L'Avenir Agricole et Rural 03 septembre 2020 à 10h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

Le projet de ré-autorisation des néonicotinoïdes ravive la polémique

En annonçant, début août, son projet de déroger à l’interdiction des néonicotinoïdes en enrobage de semences de betteraves, le gouvernement a relancé le débat.

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C’est par un communique le 6 aout 2020 que le ministere de l’Agriculture a annonce qu’il proposera une « modification legislative cet automne » pour permettre l’utilisation des neonicotinoïdes en enrobage de semences de betteraves. Une decision que le ministre Julien Denormandie justifie par la « crise inedite » que traverse la filiere, car « il n’existe pas aujourd’hui d’alternative pour proteger la betterave des pucerons et de la jaunisse ». Les semis 2021 seront decides dans les prochains jours, et l’infestation de jaunisse fait courir le « risque d’un abandon massif de la betterave», plaide la Rue de Varenne.
Cette derogation serait accordee pour cent vingt-deux jours, « pour la campagne 2021 et le cas echeant les deux campagnes suivantes ». Permise par la reglementation europeenne et deja en place dans quatorze pays producteurs sur dix-sept, cette mesure serait assortie de « conditions strictes d’usage » : pulverisation prohibee et «interdiction de planter des cultures attractives de pollinisateurs, suivant celles de betteraves ». Insecticides dangereux pour les pollinisateurs, les neonicotinoïdes sont interdits depuis septembre 2018.

« Du bon sens qui prime » selon la CGB

La derogation a venir s’inscrit dans un plan de soutien plus large, qui comprend notamment des indemnisations « dans le cas de pertes importantes » dues a la jaunisse (regime des minimis), 5 M€ supplementaires pour la recherche d’alternatives aux neonicotinoïdes, ou encore «la definition d’ici fin 2020 d’un plan de protection des pollinisateurs ». Le suivi de ce plan de soutien sera assure par le delegue interministeriel a la filiere betterave-sucre, dont la nomination est attendue depuis plusieurs mois. Il rendra des comptes aux deux ministres de la Transition ecologique et de l’Agriculture. Premiere reunion « a l’automne », precise la Rue de Varenne.
L’annonce du retour des neonicotinoïdes a relance la polemique sur ces insecticides. Avec des arguments similaires a ceux avances lors de leur interdiction, mais dans une situation differente : une filiere betteraviere fragilisee par la fin des quotas sucriers et menacee par la jaunisse.

Apiculture consultee

Les associations brandissent une petition signee par 115000 personnes entre le 7 et 20 aout et promettent d’« en appeler directement aux parlementaires », selon un communique de Generations futures. L’interprofession apicole, elle, n’a pas signe ce courrier, mais refuse en bloc le retour des insecticides. Dans un communique du 21 aout, elle affirme ne pas avoir ete consultee et estime que «le gouvernement reconnait [...] clairement [la] toxicite averee» des neonicotinoïdes, en interdisant de semer des cultures melliferes apres une betterave. « Mais il oublie les notions de persistance dans les sols et de remanence dans les cultures suivantes ». La derogation a l’interdiction des neonicotinoïdes « n’est pas satisfaisante dans la duree », a reconnu, le 10 aout sur Twitter, la ministre de la Transition ecologique Barbara Pompili. Et de poursuivre : « Nous limitons [...] au maximum l’impact environnemental de cette derogation », qui est « temporaire, limitee dans le temps pour la seule filiere betterave et tres encadree ». Ironie du sort : c’est elle qui, en 2016 en tant que secretaire d’Etat du gouvernement Valls, avait porte la loi Biodiversite qui a instaure l’interdiction des neonicotinoïdes.

Neonicotinoïdes : chronologie d’une affaire a rebondissements

- Decembre 2013 : La Commission europeenne instaure un moratoire des le 1er decembre 2013 concernant trois substances: la clothianidine, l’imidaclopride et le thiamethoxame.
- Aout 2016 : avec la loi pour la reconquete de la biodiversite, promulguee en 2016, la France prevoit une mesure plus stricte, a horizon 2018. Elle interdit l’utilisation des neonicotinoïdes sur le sol national, incluant cette fois cinq substances. Cela concerne la clothianidine, l’imidaclopride, le thiamethoxame, trois substances deja visees par l’UE, mais egalement deux autres, a savoir l’acetamipride et le thiaclopride.
- Fevrier/avril 2018 : l’Autorite europeenne de securite des aliments (Efsa) affirme en fevrier 2018 que « la plupart des utilisations des pesticides neonicotinoïdes posent un risque pour les abeilles ». Resultat : en avril, l’UE decide l’interdiction de toutes les utilisations exterieures des trois substances soumises au moratoire europeen.

Vous pourrez retrouver la suite de cet encadré dans notre édition du 04 Septembre 2020

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