L'Avenir Agricole et Rural 08 février 2008 à 00h00 | Par F.Thevenin

Lait - «Le rôle des producteurs de demain se joue aujourd’’hui»

Lors de l’assemblée générale de la FDPL, Frédéric Chausson, directeur de la FNPL, a présenté la situation de l’économie laitière mondiale et ses perspectives d’avenir. Il est plutôt optimiste mais prévoit de fortes fluctuations d’une année à l’autre.

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D’après la présentation détaillée de Frédéric Chausson, directeur de la FNPL, la collecte de lait française de 2007 a été en deçà de celle de 2005 sur toute l’année, à l’exception des deux derniers mois. Par rapport à 2006, jusqu’en avril et d’août à novembre, la collecte était, là encore, inférieure en 2007.
En fait, la collecte 2007 a été en dessous de la normale au cours de l’année entière pour se redresser uniquement en novembre (+ 0,4 %) et en décembre (+4,5 %). Ce redressement a bien eu lieu dans la moitié des régions françaises en novembre, dont la Champagne-Ardenne (+1,4). En décembre, il est plus net et concerne l’ensemble des régions sauf PACA, Bourgogne, Poitou Charente et Picardie Ile-de-France. La hausse en Champagne-Ardenne est de 1,5 %. Celle de la Bretagne est de 9,5 % ! Dans ces conditions, Frédéric Chausson parle d’une hausse de 3 à 4 % pour les trois premiers mois de 2008.
Parallèlement, après avoir été atone en 2005 et 2006, le cours du beurre a connu une hausse spectaculaire à partir de juin (2 700 euros la tonne) pour culminer en août, septembre et octobre (4 100 euros) et redescendre dès décembre (3 000 euros). Il en est de même pour la poudre 0 % animale avec un décollage dès février (2 300 euros), un sommet en été (3 600 euros) et une chute dès l’automne pour retomber en dessous des 2 000 euros en décembre. Les cotations de la poudre 26 % et de la poudre de lactosérum ont suivi la même tendance.
Il faut rappeler que les années précédentes les cotations étaient quasiment stables sur toute l’année à l’exception des années 2000 et 2001 durant lesquelles les cours ont légèrement augmenté.
En Allemagne, les cours des produits laitiers (Gouda, Edam, Emmental) ont décollé au troisième trimestre pour se stabiliser au quatrième trimestre (4 200 à 4 700 euros la tonne contre 3 000 à 3 700 euros en 2005, 2006 et début 2007). Il en va de même pour les produits de grande consommation français (lait, emmental, beurre, yaourt…).

Simulations 2008

D’après les experts et les analystes (qui n’avaient d’ailleurs pas prévus cette envolée) prévoient, pour 2008, la stabilisation des cours du beurre autour de 2 600 euros et de la poudre 0 % autour de 2 200 euros la tonne soit les niveaux connus avant l’envol des cotations.
Pour les fromages allemands (Gouda, Edam et Emmental), ces mêmes experts annoncent une légère baisse par rapport au quatrième trimestre 2007 mais pas une chute sévère. Pour 2008, ces produits resteraient bien au-dessus des niveaux de 2006 et 2007 (+ 30 % environ).
Quant à l’évolution du prix mensuel allemand, il est en légère hausse au premier trimestre 2008 (+ 30 euros / 1 000 litres) et serait stable sur tout le reste de l’année à l’exception d’une baisse de 10 euros en juillet et août. En d’autres termes, les perspectives ne sont pas mirobolantes !
Pour la France, la situation est identique avec un léger décalage dans le temps. Après une hausse du prix de 104 euros / 1 000 tonnes au premier trimestre par rapport au premier trimestre 2007, une hausse de 80 euros est prévue au deuxième trimestre, de 37 euros au troisième et une stabilité au quatrième. Afin de lisser le tout sur l’année, des accords interprofessionnels pour le Grand Est ont décidé une hausse de 55 euros sur toute l’année.

