailleurs l’Administration se l’accorde bien. Si nous pouvions réclamer des pénalités sur les retards de paiement , elle serait probablement plus efficace !
Il faut surtout arrêter de changer sans cesse les règles et supprimer ce qui est inutile pour l’environnement et pour la qualité des produits.
La Charte des Bonnes Pratiques d’Elevage est la bonne voie, elle est de plus en plus efficace car la filière la porte et la valorise.
Nous sommes ouverts.
Nous avons démontré que nous savions faire des progrès, nous avons la nourriture la meilleure et la plus sûre du monde,  nous avons amélioré nos fermes,  nous avons modernisé et rendu attractif notre métier.
Tout cela, sans la nouvelle paperasserie qui nous tombe sur le dos.

CALAMITE

Nous sommes aussi allés dire au Préfet que nous sommes très mécontents de notre DSV et particulièrement de son service des installations classées qui est une véritable calamité pour l’agriculture haut marnaise.
Non seulement ce service n’en fait qu’à sa tête, il nous empoisonne la vie avec ses interprétations restrictives et ne répond pas aux éleveurs quand ils ont besoin de lui. C’est ainsi qu’une bonne dizaine d’éleveurs attend toujours le « feu vert » de la DSV pour commencer à construire un bâtiment devant bénéficier d’une dérogation au régime de la déclaration.
Il paraît qu’il n’y a pas assez de personnel, nous pensons surtout qu’il y a un manque d’organisation dans ce service qui ne privilégie pas le soutien de l’activité économique. J’ai interpellé le DSV à ce sujet, il me recevra lundi prochain.

DANS CES CONDITIONS

Comment la France et ses entreprises peuvent-elles rivaliser avec ses concurrents ?
C’est un vrai problème pour notre pays.
Nous avons également parlé du PMBE, du pâturage de la jachère.
Bien entendu nous avons évoqué le bilan de santé de la PAC pour dire qu’il faut surtout arrêter d’empiler de nouveaux règlements et de démonter les organisations de marché.
Nous voulons produire en quantité, en qualité et à un prix raisonnable. Pour cela nous avons besoin d’une autre administration, une administration qui nous conseille, qui est bienveillante, et non pas d’une administration qui ne ferait que contrôler et sanctionner.
La coupe est pleine !

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