L'Avenir Agricole et Rural 05 janvier 2017 à 08h00 | Par G. Perrin

Le cœur de gamme veut se faire une place

En quête de valorisation pour leurs animaux, les éleveurs bovins ont mis en place au mois de juin le dispositif «Cœur de gamme». Les échanges entre la FNB et la grande distribution se poursuivent pour que cette démarche gagne en efficacité.

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Jean-Pierre Fleury et Roger Lanfroy, respectivement président et trésorier de la FNB.
Jean-Pierre Fleury et Roger Lanfroy, respectivement président et trésorier de la FNB. - © G.P.

La Fédération Nationale Bovine a lancé en juin le plan «Cœur de gamme» pour revaloriser la viande bovine issue de races allaitantes. Six mois plus tard, la FNB fait le point avec les sections bovines du Grand Est à l’occasion d’une conférence de presse organisée au Gaec des Grandes Voies, à Vraux (Marne).

«Les éleveurs font face depuis plusieurs mois à une crise structurelle qui met en péril l’existence du troupeau allaitant», rappelle la FDSEA de la Marne. Le prix moyen pondéré – qui n’a évolué que de 20 % au long des deux dernières décennies – est jugé beaucoup trop bas par les producteurs : «il manque 50 centimes d’euros par kilo de carcasse pour simplement couvrir nos charges», martèle le Marnais Roger Lanfroy, trésorier de la FNB. Arthur Hannetel, l’éleveur local, vend son kilo de carcasse à 3,58 Euros. Malgré un «système vertueux en polyculture-élevage», c’est insuffisant pour investir. Et pour dégager un revenu, l’Idele (Institut de l’Élevage) estime que ce prix devrait être de 4,40 Euros.

Concrétiser un engagement

Aujourd’hui, les éleveurs sont prêts à s’engager à respecter un cahier des charges (âge des animaux, poids de carcasse, conformation et l’état d’engraissement, respect de la Charte des bonnes pratiques d’élevage, etc.) pour que les distributeurs différencient le «Cœur de gamme» des autres produits du rayon viande, à savoir le «premium» (bio, label rouge, local) et les races laitières.

«Toutes les enseignes ont été rencontrées», assure Cédric Mandin, secrétaire général adjoint de la FNB. «On les a incités à prendre en compte nos coûts de production pour pouvoir régler nos animaux à leur juste valeur».

Ainsi, Système U a signé l’engagement le 1er juin, et a mis en place un comité de suivi pour s’assurer que les prix «redescendent» vers les éleveurs. Carrefour a officialisé son soutien à la démarche le 7 septembre, concentrant son action sur les «Filières qualité Carrefour». Courant septembre, Leclerc et Intermarché ont apporté leur contribution, mais les achats n’ont pas encore débuté. Les procédures sont en cours avec Lidl (signature) et avec Casino (achats), alors que les discussions se poursuivent avec Cora…et que rien n’est signé avec Auchan.

Mais certains acteurs ont des efforts à faire pour entrer pleinement dans cette démarche. Ainsi, Jean-Pierre Fleury, président de la FNB, tacle la communication d’Intermarché, qui s’autoproclame «producteur-commerçant» : «c’est de la publicité mensongère, et on ira en justice s’il le faut. Les seuls qui ont le droit de communiquer au nom des éleveurs, ce sont les éleveurs !».

«Le but est que le prix revienne directement au producteur, et les enseignes sont prêts à nous suivre», rappelle Cédric Mandin. Dans la Vendée, plus d’1 million d’euros a été récupéré par les éleveurs locaux depuis la mise en place de ce dispositif. Cependant, le démarrage est plus lent dans le Grand Est, avec 400 000 euros reversés de juin à août, estime Dominique Daul, vice-président alsacien de la FNB. Un résultat qui pourrait être plus important : la FNB reproche à Bigard, partenaire majoritaire des éleveurs de la région, de retenir une partie des sommes d’argent qui doivent être redistribuées.

Désormais, les éleveurs français s’attachent à créer «d’ici la fin de l’année» une identité visuelle pour le «Cœur de gamme», dans l’esprit «de Max Havelaar et du commerce équitable», précise Jean-Pierre Fleury. Un logo «propriété des éleveurs», qui ne serait proposé qu’aux enseignes de grande distribution signant l’engagement en faveur du «Cœur de gamme». Donner de la force au produit et satisfaire la curiosité des clients, tel est l’objectif de la FNB : «les consommateurs sauront qu’ils font un choix qui fait vivre l’éleveur».

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