L'Avenir Agricole et Rural 28 novembre 2013 à 08h00 | Par T. Morillon

Lait - Se réapproprier le savoir-faire

S’adapter au nouveau cahier des charges de l’AOP brie de Meaux dont l’enjeu économique est intéressant pour les producteurs laitiers.

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La prime Brie de Meaux est passée à 20 euros / 1 000 l. Le nouveau cahier des charges entrera en application dans 2 ans.
La prime Brie de Meaux est passée à 20 euros / 1 000 l. Le nouveau cahier des charges entrera en application dans 2 ans. - © TM

Un cahier des charges atypique

Mardi 19 novembre, à la salle des fêtes de Louze, une assemblée de secteur de Haute-Marne Conseil élevage a eu lieu. Jennifer Moreau conseillère en élevage laitier sur le nord de la Haute-Marne, a présenté aux éleveurs les résultats d’une enquête réalisée pendant le printemps par les conseillers d’élevage. Cette étude avait comme objectif de recenser le nombre d’éleveurs qui répondaient aujourd’hui aux critères du nouveau cahier des charges du Brie de Meaux. Ce dernier est en cours de validation par l’INAO et la Commission Européenne, il ne sera cependant pas appliqué avant deux ans.

La zone de production s’étend sur 7 départements, de la Seine et Marne jusqu’à la Meuse. En Haute-Marne, 106 éleveurs se trouvent sur la zone. Les pratiques d’élevages portent essentiellement sur le logement et l’alimentation. Le recours à la paille pour le couchage est obligatoire,  avec une quantité minimum pendant la période de stabulation intégrale de 0,5 kg en moyenne par jour et par vache laitière en production pour le système logette et de 5 kg en moyenne par jour et par vache laitière en production pour le système stabulation libre. La paille doit être stockée à l’abri. L’affouragement du troupeau laitier repose sur une autonomie d’exploitation combinée à celle autonomie de zone. La part moyenne annuelle des aliments provenant de l’aire géographique et issue de l’exploitation doit représenter au moins 60 % de la matière sèche de la ration totale du troupeau.

La part des aliments issus de l’aire géographique de production représente au moins 85% de la matière sèche de la ration totale du troupeau laitier. Ce cahier des charges est atypique par le choix laissé aux exploitants de leur système d’alimentation. La ration de base des vaches laitières en production est diversifiée. Elle comprend tout au long de l’année, au minimum 3 constituants dont 2 obligatoires : un à base d’herbe en frais ou conservé représentant au moins 4 kg de matière sèche. L’herbe est pâturée ou distribuée aux vaches laitières en production. Un minimum de 2 kg de cette matière sèche doit provenir d’une légumineuse fourragère et de la pulpe de betteraves ou la betterave fourragère, à hauteur de 2 kg de matière sèche minimum.

L’aliment principal ne peut pas dépasser 60 % de la quantité de fourrages grossiers, sauf s’il s’agit de l’herbe. Cette règle de 3 constituants ne s’applique pas pour les vaches laitières en production mises au pâturage (minimum de 20 ares par vache et 150 jours de pâturage par an). En dehors de la période de pâturage, les vaches laitières disposent d’une ration de base dont au minimum 3 kg de la matière sèche des fourrages grossiers est à base d’herbe, sans que l’aliment principal ne dépasse 70% de la quantité de fourrages grossiers distribués, sauf s’il s’agit d’herbe.

Répondre à ces nouveaux critères

Les conseillers du service lait ont réalisé cette enquête auprès d’une cinquantaine d’exploitations (près de la moitié de celles situées dans la zone AOP) pour savoir si les éleveurs haut marnais respectent aujourd’hui ces critères. Pour le logement, seulement 10 % ne sont pas conformes au cahier des charges, dont 4 % qui ne désirent pas faire évoluer leurs pratiques. 96 % sont conformes pour le stockage des fourrages, et ceux non conformes préfèrent ne pas investir dans un bâtiment de stockage. Pour le pâturage, critère non discriminant orientant le système d’alimentation, 54 % des éleveurs respectent les critères (20 ares par vache et 150 jours par an). 43 % des non conformes désirent rentrer dans le système «pâturant» et vont donc augmenter leur surface pâturée. Les autres éleveurs seront donc dans la catégorie «zéro pâturage». En ce qui concerne l’alimentation, 36% des producteurs enquêtés utilisent d’autres concentrés que ceux autorisés dans le cahier des charges (urée). 100% des éleveurs respectent le critère «autonomie d’exploitation». Par contre, l’autonomie de zone avec 85 % des aliments issus de la zone AOP, n’est respecté que par 10 % des éleveurs. Jennifer Moreau relativise ce constat : «Aujourd’hui, il n’existe pas de traçabilité pouvant certifier de l’origine des matières premières sur la zone. Ce n’est pas l’usine qui doit se trouver dans la zone mais bien la matière première. Des discussions sont engagées entre les professionnels de la filière et différents fabricants d’aliments pour la mise en place d’attestations certifiant l’origine des aliments». Aujourd’hui, seulement 21 % des éleveurs en système «pâturage» répondent aux contraintes alimentaires du cahier des charges. Les trois quarts des éleveurs qui ne sont pas en conformité sont prêts à faire évoluer leurs pratiques. Actuellement, aucun des éleveurs en système «zéro-pâturage» ne respecte les contraintes d’alimentation mais 82 % d’entre eux sont prêts à se mettre en conformité. Au final, 94 % des éleveurs enquêtés ne répondent pas aujourd’hui aux exigences du cahier des charges pour le brie de Meaux AOP, mais les trois quarts sont prêts à faire évoluer leurs pratiques.

L’exemple de «Lactalis»

Actuellement, le paiement du lait servant à la production du Brie de Meaux n’est basé que sur des critères de qualité du lait : absence de salmonelles et de listeria, les mesures pour les E.coli doivent êtres inférieures à 50 / ml, < 100 / ml pour les staphylocoques et < 400 milliers de leucocytes / ml. La prime aujourd’hui versée aux producteurs fournissant un lait de qualité est de 10Euros pour 1000 litres. Certaines installations de traite sont incompatibles avec la maîtrise des pathogènes, comme les robots avec la bactérie E.coli qui reste problématique. Sur la campagne 2011 / 2012, 45% des exploitations ont reçu la prime moins de sept fois mais un quart l’ont perçu 11 ou 12 fois. Le nombre de producteurs a baissé, mais la production de lait a augmenté, avec une forte restructuration et des exploitations de plus en plus grosses. Le 8 novembre dernier, Lactalis a annoncé un doublement de la prime, passant à 20 Euros/1000L et une dégressivité de cette dernière en cas de résultat non conforme à partir du 1er janvier 2014. Les critères seront inchangés excepté pour les E.Coli qui passeront de 50 à 20 par ml. Il y a un contrôle par mois mais en cas d’analyse à plus de 30 / ml pour une citerne, une deuxième peut être déclenchée pour rechercher les éleveurs incriminés. La Chambre d’Agriculture réfléchit actuellement à la mise en place d’un diagnostic individuel sur la problématique des pathogènes afin d’accompagner les producteurs de lait de la zone.

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