L'Avenir Agricole et Rural 10 avril 2014 à 08h00 | Par JLB

Lait - Un prix bien compliqué !

Le Préfet s’est déplacé le 1er avril sur deux exploitations laitières d’Avrainville pour mieux comprendre les modalités de fixation du prix et les conditions de production.

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Le Préfet et la Sous Préfète de Saint Dizier sur l’exploitation des familles Bourbon à Avrainville.
Le Préfet et la Sous Préfète de Saint Dizier sur l’exploitation des familles Bourbon à Avrainville. - © JLB

Visite

Jean Paul CELET est un Préfet de terrain ; il veut comprendre les problématiques des acteurs économiques pour être plus efficace sur la défense des dossiers. Le Président de la FDPL l’a reçu sur son exploitation équipée d’une salle de traite « traditionnelle » et l’a ensuite accompagné sur celle d’un voisin qui a pris l’option « robot » depuis 3 années.

Préalablement à ces visites Richard BOURBON et André LEBLOND ont successivement présenté le contexte de la filière et détaillé une « paie » de lait.

Une contractualisation imparfaite et déséquilibrée

Sous la pression de l’Europe les producteurs de lait ont été amenés à revoir les modalités de fixation de prix dans un cadre interprofessionnel régional, au motif que cela constituait une entente anticoncurrentielle.

Le Gouvernement français a par ailleurs fortement incité la profession à signer des contrats avec les laiteries et à mettre en place des Organisations de Producteurs. Mais tout cela a été fait dans une trop grande précipitation et les laiteries se sont retrouvées en position de force face à des éleveurs encore insuffisamment organisés.

Ce déséquilibre est rapidement apparu ; certaines laiteries se permettant aussi d’interpréter à leur avantage les clauses des contrats voire d’en rajouter de manière unilatérale. C’est ainsi que Lactalis a capté 5 /1 000 l l’an dernier, soit 22 Mà l’échelle nationale.

« On a mis la charrue avant les bœufs » a dénoncé Richard Bourbon en expliquant que la contractualisation aurait dû être mise en place après la constitution d’Organisations de Producteurs structurées et représentatives. Ce préalable s’imposait d’autant plus que le lait reste un produit périssable traité par une industrie d’aval qui s’est organisée pour tuer la concurrence. En effet qu’il s’agisse du secteur privé ou coopératif il n’y a pratiquement aucune possibilité pour le moment de choisir son acheteur.

« Le prix du lait est le fonds de commerce de la FDPL, créée il y a 65 ans » rappelle Richard Bourbon et tout prête à penser que cette mission essentielle va retrouver toute son importance avec l’affaiblissement de l’interprofession et la pression des laiteries qui individualisent leurs modalités de fixation

Pour renforcer le pouvoir des producteurs la FDPL appelle à la constitution d’associations d’OP qui doivent aussi avoir une compétence territoriale car il faut aussi une harmonisation de la politique de soutien à l’installation des jeunes agriculteurs.

Un prix à la remorque de l’Allemagne

A la demande des laiteries qui estimaient le prix français trop élevé par rapport à celui de nos concurrents allemands la Profession agricole a accepté le principe d’un « tunnel ». Ce dispositif est intellectuellement peu satisfaisant puisqu’il place la France à la remorque des Allemands qui ont une méthode de fixation liée à des indicateurs de marchés. Ce choix est assumé Outre-Rhin avec la volatilité afférente aux cours des produits industriels : beurre, poudres et fromages à pâtes pressées comme le Gouda, l’Emmental et l’Edam (GEE).

En France nous avions fait le choix d’un prix plus lissé en prenant aussi en compte les produits de grande consommation (PGC) dans une proportion de l’ordre de 40 à 60 %. selon le mix produit retenu. Ce dernier critère est aujourd’hui bloqué pour ne retenir que la variation du beurre et des poudres dans une proportion de 40 % (20 % PI + 20 % GEE). Il s’agit du mix « F1 » qui est encore publié aujourd’hui par FranceAgrimer. Pour compenser le blocage des PGC il est fait recours à la méthode du tunnel avec l’Allemagne.

Les laitiers ont d’autre part demandé l’application d’un ajustement de flexibilité lorsque les produits industriels dépassent 20 %. Ce correctif fait l’objet d’un barème de variations par tranche qui peut être, soit à la baisse, soit à la hausse comme c’est le cas actuellement. Enfin chaque entreprise applique désormais sa propre grille de saisonnalité pour inciter les producteurs à mieux répondre à leurs besoins.

Toute cette alchimie aboutit à un prix de base mensuel propre à chaque laiterie. Forcé est de constater que depuis plusieurs mois les prix sont tirés à la hausse par l’Allemagne ; l’impact a été de l’ordre de 20 /1 000 l l’an dernier. Or pour la première fois la France a quelques difficultés à récupérer les indicateurs allemands, s’agit-il d’un problème technique ou d’une volonté délibérée de nos voisins de faire de la rétention ?

En toute hypothèse cette méthode ne grandit pas notre pays, symptomatique elle est d’une carence de dialogue et de négociations dont la responsabilité semble fortement incomber aux transformateurs.

Le Préfet s’est étonné de l’absence d’indices de coût de production dans l’élaboration du prix de base. Il a aussi découvert la complexité d’une facture de lait avec ses nombreuses lignes de bonification et de réfaction. C’est aussi compliqué qu’une paie.... !

Entre le « prix de base » et le prix réellement payé il y a un écart moyen positif d’une vingtaine d’euros en grande partie lié aux taux de M G (+2,50 /g au-delà de 34) et de MP (+ 6 /g au-delà de 32). S’ajoutent ensuite des majorations ponctuelles liées aux AOC ET LES RISTOU.

Au final l’an dernier le prix des laiteries s’est retrouvé dans un mouchoir de poche probablement grâce à la vigilance du syndicalisme agricole qui décortique chaque mois les feuilles de paie.

L’essentiel du combat syndical continuera de porter sur les variations d’une année sur l’autre en essayant d’éviter de trop gros écarts qui risquent de s’amplifier avec l’effet report. Richard Bourbon a bien fait passer le message que les laiteries ne doivent pas compter sur leur nouveau rapport de force pour imposer leur loi, même si de leur côté elles ont quelques difficultés à faire passer les hausses auprès de la grande distribution. Autrement dit les éleveurs n’acceptent pas d’être la variable d’ajustement.

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