L'Avenir Agricole et Rural 09 avril 2015 à 08h00 | Par E.D.

La fin des quotas a sonné

Après trente ans de gestion administrée des quotas laitiers, les éleveurs sortent officiellement le 1er avril 2015 d’un système encadré pour entrer de plain-pied dans un marché libéralisé. Bilan et perspectives avec Richard Bourbon, président de la FDPL.

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Richard Bourbon, président de la FDPL, prône un renforcement du poids des producteurs face aux transformateurs.
Richard Bourbon, président de la FDPL, prône un renforcement du poids des producteurs face aux transformateurs. - © E.D.

Quel bilan tirez-vous des « années quota » ?
On a pris les quotas laitiers comme une brimade à l’époque. Leur mise en place a suscité de vives réactions, y compris en Haute-Marne (voir encadré). Trente ans plus tard, le bilan est mitigé ; ils n’ont pas empêché la lourde restructuration laitière qui a touché les exploitations laitières. Elles étaient 450 000 à l’époque, elles ne sont plus que 70 000 aujourd’hui en France. Le système des quotas a néanmoins eu le mérite de maintenir la production laitière sur les territoires, en raison du rattachement au foncier. D’autre part, les quotas étaient distribués de façon équitable aux producteurs par l’Etat.
Les règles se sont assouplies ces dernières années avec des possibilités de rachat, mais ce système administré a freiné le développement des exploitations pendant un quart de siècle.

Que penser des outils de régulation proposés par la commission européenne ?
Le marché à terme qui entrera en vigueur le 13 avril peut être une bonne chose pour les produits industriels type beurre, poudre et lactosérum. Il permettra peut-être d’avoir plus de visibilité sur le prix du lait, mais c’est un outil qui s’adresse aux industriels et pas aux producteurs laitiers

Quelles sont les propositions de la FNPL pour l’après-quota ?
Notre combat porte aujourd’hui sur la collectivisation des contrats. Actuellement, ils sont signés individuellement entre producteurs et laiteries ; nous souhaitons qu’ils deviennent non cessibles et non marchands et soient remplacés par un contrat collectif entre l’organisation de producteurs (OP) et le transformateur afin de rééquilibrer le rapport de force. En outre, nous souhaitons que les producteurs aient la possibilité d’appartenir à plusieurs OP si cela peut leur permettre de produire plus.

Que devient le rôle du syndicalisme dans ce paysage changeant ?
Auparavant nous négociions les prix au sein de l’interprofession laitière. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Cette dernière est cantonnée à un rôle d’observatoire des prix. Le syndicalisme a un rôle primordial à jouer pour permettre aux producteurs de ne plus être pieds et poings liés à leur laiterie. Notre objectif est d’encourager au maximum l’adhésion aux OP par les producteurs pour renforcer leur pouvoir. C’est pourquoi la FDPL a choisi de prendre en charge cette adhésion afin qu’elle ne représente pas un surcoût pour ses adhérents.

Rappel sur les quotas laitiers
En 1974, l’Europe est devenue autosuffisante en lait. Des montagnes de beurre poudre ont commencé à s’accumuler pour culminer en 1983, sous l’effet des gains de productivité obtenus par la sélection génétique conjuguée à l’intensification des rations alimentaires.
Parallèlement, les politiques de rigueur dans les pays importateurs aboutissent à une récession de la demande. Le budget affecté au maintien du marché laitier devient colossal pour garantir des prix aux producteurs ; il représente à lui seul 42 % du budget du FEAOGA. Une réforme structurelle s’impose : le contingentement de la production est adopté, sous l’impulsion de Michel Rocard, alors Ministre de l’agriculture.

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