L'Avenir Agricole et Rural 06 novembre 2020 à 10h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

Les vaches de l’Alpa à la pointe de la recherche

Trois lots de vaches de l’Alpa ont participé à une expérience inédite, au cours de laquelle elles ont révélé une grande capacité à générer des anticorps contre le coronavirus, après avoir reçu des injections de protéines. Le laboratoire Genclis, qui produit ses nouveaux immunogènes, a ainsi été en mesure de formuler des protocoles d’immunisation qui ne sont pas des vaccins, mais qui permettent de produire des antisérums.

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Le professeur, Bernard Bihain, et la présidente de l’Alpa, Lydie Saunier, en compagnie de Gitoffe et Epique, deux vaches emblématiques du troupeau de l’Alpa.
Le professeur, Bernard Bihain, et la présidente de l’Alpa, Lydie Saunier, en compagnie de Gitoffe et Epique, deux vaches emblématiques du troupeau de l’Alpa. - © JL MASSON

Le directeur de la ferme du centre de formation de l’Alpa (54), Joris Erzen, se souviendra longtemps de l’appel téléphonique reçu en mars, en pleine période de confinement. Son interlocuteur n’est autre que le technicien de Sodiaal, dépêché par Bonilait, la filiale spécialisée dans la poudre de lait du groupe coopératif. Le laboratoire de recherche médicale Genclis de Vandoeuvre recherche un troupeau proche de Nancy, pour mener un essai clinique sur le coronavirus, en lien avec les hôpitaux universitaires de Strasbourg.

Injection par la voie intrapéritonéale
L’homme-orchestre de la ferme entre immédiatement en contact avec le professeur Bernard Bihain, le patron de Genclis, qui va conduire personnellement les opérations. Il sélectionne 9 vaches laitières plutôt en fin de carrière. Il s’agit de leur pratiquer une injection par la voie intrapéritonéale (dans le péritoine) de protéines soigneusement sélectionnées par Genclis, dans le but de faire fabriquer des anticorps aux animaux.

Eviter toute controverse

Très satisfait de ces résultats, Bernard Bihain songe à fabriquer des sérums. Il faut prélever pour cela 2 litres de sang et 10 litres de lait sur les deux vaches les plus remarquables du lot sélectionné. Si le travail sanguin est aisé, Genclis butte sur la matière grasse du lait, gênante car ne contenant pas d’anticorps. Il faut écrémer pour isoler le lactosérum porteur des précieux anticorps. Mais le laboratoire ne dispose pas de l’équipement indispensable à ce traitement du lait. Il fera alors appel au groupe Ermitage, rompu à l’exercice dans le périmètre de sa tour de séchage. Le fromager coopératif vosgien ira jusqu’à installer un mini-labo, dans les locaux de Genclis.
Bernard Bihain est persuadé qu’il est sur la bonne voie, mais il veut en acquérir la certitude définitive et éviter toute controverse. Sa quête est celle d’une sérothérapie ciblant les malades graves liés à la Covid-19.

« Les 85 % de patients qui récupèrent en quatre jours, n’ont pas besoin de nous. Nous visons les patients âgés, hospitalisés et victimes de comorbidité » affirme le chercheur. Il ne croit pas à la vaccination prophylactique de masse, telle que l’envisagent les grandes firmes du médicament. Il en redoute au contraire des effets dramatiques, à la lumière de ce qui s’est passé pour la vaccination contre la dengue.

Conserver le sens des priorités

On sait aujourd’hui, qu’il ne sera pas réglementairement possible d’utiliser des produits d’origine bovine en thérapeutique humaine, mais les retombées de cette expérimentation sont d’importance capitale, explique Bernard Bihain. « Les vaches sont, comme l’homme, confrontées aux coronaviroses. L’induction d’anticorps exclusivement neutralisant dans ce contexte valide notre choix d’immunogène, sa sécurité, les doses efficaces et le calendrier des injections. Mais cela n’est pas le plus important ; sans les vaches de l’Alpa, nous n’aurions pas compris les mécanismes qui protègent la très grande majorité des formes sévères de la Covid-19. Nous avons aussi appris que les anticorps neutralisant le virus ne durent pas en absence d’immunisations répétées. Ça, c’est pour la mauvaise nouvelle, la bonne nouvelle est que leurs précurseurs, eux, perdurent et il devrait être possible de les augmenter.

Vous pourrez retrouver l'intégralité de cet article dans notre édition du 06 Novembre 2020.

« L’infidélité de la transcription »

La société Genclis a été fondée en 2004 par Bernard Bihain et ses associés. Trois ans plus tard, elle découvre un mécanisme biologique qualifié de majeur par la communauté scientifique : « l’infidélité de la transcription ». Celui-ci débouchera sur un  brevet en 2012 lequel établit le lien entre les protéines infidèles produites par l’ARN (acide ribonucléique) et l’immunité, qui permet la défense des organismes. Cette découverte génère une nouvelle avancée, il y a deux ans, Genclis est alors en mesure d’expliquer pourquoi quelqu’un est allergique. C’est cette même technologie que le laboratoire utilise dans sa recherche contre le coronavirus.

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