Les explications

La situation actuelle est le résultat de trois phénomènes qui s’additionne : la croissance de la demande mondiale, l’assèchement du marché mondial et la baisse de la collecte en Europe.
Pour l’avenir, pour savoir si la situation va durer sur le moyen et le long terme, il convient de s’interroger sur les perspectives de la consommation laitière. Elles sont corrélées à la croissance de la richesse mondiale et à la croissance de la population.
Pour le premier critère, il n’y a, manifestement, pas de soucis à se faire. De 1997 à 2006, dans le monde, la croissance annuelle du PIB a été de 3,98 %. Pour 2007/2016, les économistes tablent sur 4,5 % ! Cette croissance ne serait pas due aux Pays développés qui seraient même plutôt en baisse mais au Pays en développement. Par exemple, sur cette période, l’Europe passerait de 2,74 à 2,12 alors que l’Afrique passerait de 4,54 % à 4,89 %, que l’Amérique latine passerait de 1,98 à 3,70 et que l’Asie passerait de 4,92 à 5,65 (source FAO).
A noter, en parallèle, que la population urbaine des pays en développement ne cesse d’augmenter. Elle est passée de 500 millions en 1950 à 1,8 milliards en 2000 pour atteindre, en 2015, les 3 milliards !
Ces données donnent des perspectives de croissance de consommation sur tous les produits laitiers de l’ordre de 4 % sur 10 ans, de 2006 à 2016, avec des potentiels d’évolutions contrastés selon la zone géographique. La plus forte demande va venir de l’Asie du Sud-Est sachant que cette zone s’auto-approvisionne à 71 % et que son niveau de consommation apparente en produits laitiers par habitant est de seulement 18 kg/hab alors qu’il est de 286 kg en Europe. En d’autres termes, le potentiel est grand pour introduire des produits laitiers dans les menus des asiatiques et leur faible pouvoir de production va les obliger à importer. Dans de moins grandes mesures, il en est de même pour le Maghreb et le Moyen-Orient (81 % / 83 kg/hab), pour l’Afrique Noire (89 % / 25 kg/hab), pour l’Amérique Centrale (71 % / 71 kg/hab) et pour l’Amérique du Sud (98 % / 138 kg/hab).
En face de ces 4 zones demandeurs de produits laitiers, une seule est résolument tournée vers l’exportation (l’Océanie) et une seule est légèrement excédentaire (l’Europe). Les espoirs sont donc permis…

Les marchés

Pour Frédéric Chausson, aujourd’hui, la question n’est pas de savoir si les marchés sont en expansion mais de savoir si les producteurs de lait dans le monde vont être capables de fournir la demande. En réalité, peu de zones sont capables de produire du lait et encore moins d’en produire plus.
La question centrale est de savoir si les pays émergents seront aptes à développer leur production laitière. Le Brésil et l’Inde le pourront… un peu ! La Russie, l’Ukraine et l’Argentine ne le pourront pas pour des raisons de climats et de politique agricole et pour la Chine, les experts ne savent pas.
Quoiqu’il arrive, une partie du futur approvisionnement mondial est attendue de la part des blocs traditionnellement laitiers comme l’Europe, les Etats-Unis et l’Océanie. Or, sur ces trois zones, deux nouveaux paramètres viennent entraver cette vocation laitière : les biocarburants aux Etats-Unis qui préfèrent cultiver du maïs plutôt que d’élever des vaches et le changement climatique en Océanie qui multiplie les sécheresses en Nouvelle-Zélande et en Australie. En plus, en Nouvelle-Zélande, les éleveurs sont très mal vus par la société car ils seraient responsables de 50 % des émissions de gaz à effet de serre. Il sera donc difficile de leur demander de produire plus…

Fortes fluctuations

En conséquence, à moyen terme, tous les experts voient les prix des produits laitiers à la hausse pour les années à venir avec, malgré tout, une forte volatilité liée à la disparition des politiques agricoles.
En effet, au niveau de l’OCM lait, l’extinction des quotas au-delà de 2015 est considérée comme faisant partie des accords de Luxembourg. Il faut désormais préparer la période transitoire (hausse de quotas + modulation du prélèvement supplémentaire) et de compensations seront prévues pour les zones de montagne.
Au niveau de la PAC, sa désactivation totale est annoncée avec la disparition des régulations organisées par les pouvoirs publics. Pour Frédéric Chausson, l’enjeu est donc de s’organiser au plan interprofessionnel pour pallier ce retrait.
Dans ce but, il souhaite développer et garder la valeur dans la branche sans que les Grandes Surfaces la volent aux éleveurs, défendre le modèle laitier français pour son modèle social à part entière et préparer l’avenir en terme d’organisation économique avec des fonds d’investissement, un Institut du lait et des contractualisations.
Pour conclure, Frédéric Chausson explique que le secteur laitier vit actuellement un changement radical et que l’interprofession va devoir faire preuve de sa force. Pour lui, «le rôle des producteurs de demain se joue aujourd’hui».
Frédéric THEVENIN

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