L'Avenir Agricole et Rural 30 juillet 2015 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

Les éleveurs veulent se faire entendre

Les agriculteurs haut-marnais ont fait part de leur mécontentement en manifestant à leur manière le 23 juillet dernier, dans la nuit de mercredi à jeudi. Ils ont bloqué deux laiteries et déversé du fumier devant l’entrée des grandes surfaces.

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Les éleveurs ont manifesté la semaine dernière, dans le nord et le sud du département.
Les éleveurs ont manifesté la semaine dernière, dans le nord et le sud du département. - © JA 52

Les éleveurs sont dans une situation intenable, que se soit pour la viande ou le lait, les charges augmentent continuellement et les prix d’achats se situent en dessous des coûts de production. L’embargo russe tire les marchés de la poudre de lait vers le bas. De plus, la sécheresse qui perdure ne fait qu’aggraver les choses : les agriculteurs doivent déjà puiser dans leur stock fourrager hivernal pour nourrir les animaux et la chaleur a pour effet de réduire la production laitière. Face à cette conjoncture intenable, les JA 52 ont appelé à mener des actions coup-de-poing dans tout le département.

 

Les éleveurs haut-marnais ont manifesté tardivement, par rapport à leurs collègues normands. Cette situation s’explique par le fait que les exploitations de notre département sont principalement en système de polyculture élevage. Les agriculteurs haut-marnais étaient donc occupés à moissonner, (d’autant plus que les rendements en céréales sont très corrects cette année), à collecter la paille ou à prendre soin de leurs bêtes souffrant de la chaleur.

 

Manifestations devant les supermarchés

Les JA 52 des cantons sud et nord du département ont bloqué l’accès des grandes surfaces et déversé du fumier. A Saint-Dizier, une trentaine d’agriculteurs en ont déposé plusieurs tonnes devant les portes d’accès (ainsi que sur les parkings) d’Intermarché, de Cora et de Leclerc, afin de se faire entendre. Les éleveurs veulent un prix du lait et de la viande plus juste et expriment leur mécontentement face aux grandes surfaces qui vendent beaucoup de viande étrangère à la pelle, sans privilégier l’origine française.

 

A Langres et à Saints-Geosmes, ils étaient une soixantaine d’agriculteurs à faire de même dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, sur le parking d’Intermarché, allant jusqu’à s’attaquer aux hards discounters Aldi et Lidl. Cette manifestation a perturbé les livraisons des supermarchés. Les éleveurs ont bloqué la circulation à l’entrée de la ville à l’aide de leurs machines agricoles, obligeant les poids lourds et les camions frigorifiques à s’arrêter.

 

Deux laiteries bloquées

Jeudi matin, les agriculteurs ont également bloqué l’accès à l’entreprise Bongrain (une laiterie basée à Illoud) à l’aide de fumier et de tracteurs. Cette opération est lourde de sens, puisqu’il s’agit de la seule laiterie privée du département, ce qui explique pourquoi la laiterie de Peigney n’a pas été visée, puisqu’elle appartient à la coopérative Sodiaal. « Dans les entreprises privées, on a un gros manque de transparence au niveau du prix du lait. Nous menons des actions car nous exigeons cette transparence dans un premier temps, puis par la suite nous négocierons les prix » explique Cédric Jappiot, président des JA 52. Ce fut l’occasion pour les représentants des JA de rencontrer le directeur de Bongrain pour lui faire part de leurs revendications, notamment de la différence entre le prix d’achat payé aux éleveurs et celui affiché en magasin. Le directeur semble avoir compris la détresse des agriculteurs, il est en effet favorable à une meilleure rémunération du lait aux producteurs. Cette mobilisation a duré 24 heures, une laiterie meusienne (l’usine Lactalis à Raival) a également été visée vendredi dernier.

 

Sous surveillance

La FDSEA est en réflexion quant aux futures actions à mener dans le département, mais est bien décidée à ne pas baisser les bras. « On ne peut pas continuer avec des prix aussi bas. Les accords sur la viande sont partiellement respectés, mais il y a un problème de répartition des marges et le travail des éleveurs français n’est pas rémunéré à sa juste valeur, sans compter l’inégalité de la France en termes de charges et de normes, par rapport aux autres pays européens. Nous surveillons l’application des mesures de près, mais actuellement le prix de la viande reste insuffisant. Par conséquent, nous allons continuer nos actions en organisant des blocages au niveau des péages haut-marnais de jeudi à vendredi. déclare Thierry Lahaye, président de la FDSEA.

 

De son côté, la FDPL est pessimiste pour l’avenir, comme l’explique son président Richard Bourbon : « Le problème c’est qu’il n’est plus possible de fixer un prix à l’interprofession, la mise en place des quotas n’était pas anticoncurrentielle, à présent il y a une trop grande disparité de prix entre les laiteries et il est impossible pour un éleveur d’aller voir ailleurs. Je ne fais pas confiance aux laiteries, je ne suis pas sûr qu’elles appliquent la hausse de 4 cts par litre de lait ». Rappelons que cette hausse évite aux éleveurs de produire à perte, mais ne leur permet pas de se verser une rémunération.

à lire aussi dans notre page 4

Plan de soutien à l’élevage : les mesures départementales


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