Densifier la production pour nourrir le monde
Alors que le monde se relève à peine d’une crise financière sans précédent, Michael Horsch prône une Europe des vingt cinq unie au sein d’un monde tripolaire, reposant sur l’équilibre des puissances Etats-Unis, Europe et Chine.
Confrontée à la fois à une montée en puissance de pressions environnementales, (suite à Fukuschima, les verts sont à présent 35 % en Allemagne), ainsi qu’à la menace d’un libéralisme aveugle, l’agriculture est-elle en mesure de nourrir neuf milliards d’individus à l’horizon 2050 ?
Un contexte de pénurie
Michael Horsch parcours l’hémisphère nord en émissaire des techniques culturales simplifiées, observant l’évolution des marchés émergeant, sur lesquels il porte un regard particulier en tant qu’agriculteur et fabricant de matériel agricole. Parfois à contre-courant de la presse économique, il tire la sonnette d’alarme au sujet des tensions sur le marché des céréales.
En effet, si la production agricole de 2008 a atteint le niveau historique de 2,3 milliards de tonnes, permettant de reconstituer quelque peu les stocks mondiaux, cette performance est due à une conjonction de facteurs climatiques exceptionnellement favorables sur le plan agronomique (pluviométrie régulière et abondante au printemps). Un cas de figure qui, semble-t-il, ne se présenterait que tous les vingt ans. Or, la demande mondiale de céréales a atteint les 2,3 milliards de tonnes en 2010 sous l’effet de la croissance démographique.
Prenant comme année de référence l’année 2008, en terme de production agricole, l’observateur estime que si la Chine renouvellera en 2011 le challenge de 2008, l’Europe ne devrait produire que 90 % de la récolte 2008. Et si il est optimiste sur les performance de certain pays de l’Est comme l’Ukraine ou le Kazakstan, les volumes concernés seront insuffisants à détendre le marché.
Pour Sylvie Brunel, le défi est colossal. Avec neuf milliards d’individus en 2050, la production agricole devrait atteindre 3,4 milliards de tonne, soit un milliard de tonnes de plus qu’en 2008. Une pénurie alimentaire accentuée par des concurrences d’usages entre les filières alimentaires et énergétiques.
Constat d’autant plus alarmant pour Michael Horsch que les leviers de productivité sont limités : prix de l’azote lié au coût de l’énergie, ressources limitées en phosphore, ressources foncière en baisse de 13 millions d’hectares par an sous l’effet de l’artificialisation.
Finalement, même démodé, le défit d’après guerre sur la souveraineté alimentaire, mis au placard par un certain nombre de «citadins repus» selon l’expression de Sylvie Brunel, n’a jamais été autant d’actualité. A celui-ci vient se greffer un défi environnemental. Cependant, les deux spécialistes s’entendent à considérer que l’humanité a en main toutes les cartes pour relever le défi d’un développement durable.
Les réponses structurelles
Les coûts de transport vont contribuer à rendre compétitive l’agriculture de proximité. Les terres cultivables seront progressivement drainées et rendues accessibles au fur et à mesure que les besoins se feront pressant et que les niveaux de prix justifieront de tels investissements. Cette réserve de foncier est estimée à 20% de la surface en Afrique. Il faut favoriser les transferts de technologie vers les pays du sud (mécanisation et méthodes de fertilisation modernes). Trop souvent, les méthodes traditionnelles telles que la culture sur brûlis consomment trop de foncier par rapport aux rendements escomptés. Le rapport est de un à dix par rapport aux rendements européens. Le devenir de l’Afrique reste néanmoins lié à sa transition démographique. Celle-ci peut être très rapide dès lors que les femmes ont accès à l’éducation et au planning familiaux afin de maîtriser les naissances.
Les ruraux sont les premiers touchés par la faim et ils ne viennent grossir les rangs des bidonvilles, dans lesquels plus de 70 % du budget est consacré à l’alimentation. Ces non-consommateurs doivent être accompagnés sur le terrain et par des politiques agricoles pour en faire des partenaires commerciaux et non des concurrents. Ces besoins primaires satisfaits, d’autres besoins vont se développer, au bénéfice de la paix et de la croissance mondiale.
Pour un pacte sociétal renouvelé
Les agriculteurs doivent reprendre confiance en leur métier et revendiquer la révolution verte qu’ils ont entrepris depuis déjà bien longtemps : division par dix en dix ans des quantités d’engrais, implantation de bandes enherbées le long des cours d’eau, rôle des cultures et des prairies dans la séquestration du carbone équivalant à celle des forêts, aménagement du territoire, les paysages étant façonnés depuis des siècles par une tradition agraire. L’objectif est d’endiguer les contraintes réglementaires qui s’accumulent à l’encontre de la profession sans contre-partie ni moyens, en particulier depuis le Grenelle de l’Environnement. Sylvie Brunel voit un autre risque dans la sanctuarisation prônée par certaines ONG aboutissant à une nature de conservation hostile à toute activité humaine.
«Vous êtes la nouvelle INRA» clame l’économiste à l’attention de l’assemblée composée d’agriculteurs et de constructeurs, les encourageant à aller ensemble vers des solutions toujours plus innovantes, en ne négligeant aucune piste par obscurantisme intellectuel. Les OGM constituent à ses yeux une voie à explorer, même si elle peut comporter certains risques qu’il convient de mesurer. Les innovations agronomiques et mécaniques comme par exemple des itinéraires simplifiés, contribuant à une agriculture durable, capable de nourrir la planète, sont à encourager.
Le travail en bande pour améliorer la productivité à l’hectare
Strip-till : inspirée des pratiques américaines, cette technique consiste à ameublir le sol sur la ligne de semi afin de stimuler le système racinaire profond des plantes en ligne (maïs, colza, betteraves), un atout en cas de stress hydrique. Elle nécessite un autoguidage du tracteur. Le semoir Focus TD de chez Horsch, permet une fissuration du sol avant semis. Les terres de champagne et les limons sont particulièrement adaptées alors que les terres argileuse où calcaires vont nécessiter un déchaumage préalable.
En développement, le Dam Tiger (ci-contre) : adapté à nos latitudes, cet outil de travail profond du sol pour la culture de maïs a pour but d’optimiser la dégradation des matières organiques durant la période hivernale. Il permet de créer des buttes à l’automne, enfouissant la matière organique à 15 cm du sol pour une libéralisation des éléments nutritifs dès le semis, effectué par autoguidage au sommet des buttes. Cette technique aurait permis un gain de rendement de 20% en République Tchèque par rapport à un strip-till classique.
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