L'Avenir Agricole et Rural 29 juillet 2010 à 10h03 | Par E. DAUPHIN

Maison du Houblon - Aux temps des planteurs de Rivière

A Rivière-les-Fosses, non loin de Vaux-sous-Aubigny, on a cultivé le houblon jusqu’aux années 70. Cette plante aromatique donne de l’amertume à la bière. Retour sur un siècle de production mêlé d’histoire.

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Du houblon haut-marnais ?

Le Houblon de Rivières-Les-Fosses faisait parti des "Houblons de Bourgogne", introduit en 1833 à Beire le Châtel par Victor Noel, maître de forges, à une époque où le minerai commençait à péricliter. Il rapporte le houblon de ses voyages dans l’Est. Les premiers pieds sont plantés sur le sol haut-marnais en 1850. Avec la Guerre de 70, l’Alsace, première région productrice, est rattachée à l’Allemagne et laisse la part belle au houblon bourguignon.

En outre, la crise phylloxérique au début du siècle dernier poussé à cette culture de remplacement de la vigne. En 1930, la production bourguignonne atteint 800 ha de plantation. Elle s’étend au canton de Prauthoy sur 80 ha. (source : Les Etudes Rhodanniennes, vol 6, M. Peyre)

En 1950, la Bourgogne mise sur la production viticole et la politique agricole soutien l’Alsace. Le houblon bourguignon n’est plus coté sur le marché à partir de 1965. Les investissements de modernisation consentis par les planteurs les plus avancés finissent de les ruiner (achat de machines, fumures chimiques, fils de suspension…). L’arrachage se fera sur une quinzaine d’années. Les derniers pieds sont arrachés à Rivière-les-Fosses en 1972.

Les étapes de production

Toutes les conditions pédo-climatiques étaient réunies pour faire de Rivière-les-Fosses un site de production de haute qualité : une terre argilo-calcaire, beaucoup d’eau en sous-sol du fait de la présence de la Coulange, affluent du Badin qui se jette dans la Saône, ainsi qu’une vallée encastrée, le plus grand ennemi du houblon étant le vent.

La taille de printemps : comme dans les vignes, le houblon reste en terre d’une année à l’autre. Au printemps, il est taillé à ras du sol. Un mois plus tard, la plante forme un buisson dont on ne garde que les trois plus beaux brins. On implante alors une perche en sapin de 8 mètres à l’aide d’un «piantoux». Elle sera entièrement recouverte de la plante qui s’enroulera autour dans le sens des aiguilles d’une montre.

Les traitements à base de soufre et de jus de tabac étaient effectués au pulvérisateur à dos, équipés de hautes lances afin d’aller le plus haut possible. Aujourd’hui, cette opération est réalisée par avion, mais à l’époque, les houblonniers étaient aspergés autant que les plantes…

La cueillette : les fleurs arrivent à maturité début septembre. Il fallait beaucoup de main-d’œuvre et tout le monde y participait. La plante était coupée et on arrachait la perche sur laquelle elle s’était enroulée afin de cueillir les fleurs. C’était une opération pénible car la plante piquante noircissait les mains et surtout, elle était infestée d’aoûtats.

Le séchage : afin de stabiliser la précieuse lupuline à l’intérieur de la plante, les greniers étaient équipés de calorifères. Le village de Rivière en comptait jusqu’à trente. Le houblon était disposé sur un vaste tamis en dessous duquel un poêle soufflait de la chaleur afin de sécher et de refermer les fleurs.

Commercialisation de la Plante à Chagrin

Une fois séché, le houblon était stocké en tas dans les greniers d’octobre à décembre, dans l’attente du courtier. Celui-ci, chargé d’en évaluer la teneur en lupuline et la qualité du séchage, faisait le tour des producteurs et achetait le houblon pour le compte de grossistes qui revendaient aux brasseurs du monde entier.

Le houblon, comme toutes les productions agricoles, est soumis aux aléas du marché. Le prix varie de 0,70 à 10 francs selon l’abondance des récoltes, comme le relate M. Peyre dans «Les études rhodanniennes» parut en 1930, avec une étonnante modernité.

Le houblon était qualifié à juste titre comme «Plante à chagrin» : quand on le plante on ne sait pas si il va pousser et quand il a poussé on ne sait pas si on va le vendre et à combien…

C’est l’époque où les producteurs voient émerger avec beaucoup de méfiance le système coopératif comme la coopérative de Bourgogne, qui offrait pourtant des prix minimum garantis. Ils préfèrent en effet vendre au courtier qu’ils connaissent, craignant que leur houblon soit mélangé avec celui des autres.

L’âme de la maison du Houblon

Françoise Ribault fait partie de l’association des Guides de Terroirs. Elle a suivi une formation sur la réalisation de projets touristiques en milieu rural à la MFR de Saint Broingt avec des intervenants passionnants tels que Michel Sarrey et Jean-Yves Goustiaux. Cette formation était destinée mettre en valeur le patrimoine local en s’appuyant sur les vestiges d’histoire locale et sur la mémoire des anciens, tout en offrant un complément de revenu à des femmes d’agriculteurs. «Au départ, témoigne Françoise, j’ai suivi cette formation pour m’insérer dans la vie locale. Pour mon mémoire de fin d’études sur le thème du houblon dont j’avais eu écho de la renommée passée. J’ai alors rencontré Monsieur Mielle, ancien houblonnier, qui fut intarissable sur le sujet. Puis la nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre dans le village. Impossible que ça reste sur le papier, il fallait passer à la réalisation du projet. La municipalité a restauré l’ancienne huilerie au centre du village, afin d’accueillir du public. Je l’ai entièrement aménagée à partir de témoignages, d’anciennes photos et d’outils que j’ai mis en scène… De nombreux bricoleurs m’ont apporté spontanément des maquettes, dont une qui est animée (grâce à un moteur de balai d’essuie-glaces!). C’est une aventure humaine extraordinaire, comme un hommage rendu à une production disparue abruptement des terres mais pas des coeurs. J’ai réalisé un film qui recueille les témoignages des anciens du village qui ont vécut l’âge d’or du houblon. Récemment un visiteur s’est reconnu sur une photo de cueillette. C’était très émouvant».

La Maison du Houblon est ouverte les week-end de juin à septembre ainsi que les jeudi et vendredi en juillet août, de 14h00 à 18h00.

L’entrée est de 3 euros (gratuit pour les moins de douze ans), tarifs de groupes.

Renseignements : 03 25 90 19 33

Le saviez-vous ?

L’Humulus lupulus est le nom latin du houblon, plante de la famille des cannabinacées. Il était appelé dans le langage populaire «le bois du diable» parce qu’il grimpe aux arbres comme cent diables…. Il produit des fleurs dioïdiques (sexuées), dont les inflorescences femelles forment des cônes recouverts d’une fine poussière résineuse jaune doré odorante et amère, le lupulin, qui procure à la bière arôme, saveur et qualités digestives.

Le houblon est également connu pour ses vertus sédatives et antispasmodiques. Les planteuses en mettaient dans l’oreiller des enfants pour les aider à s’endormir.

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