L'Avenir Agricole et Rural 19 septembre 2013 à 09h40 | Par A JEANSON

LOUP - Attaques d’ovins: fin du suspense

«La présence avérée du loup est officielle» déclare Vincent Montibert, directeur départemental de l’ONCFS. Le loup a été photographié mercredi 11septembre à 22h30 par les services de l’ONCFS.

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Nicolas Boucley, avec une des brebis attaquée dans la nuit du 12septembre.
Nicolas Boucley, avec une des brebis attaquée dans la nuit du 12septembre. - © EDauphin

Sa photographie peu avant qu’il tue une brebis et en blesse six autres au sein du troupeau de l’EARL Boucley à Nully a assuré vendredi dernier à la Préfecture à établir un arrêté permettant aux lieutenants de louveterie d’effectuer des tirs de défense et d’effarouchement afin de protéger les élevages. Nicolas et Michèle Boucley ont donc reçu la visite de Xavier Logerot, chef du service environnement et ressources naturelles de la Direction Départementale des Territoires, venu leur déposer et expliquer officiellement l’arrêté préfectoral. «C’est un dispositif très encadré. Ce sont des opérations de protection de troupeaux. Le loup reste une espèce très protégée» a souligné Xavier Logerot.

 

«On a franchi un cap supplémentaire»

Deux exploitations, l’EARL Boucley et la société agricole de Lionel Prudent à Guindrecourt-sur-Blaise, vont bénéficier pour l’instant de ce dispositif. Mais les éleveurs d’ovins aubois situés seulement à quelques kilomètres et eux aussi victimes des attaques du canidé, ne devraient pas tarder à en bénéficier comme l’explique François Jehlé, président des lieutenants de louveterie du département et de la région. « Nous sommes mandatés pour assurer la défense du cheptel. Jusqu’à présent, nous étions limités à un devoir d’observation. L’arrêté d’abattage des chiens errants perdure jusqu’au 4octobre. On nous demande désormais de défendre les exploitations victimes du loup. On a franchi un cap supplémentaire avec cette présence avérée du loup. Nous organisons des rondes régulièrement. Depuis le début du mois et la recrudescence des attaques, un ou deux louvetiers agissent sur la Haute-Marne et de même sur l’Aube. Si des attaques du même type sont reconnues dans l’Aube, un arrêté suivra. Il y a eu des prélèvements effectués sur les animaux et nous attendons les résultats des analyses ADN». Mais soyons clairs, il s’agit de tirs de défense et la prudence est de rigueur. L’animal ne pourra être abattu qu’à condition d’être surpris au milieu d’un troupeau ou en position d’attaque comme l’affirme Vincent Montibert. «Les tirs de défense sont une possibilité de prélever un animal en train d’attaquer». Ce qui ne rassure pas totalement Nicolas Boucley. «Comment cela va-t-il se passer dans les années à venir?» s’est interrogé ce dernier, qui redoute à la fois que le loup se reproduise et que d’autres arrivent à plus ou moins long terme. A cette question, Vincent Montibert a indiqué que des clôtures ou des fils électriques pourraient être installés. Des solutions pas forcément évidentes à mettre en place selon le jeune éleveur, notamment en raison de leur coût et du périmètre à couvrir.

 


Une procédure d’indemnisation à la fois soulagé et inquiet

Nicolas Boucley a toutefois apprécié que «l’affaire avance étape par étape». Il reste réaliste. «Les attaques ne vont pas s’arrêter du jour au lendemain» confie-t-il. Ce dispositif va avoir ses effets mais il y aura toujours des dégâts. «Tous les matins, nous nous levons avec la crainte que de nouvelles attaques aient été commises» soupire Michèle Boucley. Des attaques qui portent préjudice à leur exploitation agricole. «C’est une perte immédiate mais également pour les années futures car certaines brebis étaient en période de reproduction. Certaines ont été apeurées et stressées. C’est suffisant pour les faire avorter… Cette perte difficile est à prouver» s’inquiète Nicolas Boucley. Quant aux indemnisations, des forfaits sont appliqués en répondant à une procédure nationale mise en place dès 1993 (cf encadré). Des expertises ont été faites et, pour l’heure, une seule proposition d’indemnisation a émané de la DDT. «L’avenir va nous imposer des contraintes. On ne peut pas tout arrêter. L’élevage de moutons, c’est notre gagne-pain. On a investi en conséquence…» conclut le jeune exploitant agricole. Depuis le 22juin, 72 ovins ont été attaqués dont une vingtaine tuée. Le bilan est suffisamment lourd. Il est temps que tout cela s’arrête.

 

L’indemnisation des dommages pour «cause de mortalité liée à une prédation, responsabilité du loup non exclue» est constituée de trois éléments:

1) les pertes directes: valeur de remplacement des animaux blessés ou tués identifiés selon un barème établi suivant le coût réel des animaux (prix du marché, facilité de remplacement, perte de production viande/laitière/génétique....) ;

2) les animaux disparus: forfait de 20% des pertes directes pour compenser les éventuels animaux ayant disparu lors d’une attaque;

3) les pertes indirectes: compensation des pertes de production du troupeau liées au stress provoqué par une attaque (avortements, perte de poids, diminution de la lactation...).

 

 

COMMUNIQUÉ DE LA PRÉFECTURE


Le loup formellement identifié en Haute-Marne

Le préfet de la Haute-Marne autorise les tirs de défense pour deux troupeaux

 

Au cours d’une nouvelle attaque de troupeau, survenue à Nully dans la nuit du 11 au 12septembre, un prédateur a été photographié et formellement identifié par les services de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) comme étant un loup.

Depuis la fin du mois de mai, près d’une trentaine d’attaques ont eu lieu sur le secteur limitrophe Aube/Haute-Marne.

Deux élevages de Haute-Marne ont été particulièrement touchés par des attaques répétées.

Afin de protéger ces troupeaux, Jean-Paul CELET, préfet de la Haute-Marne, a décidé d’autoriser les deux éleveurs à effectuer des tirs de défense sur les communes de Nully, Blumeray, Guindrecourt sur Blaise, Blaise et Champcourt.

Cette autorisation sera déléguée, par les éleveurs, à des lieutenants de louveterie.

L’arrêté interpréfectoral du 2septembre 2013, autorisant la destruction de chiens errants reste applicable jusqu’au 4octobre, au matin.

 

 

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