L'Avenir Agricole et Rural 02 août 2018 à 09h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

LE PIGEON BARROIS : OBJECTIF QUALITÉ

Sandrine et Olivier Noirot sont les seuls colombiculteurs de Haute-Marne. Installés à Richebourg depuis 18 ans, ils élèvent 800 couples de pigeons et transforment la viande sur place. Sandrine a récemment ouvert un magasin de producteurs à Chaumont : L’atout Cœur fermier.

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Sandrine Noirot et son mari Olivier abattent et vendent 5000 pigeonneaux par an.
Sandrine Noirot et son mari Olivier abattent et vendent 5000 pigeonneaux par an. - © T MORILLON

En 2000, Olivier Noirot, passionnés par la colombophilie, décide de vivre de sa passion et se lance dans l’élevage de pigeons. Sa femme Sandrine qui adore cuisiner, s’occupe de la transformation et de la vente. Ils réalisent l’abattage ensemble, l’atelier de transformation se trouvant sur la ferme.

Car il faut du temps pour s’occuper des 800 couples de pigeons (environ 650 couples reproducteurs auxquels s’ajoutent les jeunes et les bêtes de réforme), sélectionnés avec soin sur l’exploitation. « On pourrait acheter de jeunes reproducteurs et les faire venir, mais les trois jours de transport entraîneraient un trop gros stress. Alors on fait un tri directement sur l’exploitation selon ce qu’on veut, des gros ou des petits » explique Olivier. Un couple donnera deux œufs qui écloront au bout de 17/18 jours. Deux semaines plus tard, après l’éclosion de la couvée, la femelle recommence à ovuler et pond à nouveau deux œufs. Le couple devra donc s’occuper de plusieurs petits dans deux nids différents.

 

Les pigeons sécrètent du lait de jabot pour nourrir leurs progénitures, une substance particulièrement nutritive permettant un développement rapide des pigeonneaux, qui doublent leur poids en deux jours. Les parents donneront ce lait de pigeon pendant 8 jours aux pigeonneaux. Afin d’obtenir une meilleure qualité de viande, les volatiles sont abattus au bout de 35 à 40 jours au lieu de 28 jours pour un élevage classique.

 

Nourris au lait et aux graines

Une observation constante des volatiles est indispensable, il faut surveiller les nids et repérer les individus qui sont improductifs. Olivier ne veut pas utiliser de médicaments ou de compléments alimentaires. Il achète de grosses quantités de grains à des agriculteurs : petits pois (50 % de la ration), blé, colza et maïs, soit entre 50 et 60 tonnes de graines par an. « Les plus grosses charges de l’exploitation concerne l’alimentation car il faut cinq fois plus de grains pour faire un kilo de pigeon que pour faire un kilo de poulet. On pourrait utiliser des granulés pour qu’ils se développent plus vite et avoir une meilleure rentabilité, mais nous cherchons à faire de la qualité » précise l’éleveur. C’est ce qui explique le prix élevé de la viande de pigeon.

 

Le poste alimentation étant très important, l’exploitation est très impactée par les fluctuations de prix des cultures. Il arrive que les exploitants doivent adapter leur prix de vente en fonction de celles-ci. D’après Olivier, « la colombiculture n’est souvent qu’un atelier sur la ferme car beaucoup d’éleveurs n’arrivent pas à en tirer un revenu ».

 

Trouver les débouchés

« Pendant 10 ans on a fourni de la viande a des restaurateurs locaux, mais la lassitude a fini par gagner, et puis c’était très fatiguant et pas assez rentable » explique Sandrine. « Puis à l’occasion d’un salon à Mulhouse en 2011, on a rencontré des producteurs de l’association Pari Fermier. Les adhérents font des marchés événementiels et écoulent leurs productions dans les grandes villes. On a créé des liens et on a enfin trouvé des débouchés, il ne fallait pas rester uniquement sur de la clientèle locale ».

 

 

Dans son atelier de transformation, Sandrine confectionne une quarantaine de produits afin de satisfaire tous les goûts de sa clientèle : conserves, produits frais, plats sans porc ou sans alcool… Des produits vendus dans des marchés à Paris ou Lyon, mais aussi en Haute-Marne : « je fais le marché de Chaumont depuis 18 ans et pourtant il y a encore des personnes qui découvrent le pigeon haut-marnais ».

Une vitrine pour les produits fermiers

Soucieuse de mettre en avant les producteurs (Sandrine a été président du GIE Richesses du Terroir pendant 15 ans), elle a donc ouvert un magasin de producteurs Boulevard Diderot à Chaumont fin mars. On y retrouve des produits haut-marnais provenant exclusivement d’agriculteurs (excepté la bière). Les photos et le nom des exploitants sont affichés à côté de leurs produits dans le magasin. « Les gens ont besoin d’un contact avec le producteur, ils veulent savoir d’où ça vient et comment ça a été fait. Quand je fais de la vente par internet, les clients appellent ou envoient des mails car ils veulent des explications. Ils ont besoin d’avoir confiance ».

L’Atout Cœur fermier propose des produits complémentaires à d’autres magasins de producteurs. « Brin de campagne a une boucherie, alors que je n’ai même pas de chambre froide, et d’une manière générale, ce ne sont pas les mêmes produits que l’on retrouve dans mon magasin » explique la gérante qui a embauché sa fille Ophélie pour tenir la caisse. « Et même s’il y a quelques produits similaires, les supermarchés proposent bien les mêmes marques ». Évidemment, les produits sont choisis en fonction de leur qualité : « je préfère vendre du champagne d’un vigneron manipulant que d’une coopérative ».

 

 

 

Sandrine a comme projet de proposer des paniers de saison à ses clients, sur commande. En fin d’année, de nouveau produits seront disponibles, mais ils ne seront pas forcément locaux : « on ne fait pas d’huile d’olive ou d’amandes en Haute-Marne alors que des producteurs français font des excellents produits » explique-t-elle.

 

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